samedi 30 septembre 2023

Sandra Nkaké à La Passerelle- Saint-Brieuc, le 29 septembre 2023

 Sandra Nkaké à La Passerelle- Saint-Brieuc, le 29 septembre 2023

 

michel

Premier concert pour la nouvelle saison à  La Passerelle, scène nationale de Saint-Brieuc: Sandra Nkaké vient présenter son dernier album, Scars, sorti au mois d'avril.

Les titres à découvrir sur ce quatrième album de la chanteuse franco-camerounaise  sont chantés en français, anglais et en langue bantoue, comme l'intitulé le laisse supposer, il   évoque les cicatrices, les blessures, les épreuves, les brèches qui ont jalonné le parcours d'une artiste se sentant  femme jusqu'au bout des ongles.

Ce n'est pas un disque élégiaque, 'Scars' transpire l'engagement, le militantisme, il s'en dégage  un brin de hargne,  mais il est  aussi  question de partage et de résilience.

20:10', la salle est plongée dans  l'obscurité la plus totale, quatre musiciens prennent place sur scène: son compagnon et partner in crime, l'extraordinaire et impétueux Ji Drû ( flûte traversière, seconde voix ), la discrète, mais ô combien efficace, Mathilda Haynes à la  basse et choeurs, Mathieu Penot à la batterie ,  percussions diverses et aux choeurs et Jérôme Perez, aux guitares ( acoustique et électrique) et aux choeurs.

On le constatera plus tard, ils arborent tous des peintures guerrières sur le visage.

Mathieu donne le signal du départ, la basse le rejoint, la flûte de Ji,  un musicien exalté, s'envole haut, la guitare brode,  Sandra Nkaké, belle et impressionnante, fait son apparition pour chanter d'une voix soul profonde, la bouleversante complainte  'La voix éraillée' .

A peine 4' se sont écoulées et déjà elle a remué nos tripes .

Après avoir ramassé une guitare, Sandra salue le public, le harangue pour qu'il fasse preuve de plus d'enthousiasme et c'est le second titre de l'album, ' Under my skin' qui est amorcé par la batterie. 

Ce morceau poignant, mixant sonorités soul, rock,  et jazz, la rapproche de Nina Simone ou de la plus contemporaine Joan Armatrading , la voix, aux intonations chaudes et implorantes, expose avec émotion des épisodes douloureux de son existence, en commençant par sa naissance ... On the day that I was born, it was 96 degrees (hard times) My mother wasn't sure, she was crawling on her knees (hard times)... sa mère avait 19 ans!

Les blessures, les peines de coeur, elle les a cachées sous son épiderme, maintenant l'heure est venue de se relever  ..healing time has really come for sure I'm building a new door... elle est debout, elle le crie à la  fin d'un morceau qui s'affole sur les  dernières notes.

Ensemble, nous sommes plus fortes, tel est le thème de l 'hymne ' Rising up' qui voit Saint-Brieuc battre des mains.

C'est un peu son 'Get up, stand up' ( don't give up the fight'), en pensant à toutes les femmes qui luttent.

Et tout en chantant ...Knock, knock, knock, knock, I'm blowing glass in shapes...elle joint le geste à la parole et quand elle avance ...We gonna burn down all the walls...  t'as l'impression de voir et d'entendre  les gosses, chantés par Pink Floyd,  briser le mur.

Un rien de théâtralité pour convaincre les assoupis et des jets vifs  à la flûte, tous ensemble, on reprend le refrain ' Rising Up', ton voisin, presque aussi âgé que Hugues Aufray, a même levé un poing à la manière de Tommie Smith et John Carlos à Munich, en 1968.

Jérôme Perez a troqué sa guitare électrique contre une acoustique, un premier titre apaisé, ' Night Reflections' , est proposé.

La féroce combattante peut se faire douce.

' Sisters' une des nombreuses plages magistrales  du set est dédié ...à ses  sœurs de cœur, aux femmes de ma vie mais aussi celles que je ne connais pas, celles que j’ai croisées, que j’ai écoutées, que j’ai lues… qui m’ont donné de la force et de l’élan. Je voudrais dire que je suis à leurs côtés, que nous sommes là les unes pour les autres et que notre union, la bienveillance que nous nous portons sont notre puissance »....

L'orchestration majestueuse  a failli t'arracher des larmes.

Un slow blues aussi proche des fantastiques Moody Blues que du 'Woman' de Neneh Cherry, et comme une phrase dit ... Come on and reach out for my hand... tu revois les Four Tops chanter 'Reach out I'll be there'.

' Nos voix', une mélopée, débute par un dialogue flûte/batterie, avant de sentir le fantôme de Nina Simone planer au dessus de nos têtes.

La tendre ballade 'Trois feuilles' est précédée d'un préambule poétique devant éclaircir le propos.

Les trois feuilles, ce sont ses amies qui l'ont accompagnée durant une adolescence difficile.

Au terme du morceau, elle avise deux personnes assises au premier rang, les parents d'une des trois feuilles, elle les remercie d'avoir fait le déplacement jusqu'à Saint-Brieuc.

