lundi 26 juillet 2021

Hanami au Jardin de Méridoul à Plouha, le 25 juillet 2021

 Hanami au Jardin de Méridoul à Plouha, le 25 juillet 2021 

Vendredi, concerts annulés suite aux alertes orage, samedi, kids sitting, because madame en vadrouille, dimanche, concert de Cheeky Nuts à Lanleff annulé suite aux nouvelles contraintes gouvernementales.

T'étais pas à prendre avec des pincettes dimanche matin, heureusement,  le Jardin de Meridoul à Plouha, qui avait lancé les Estivales de la Fête des Jardins quelques jours plus tôt, a l'excellente idée d'organiser un concert dans son cadre idyllique.

Sylvain Anthoine, paysagiste/créateur et propriétaire des lieux, invite le duo Hanami à récréer estivants, locaux et âmes pastorales, tous quelque peu déboussolés depuis le repli de l'astre solaire..

Un barnum a été monté au fond du jardin, le concert est annoncé à 17h, tu as largement le temps de flâner dans les allées de l'ancienne pâture où des centaines d'espèces de fleurs et de plantes cohabitent en union libre, du coup, tu repenses à l'aimable long-métrage 'Dialogue avec mon Jardinier ' de Jean Becker et tu te promets t'emmener madame admirer ce paradis agreste.

Le quart-d'heure académique se prolonge, il faut se débarrasse d'une inélégante bâche bleue fixée à l'arrière de la scène improvisée pour permettre aux musiciens de communier avec la nature.


Hanami ou comment savourer la beauté des fleurs, plus particulièrement celles des cerisiers japonais, et pourtant Maxime Lunel ( guitares, synthé, laptop, sampler, pédales à effets,  et autres gadgets électroniques)  et  Joachim Müllner ( voix, guitare acoustique et  egg shaker ) ne sont pas nippons, leur refuge est parisien.

Le groupe existe depuis 2017, après un EP  ( d'Automne), bien accueilli,  sorti en 2019, le duo a mis en boîte un full album dont la sortie est prévue en épisodes dans le courant de l'année.

Les nouveaux morceaux, travaillés en studio, seront étrennés  en ce doux dimanche, lors d'un baptême champêtre.

Entame pointilliste avec ' La Vie', de l'electro au parfum French Touch, construite sur un fond sonore aérien sur lequel se greffe une guitare bourrée d'effets et un chant pastoral, haut perché.

Elégante entrée en matière!

La seconde salve ( "Tout disparaîtra"), les titres sont donnés avec les réserves d'usage, la setlist se présente en mode tronqué,  démarre en mode sirène asiatique vibrant sur fond de beats lourds, après un break, la voix se fait entendre , il est question de Sisyphe mais pas de Camus, le synthé émet des sons tortueux, une chorale étouffée accompagne le chanteur, qui annonce la fin de monde sans sourciller.

On nous avait prié de la jouer, voici ' J'en Passe' un extrait de l'EP initial.

Une intro scratchy prélude  un chant velouté, plus doux qu'une brise caressant la blonde chevelure d'une nymphette  ingénue, tu sais, celle que tu peux voir sur une toile de Paul Chabas.

Deux ans se sont écoulés depuis la sortie du morceau, il demeure imparable.

On a samplé le vent, ce n'était pas nécessaire, en ce début de soirée, il égratigne affectueusement crocosmias, agapanthes, digitales ou véroniques, voici 'Mina', un titre évanescent qui devrait plaire à Greta Thunberg.

Un texte récité amorce ' La Peur', croyances, violence, bigoterie... quand la peur aura gagné tous les rivages... poésie et philosophie peuvent se marier et être soutenus par une bande son énervée.

Le texte est truffé de références littéraires, tandis que le tourbillon sonore s'apaise pour faire place à un mouvement romantique au piano. Une accalmie fugace, car les spirales angoissantes rejaillissent pour conclure le morceau.  

Pas possible de décrypter 'SLC', non, Sheila, ce n'est pas Salut les Copains, après une ébauche synthétique, Joachim fait rimer corps à corps et désaccords, tout en secouant un mini-shaker pour pimenter la ballade de bulles et de vaguelettes groovy. 

Voix off , peut-être empruntée à un lecteur de 'L'art de la fugue' de Henri Laborit, ' Outrenoir' ( ?)  intrigue et interpelle, Maxime nous balance des vocalises célestes accompagnées de vrombissements moins séraphiques, puis tout se calme pour faire place à une mélodie balsamique et relaxante.

'FTG'.

Un parti politique?

Euh, probablement 'Ferme ta Gueule' qui, s'il démarre  sur une assise charmante, faite de tintements de clochettes, de percussions latines et de choeurs sacrés ( un climat proche de l'univers de Témé Tan), vire, abruptement,   en attaque virulente et agacée... ferme ta gueule!

Pour le dernier voyage, on vous propose Marseille, 'Tous à la calanque'.

Nous on veut bien, les gars, vous êtes zen, mais il semblerait que l'accès aux calanques soit désormais interdit, bientôt il nous faudra une application sur smartphone pour avoir le droit de respirer!

Sinon, votre composition estivale, joliment ornée de voix superposées,  respire le bonheur et la joie de vivre.

Fin d' un concert précieux combinant esthétisme, inspiration et lucidité.

 

Un bis, peut-être?

Pourquoi pas, on invite Franz Mullner ( Blue Moon Jazz Trio) à nous accompagner au saxophone, on a répété hier, pour une version new age de 'Hamani'.

Paupières closes, tu as entrevu le soleil se coucher derrière le Fujiyama, tu as pensé aux Kings of Convenience et tu t'es dit que, parfois, la vie est belle!