Flora Fishbach - Art Rock Festival - Scène B, Saint-Brieuc, le 22 mai 2026
michel
Elle l'annonce sur Instagram - A fusion between German expressionism and 80s video synthesizers for the great and obscure Flora Fishbach.
D'accord, ce soir c'est donc du Friedrich Wilhelm Murnau, du Erich Heckel ou du Mary Wigman.
Il y avait de quoi être décontenancé par le nouveau projet de Fishbach, désormais Flora Fishbach, une artiste croisée deux fois au Brussels Summer Festival.
La première fois en solitaire maniant une loopstation, lors de la seconde rencontre, elle était entourée de musiciens.
A l'époque l'influence des corbeaux d' Edgar Allan Poe était patente, avec le nouvel album "Val Synth" , elle négocie un virage en épingle, dorénavant son credo c'est la synth / dance pop, à la fois futuriste et retro ( oui , oui, alles ist möglich...).
Retro, car Italo disco, Pet Shop Boys, Propaganda ou Visage.
Ce soir, pas de musiciens , pas d'instruments, pas de loopstation, mais trois danseurs, comédiens, backing vocalistes stylés.
Et la musique?
Pré-enregistrée, instruments joués et programmés par Flora Fishbach, Michael Declerck et Gary Agletiner.
Aucune place pour l'improvisation, il n'y aura pas de fausses notes, tout est calibré, discipliné, net et propre.
Et l'émotion?
Question suivante!
Les bandes libèrent un synth pop /new wave track aux senteurs New Order, sur lequel se colle la voix grave et hantée de Flora, ' On me dit tu' de 2017, revisité en 2026, impressionne toujours.
Le jeu de lumières et la chorégraphie BCBG accentuent le côté glacé du rendu.
Une fois passée la stupéfaction engendrée par l'absence de musicos, tu adhères au plan, OK, ce n'est pas un concert mais un ballet avant- gardiste ( bête terme, Béjart , déjà, était considéré comme futuriste).
Une voix off ( celle de Jean Reno) amorce la suivante ' Comme Jean Reno'.
Esthétisme exacerbé et techno lyrique, un brin de I feel love, c'est ingénieux.
Il y a du Daho dans la suivante, un twist synthétique ( 'Mon copain'?) .
Les tableaux vivants se succèdent, deux des ballerines tendent un écran en cercle sur le podium, Flora interprète la suivante en ombre chinoise , cette espagnolade synthétique concise ( 'Meryl Streep libre') étonne.
C'est à Mylène Farmer que tu penses à l'écoute de 'Rends-moi ma vie' construit sur des nappes brumeuses et des beats torrentueux.
Puis t'as vu le mime Marceau sur scène, 'Invisible désintégration de l'univers' et ses woop woop woop, aurait pu se retrouver au soundtrack de 'Star Wars', le monde cinématographique a toujours fait partie de l'univers de l'Ardennaise qui enchaîne sur un titre opératique voyant un des danseurs transformé en derviche tourneur.
La voix rauque fait merveille sur 'Un autre que moi' , un titre de 2017, qui la voit muée en félin mystérieux.
Initialement sans les danseurs, elle propose le majestueux ' Mortel' bâti sur des beats lancinants, le morceau monte en puissance pour venir asticoter tes neurones.
Vachement toxique.
Quand Flora Fishbach joue à Queen versus Boney M, cela donne 'La Machiavela', de la synth pop aussi burlesque que tordue.
On approche du terminus, ' Des bêtises' achève le set en mode Madonna goes techno/new wave.
Puis elle se ravise et propose un nouveau titre qui, pour l'instant, n'existe qu'en version solo, un dernier disco techno purulent et virevoltant qui clôture un show singulier et baroque.