Le groupe enchaîne sur un indie rock qui, dans les paroles, évoque quelques grands noms, Radiohead pour I don't belong here ou Cissy Houston pour Nothing can stop me now... tu peux aussi penser au  "Nothing's Gonna Stop Us Now" de Starship, avec la brillante Grace Slick aux vocals, sans oublier que Chicago a lui aussi gravé un morceau baptisé "Nothing's Gonna Stop Us Now" 

Après ce morceau rayonnant  vient ' Terre Rouge' , un pays aux couleurs de sa terre natale.

Un solo de flûte ensorcelant et des bruitages dépaysants introduisent  cette ballade, que la chanteuse entame cachée derrière un rideau diaphane.

Le caractère vaudou de la chanson est perceptible, en fermant les yeux tu peux la voir cette terre ocre, bourrée d'oxyde de fer, celle qui recouvre les hauts-plateaux du Cameroun.

Un morceau troublant et fort.

Virage rock avec la suivante, 'Singing leaves', comme toujours tu te lances dans le jeu des comparaisons,  Skin, de Skunk Anansie, te vient à l'esprit.

La guitare de Jérôme Perez n'avait jamais été aussi agressive, la basse gronde, la flûte à l'arrière  lance de petites piques, Mathieu abat un bilan de titan et la voix hypnotique de Sandra, qui passe de l'anglais au français, fait le reste.

Une ovation immense ponctue les dernières notes. 

Elle décide de nous ouvrir son coeur, de nous montrer ses plaies, le sang coulant sur le sol, le feu qui la brûle, ' My heart' ( en fondu avec ' Change)  pulse du début à la fin, au rythme d'un coeur qui a saigné.

En vue de la fin de ce morceau explosif , Sandra se débarrasse de ses bottillons scintillants pour poursuivre le récital les pieds nus, ce qui lui a valu un clin d'oeil d'Humphrey Bogart.

Durant une séquence guerrière, elle entre en transe, se retrouve couchée, avant de rebondir de plus belle et ensuite de présenter ses musiciens .

Le dénouement est proche, elle s'éclipse, la guitare gently weeps grâce à des effets de vibrato. Jaillissant de derrière la draperie, Sandra surgit, habillée d'une cape de boxeur, en se retournant elle dévoile le texte 'My scars don't lie' et achève la tirade fulminante par un dernier râle effrayant.

 

L'obscurité s'est installée, toute la salle s'est levée et attend le rappel.

L'escadron revient pour entamer ' Like a buffalo' , un titre plus ancien (extrait de l’album “Nothing For Granted) , dégoulinant de groove, de punch et de fureur.

Et quand elle décide de mettre Saint-Brieuc à contribution, ce sont plus de 300 buffles enragés qui   battent le plancher de leurs sabots rugueux, en reprenant le refrain à plein poumon.

Sans pause, elle poursuit, a capella, en mode gospel, bientôt imitée par ses musiciens qui s'accompagnent aux fingersnaps, certains pratiquant le beatboxing, we'll sing with you, chantent-ils en quittant le podium pour une déambulation dans une salle toute prête à communier avec ces sorciers, ces guérisseurs d'âme!

 

Le 6 octobre, Sandra Nkaké participe au Women Metronum Academy Festival à Toulouse. 

 

 

 







 

 

 

mercredi 27 septembre 2023

EP - Repulsive Woman - The Even Hand

EP - Repulsive Woman The Even Hand

cassette - album numérique

 michel 

Pourquoi Millie Lovelock a-t-elle choisi pour son side-project la dénomination Repulsive Woman?

A -t-elle lu les oeuvres de Djuna Barnes , dramaturge, romancière, poétesse  d'avant-garde, et queer, une proche de Scott Fitzgerald, d'Ezra Pound ou de James Joyce,  dépeignant de préférence des figures tragiques et ne dédaignant pas le subversif, son premier recueil, datant de 1915, portait comme titre  'The Book of Repulsive Women'..... ce n'est pas qu'une supposition!

La chanteuse/musicienne de Dunedin ( New - Zealand) était surtout connue comme membre  des groupes Astro Children ou Trick Mammoth.

En tant que Repulsive Woman, elle grave un premier EP 'Relief' en 2019, elle y joue de la guitare, du violoncelle, de la basse, des claviers et chante, l'accompagnent Olive Butler ( violon)  et  Adelaide Dunn qui  produit l'objet , Julie Dunn tient la basse sur scène.

La même année elle s'établit à Manchester et obtient un doctorat en philosophie avant de pondre, pendant l'été 2023,  un second EP: The Even Hand

 Track Listing
 
1. No Flowers
2. If This Is Bright
3. Bird Boned
4.137 Pages 

 All tracks written and performed by Millicent Lovelock.
Engineering by Brooke Singer.
Mastering by Carl Saff.
Album artwork by Tarek Slater ( une splendide photo montrant une jeune personne affichant  un regard absorbé et énigmatique, alors qu'elle tient un chapelet  dans la main droite).

