mardi 29 mars 2022

Melvin Taylor à La Grande Ourse, Saint-Agathon, le 27 mars 2022

 Melvin Taylor à La Grande Ourse, Saint-Agathon, le 27 mars 2022

 

michel

Koko Taylor, Hound Dog Taylor, Otis Taylor, Mick Taylor, Joanne Shaw Taylor,  Eddie Taylor,Tasha Taylor, Larry Taylor, Sean Taylor...ou Melvin Taylor, tous les tailleurs pratiquent un  blues, patronné sur mesure.

En ce dimanche où si ton réveil n'est pas du genre moderne il t'a fallu bricoler le passage à l'heure d'été, La Grande Ourse accueillait Melvin Taylor, un des tops guitaristes, issus de la scène de Chicago.

He was born to play guitar, dit sa bio.

Effectivement, comme Perrine était née pour fabriquer des produits laitiers, Melvin était destiné à jouer de la guitare, un instrument qu'on lui a placé dans les pattes à l'âge de 6 ans.

Comme il avait une grand- tante du nom de Rosetta Tharpe, c'était écrit dans les astres.

Il se fait la main au sein des Transistors avant de rejoindre The  Legendary Blues Band,  les backing musicians de Muddy Waters  ( Willie "Big Eyes" Smith (drums) ou  Pinetop Perkins (piano) e a , étaient ses compagnons).

Le groupe tourne en Europe, le jeu de Melvin impressionne surtout  en France, pays où il enregistre les premiers albums sous son nom .

Si sa discographie n'est pas pléthorique, à peine neuf albums ( le dernier ' Taylor Made' en 2013) , ses live shows avec son groupe (Melvin Taylor and the Slack Band),  eux, impressionnent.

17:30', ils sont quatre à sortir des loges ( non, ils ne sont pas francs- maçons):  Bernell Anderson: keyboards, vocals / Kris Jefferson: bass, un gars au palmarès édifiant: Neal Black, Popa Chubby, Big Ed Sullivan , Guy King, Curtis Salgado pour n'en citer qu'une flopée, et enfin, comme souvent lors de tournées européennes, un mercenaire aux drums: Simon Boyer, membre des French Blues All Stars et  bien sûr, Melvin Taylor.

Mise en jambes avec un instrumental  permettant déjà au guitariste de placer quelques piques funk/ blues pas piquées des hannetons. ( ? Coming home baby?)

Blues power, qu'il dit avant d'attaquer ' Baby What You Want Me To Do', un truc qu'il a joué avec John Mayall il n'y a pas un an.

Un jeu souple tout en caresses pour conduire ce mid-tempo shuffle à son terme.

Une intro stylée nous amène à penser que la prochaine sera un slowblues, ' So Many Roads', popularisé par Otis Rush, se classe, de fait, dans cette catégorie.

Wah wah en action et orgue purulent, Saint-Agathon savoure.

Tout coule de sources pour ce grand monsieur faisant corps avec son instrument, les doigts glissent sur les cordes, quand ils ne tripotent pas la tremolo bar ou les boutons rotatifs permettant d'ajuster le volume ou la tonalité, tout ça sans avoir l'air d'y toucher.

Le quartet enchaîne sur une  seconde tirade  instrumentale aux accents jazz funk relevés,  permettant la mise en évidence du jeu d'orgue racé de Bernell. 

Melvin prend le relais,  ses phalanges se déplaçant à une vitesse, que le plus rapide des gamins tapant un SMS, pour toi illisible, sur son smartphone dernier cri, ne pourra jamais atteindre. 

Après cette incursion dans l'univers aux relents Wes Montgomery, George Benson, et autres guitaristes jazz,  retour au blues, celui où le mec revient penaud chez lui pour dire à madame, baby, suis désolé pour tout le mal que je t'ai fait, I was just having fun, je t'ai blessée, sorry... d'un jeu à la fois précis et nerveux, il accompagne son acte de contrition en sachant pertinemment qu'il recommencera à déconner un de ces jours. 

Après une amorce en dentelle chantilly, il laisse la parole à son claviériste qui nous refile des petits boutons avec une version soul  gluante de ' Ain't no sunshine'.

Bernell insiste, et s'attaque à 'What You Won't Do For Love' de Bobby Caldwell, un truc aussi sirupeux que la plus gluante des ballades de Stevie Wonder.

Melvin présente la clique, leur fait un signe, ces gars n'ont pas besoin de setlist, ils jouent à l'inspiration, tu as toutefois reconnu  'The thrill is gone', un cheval de bataille de B B King.

La wah wah s'active et pète des flammes, il vient d'entamer un troisième instrumental remuant et se montre  assez aimable pour nous prévenir que Kris va nous balancer un solo de basse, suivi par un travail en solitaire du Frenchie. Pas question de chômer avec Mister Taylor tout le monde au turbin , reprise du thème ( "Chitlins con carne" ?)  et grands sourires .

Le piano ébauche le soul slow qui suit, ' If You Want Me To Stay'  , un tube pour Sly and The Family Stone , et tu te  dis qu'avec Melvin Taylor  les pistes du blues sont vastes, pas question de le cantonner dans un style... jazz, soul,  rhythm'n' blues, funk, le registre est imposant.

Eh, Melvin, où vas-tu?

 Goin' to Detroit, Michigan... peux pas t'emmener, baby, sorry, faut que tu restes ici.

' Cadillac Assembly Line' d'Albert King  a emballé un voisin plus anglais que breton, that's great, man, qu'il te dit.

Indeed, t'as répondu!

Bernell, à toi!

Et c'est reparti en mode soul  jazz fusion  pour une plage évoquant la poisse, le mal et la misère.

People, we're gonna take a short break, we'll be back in some minutes.

Hey, Melvin, lui  glisse Simon, le but c'est de jouer  un seul set, t'es pas dans un club où il faut faire boire les gens, à La Grande Ourse, le concert se joue d'une traite.

Ah, oui, j'avais oublié que les Bretons se couchent tôt, o k, let's go!

Et il place une version survitaminée de ' Wait on Time' des Fabulous Thinderbirds avant de céder le micro à son fidèle keyboard player qui a une question à poser  à madame '"Who Is He (And What Is He to You)?"  ... Something in my heart and in your eye tells me he's not someone just passing by...

Classic stuff au rendu superbe!

Un petit coup de rouge et on poursuit, we've got two more, guys, le standard ' Drifting Blues'  lui permet de rivaliser avec Eric Clapton et d'autres as de la six cordes.

Le cheval sent l'écurie, il balance ' Sometimes I Wonder', un blues à l'allure montagnes russes, celles d'avant l'ère Poutine.

Main levée pour signifier qu'après la jam il faut songer à l'outro,  un cinquantième 'merci' et direction les coulisses.

Saint -Agathon bat des mains, frappe des talons sur le sol, Melvin & co rappliquent  pour lâcher un dernier blues loquace qu'il termine avec un clin d'oeil à Jimi Hendrix en ajoutant  un final  'Star Spangled Banner' militaire  à sa tirade exaltée.

That's all folks, pas de salut de groupe, en file indienne direction  le backstage, mission accomplie! 


Melvin Taylor est toujours dans les parages, ce 29 mars à Zürich, retour en France le 2 avril!