mardi 28 décembre 2021

Album - Cynodrome de Hache-Paille

 Album - Cynodrome de Hache-Paille

 

Near Deaf Exprience

 

 (michel)  

On te sait amateur d'art, donc Hache-Paille, ça t'interpelle: Hache-Paille és una obra pictòrica realitzada el 1922 per l'artista francés Francis Picabia.

Faut vraiment avoir de l'imagination pour associer ces formes géométriques Dada  à un broyeur de végétaux.

 Le trio ayant,  en 2020, choisi comme  désignation Hache-Paille ne t'est pas inconnu:  tu as eu dans les mains ( et les oreilles) un album de Nüdak, groupe dans lequel évoluait Clémentine Page ( basse/voix) et Piergiacomo Costi ( drums), comme  l'album avait été enregistré et mixé par le magicien du Finistère, Eric Cervera ( Hoa Queen, Run With The Wolves, Brieg Guevenno, Ultra Bullitt.....), ce dernier  s'est dit qu'il pourrait intégrer le groupe et faire  entendre sa guitare incisive.

Confinés, pas oisifs, ils travaillent d'arrache-pied à la confection d'un album qui doit passer sur les fonts baptismaux en janvier.

Trois clips sont déjà disponibles et quelques vernis ont eu le bonheur de les voir sur scène, à Morlaix, Quimper  ou à Brest.

 

Tracklist

 

1. « Pauline » — Hache Paille
4:34
2. « C'est beau du ciel » — Hache Paille
2:37
3. « Fou marin » — Hache Paille
4:05
4. « Comme un ego » — Hache Paille
2:40
5. « Libero e ostinato » — Hache Paille
2:54
6. « Oblongue » — Hache Paille
3:56
7. « Vertige de nos parallèles » — Hache Paille
2:44
8. « Saccage » — Hache Paille
3:24
9. « Conférence sur l'équilibre » — Hache Paille
2:49
10. « Indélébile » — Hache Paille
3:35
11. « Voglio restare » — Hache Paille
2:40
 
 

À la batterie et au chant il y a Piergiacomo Costi

À la guitare, à la matière sonore, il y a Eric Cervera

Au chant, à la basse et à la guitare il y a Clémentine Page

 

La  pochette, dans des tons délavés, expose  un gosse accoutré d'un masque bien trop grand pour son visage rondouillard. Le mioche,  mi- clown au chapeau pointu, à la Bernard Buffet,  mi- ourson aux oreilles de chou, braille en rugissant comme un âne .

Son lévrier, lâché sur le cynodrome, a-il déclassé pour avoir mordu un greyhound d'Outre- Manche ou c'est parce que les cadeaux déposés sous le sapin lui avaient franchement déplu ( quel abruti, le père Noël):   la question reste en suspend !


Elle est où ' Pauline'?

Sais pas, mais il y a quelqu'un là-haut sur la montagne.... t'as pigé, Eric, elle n'est pas à la plage, la petite Pauline.

En mode rock hanté, le trio tisse ses mailles alambiquées, le batterie fouaille méthodiquement caisses et toms, la basse se fraye un passage pour atteindre un sommet, semblant inaccessible, les guitares, telles des fougères coupantes, égratignent tes mollets, t'aurais dû troquer le bermuda contre un pantalon de randonnée et puis il y a la voix, ingénue, soutenue par un choeur alpestre, blafard. Merde,  Pauline, descend, arrête le cirque, quand vas-tu grandir?

C'est beau du ciel' démarre mollo sur un fond sonore trip hop, sur lequel Piergiacomo Costi récite, en sourdine, un texte dans sa langue natale,  au bout d'une minute, Clémentine, tel l'oiseau libéré, prend son envol, la mélodie, suave, est soudain déchirée par une fulgurance à la guitare.

Le ton monte, la chanteuse halète, les éléments se déchaînent pour brusquement se paralyser comme si quelqu'un avait coupé le courant.

Non, Jules, il ne s'agit pas du Nautilus, mais d'un ' Fou Marin' , un titre doté d'un clip à l'esthétique spongieuse.

Batterie et basse se conjuguent à l'indicatif post punk, le texte, surréaliste,  en apesanteur maritime,  incite à la rêverie, et si, en batifolant dans les flots tu croises Jean- Marc Barr et Jean Reno, demande leur s'ils  rêvent à un ballet de dauphins zigzaguant sur du Eric Serra.

Car nous, c'est ce qu'on a vu!

Toujours aussi inventif, le trio propose  l'impétueux 'Comme un Ego'  fait de mouvements virulents et saccadés à base d'electro frénétique, de percussions cassantes, et de guitares tourbillonnantes, tandis qu' une voix perçante  vient te meurtrir les tympans ( mais t'aimes ça!).

Libre et têtu  dans le vocable de  Dante Alighieri cela donne 'Libero e ostinato', mais  le penseur de Florence ne maniait pas les baguettes pour jouer de la batterie, la basse et la guitare électriques devaient encore être inventées, ce qui n'empêche pas Piergiacomo de fredonner flegmatiquement cette mélodie limpide portée par une instrumentation plus leste qu'obstinée.

En retrait, la douce Clémentine assure des backings furtifs, tandis qu'une guitare stellaire te balade dans un azur toscan.

Quand c'est beau, il faut le signaler: c'est très beau!

Elle aime la sonorité du mot "Oblongue" et donc le répète sans arrêt.

Pas de mini-jupe, mais une robe tombant jusqu'aux talons, l'étoffe est duveteuse au toucher, le dessin élégant et pour la mise  en musique,  tu démarres par quelques bruissements insolites, puis tu y ajoutes des claves apaisées, une voix chétive, des guitares sédatives, tu demandes à la basse d'accélérer le rythme, histoire de ne pas s'engourdir, oh, pas longtemps et, enfin,   tu reproduis le schéma initial après avoir goûté à un vin italien , un Tocai du Frioul fera l'affaire!

Si Bashung chantait le 'Vertige de l'amour', Hache-Paille propose le ' Vertige de nos parallèles', un titre lent et torturé, évoquant certaines plages  hallucinées de l'alternative rock band bruxellois, Baby Fire, mené par Dominique Van Cappellen-Waldock.

L' esthétique est plus proche de Shannon Wright, ou de P J Harvey, que de Lady Gaga! 

Associer monastère et hamster  ou cage, bricolage et  'Saccage', tu te dis que Clémentine est du genre jongleur ou acrobate, travaillant sans filet, et comme à l'arrière la construction sonore offre des perspectives post rock, tu conseilles le morceau aux fans de  A Silver Mt Zion.

Tu t'ennuies, on t'invite à une  'Conférence sur l'équilibre', n'oublie pas le masque et le pass vaccinal.

Oui, c'est un peu con de parler d'équilibre quand t'es obligé d'adopter la position assise mais laisse- toi guider par   les bip bip bip futuristes, les riffs  de  guitare déstructurés et la rythmique bien charpentée et ensuite tu fixes Clémentine, la funambule, avancer fièrement sur son câble.

Amorce caoutchouteuse pour le morceau 'Indélébile'  décoré d'un sifflement pas débile, auquel succède un mouvement torturé, avant d'entendre la chanteuse terminer la litanie quasi a cappella.

L'humour, à découvrir entre les lignes, ne plaira pas forcément à ceux qui ne jurent que par  Jean-Marie Bigard.

Pour terminer la course sur ce cynodrome finistérien,  le groupe  soumet un seconde plage murmurée par le transalpin de la bande, 'Voglio Restare'.

Si tu pensais au latin lover  Marco Sicilia, tu t'es trompé de porte, l'ultime plage de cet album étonnant dégage une atmosphère  rêveuse et énigmatique,  proche de certains groupes pratiquant un shoegaze céleste.


Pour entendre l'album sur scène, Hache-Paille te donne rendez-vous le 6 janvier à Bonjour-Minuit ( Saint-Brieuc), lors d'une Session Live de Radio Activ'.