' No Flowers' , la voix fluette de Millie  s'unit à  une guitare acoustique minimaliste, délicatement pincée, pour nous donner une impression de douceur et de mélancolie.

Pas question de s'énerver lorsque les claviers éthérés et la guitare électrique s'invitent au bal, le ton reste bienveillant, Millie a la bonne idée d'ajouter quelques choeurs harmonieux en background  et tout en l'écoutant susurrer sa mélodie, tu contemples une plume, portée par le vent, dessinant de sinueuses arabesques dans un azur bienveillant.

L'orchestration sur  ' If this is bright' est plus luxuriante, sans tomber dans l'excès.

Cordes omniprésentes, en pizzicato ou en legato, percussions appuyées, guitare acoustique et électrique en soutien, le son s'intensifie au bout de trois minutes pour donner un air de symphonie lumineuse à la plage, sans que la voix, angélique, ne parte en vibrato.

Grâce et aisance, Millie semble graviter dans un univers immatériel,  qu'aucun être malfaisant ne peut abâtardir.

Il est question d'un oiseau désossé et effectivement  l'instrumentation qui  habille ( déshabille,) ' Bird Boned' est aussi squelettique qu'un mannequin anorexique.

Il ne faut pas grand chose à Repulsive Woman pour créer une chanson enivrante, digne des meilleures compositions de Mazzy Star, une guitare à peine effleurée, un synthé séraphique, un dulcimer délicat et une voix neutre, et si la guitare électrique gronde timidement en fin de morceau, c'est pour supporter un choeur immaculé.

Dis Millie, que se passait-il dans ta tête pour intituler une chanson ' 137 pages'?

Le titre m'a été inspiré par une collection de livres intitulée The Conversation Books. 

Elle avait pu acquérir la série lors d'un séjour à Bonn.

OK, Millie, mais tu n'as pas indiqué qui en était l'auteur!

Anyway, '137 pages' résumées en moins de quatre minutes, cela donne une plage introspective aux arrangements toujours aussi dépouillés.

S'il fallait apparenter Repulsive Woman à un mouvement artistique, on  opterait pour le pointillisme, le niveau de précision et le souci du détail  sont  élevés, un sentiment d'austérité peut également pointer, mais   le résultat  vaut qu'on prête une oreille attentive à l'approche artistique originale de Millicent Lovelock..



dimanche 24 septembre 2023

Anna Stevens et le Galaad Moutoz Orchestra au Grand Pré - Langueux, le 23 septembre 2023

 Anna Stevens et le Galaad Moutoz Orchestra  au Grand Pré - Langueux, le 23 septembre 2023

 

michel

 

Septembre est déjà bien entamé
Pour l'ouverture de la nouvelle saison, plusieurs salles de  spectacle   invitent leur public à prendre connaissance du programme 2023- 2024.

Au Grand Pré,  à Langueux, on a vu les choses en grand ( normal), un spectacle haut en couleurs et un drink, du coup c'était la foule des grands soirs ( papa, maman, les gosses et les ancêtres)  qui se pressait aux portes du complexe.

Le bon peuple, débarrassé du bastingage, se rue dans la salle et est conduit à l'étage, le plancher étant réservé aux danseurs et autres intervenants de la troupe.

De là-haut, tu découvres un décorum cabaret, pas de Liza Minnelli, par contre!

L'affluence ne s'atténue pas, ce qui implique un changement de programme, les derniers arrivés  sont invités à s'asseoir à même le sol face à l'estrade ( tu râles un peu, car pour tirer des clichés, avec un jouet délabré, depuis le balcon, ça risque d'être miteux, mais impossible de redescendre)

Avant d'accueillir  Anna Stevens et le Galaad Moutoz Orchestra, il a fallu se taper un mot  des édiles locaux.

Après 30' de patience, le spectacle de music hall peut commencer!

Deux dames, fringuées thirties, prennent place à une table installée devant le rideau cachant la scène.

Charlie et Mindy cancanent, radotent et rêvent de voyages, elles sont là pour annoncer le show, ce fut long et passablement oiseux, heureusement la suite nous fera oublier cette introduction redondante.

Harlem, here we are... le rideau se lève pour révéler deux  chanteuses  et un band substantiel, car il te faut plus de dix doigts pour dénombrer les musiciens,  chanteuses et  danseurs ( seuses) du  Galaad Moutoz Orchestra, une formation qui s'est déjà produite dans les plus grands clubs de jazz parisiens et au -delà ( Jérusalem, par exemple).

Le jeune pianiste, Galaad Moutoz ( impeccable veston canari), mène la troupe, il est accompagné  par une contrebasse ( ? Clément Daldosso),  un batteur ( ? Malte Arndal)  et quatre cuivres, deux saxes ( ? Benoît Carnet au ténor/ et sans doute  César Poirier, alto et clarinette ) , une trompette ( ? Jérôme Etcheberry )  et un trombone ( peut - être Edouard Wallyn ) (  des musiciens qui ne sont pas forcément ceux mentionnés sur le prospectus:Galaad Moutoz, Benoît Carnet,  César Poirier, Malte Arndal, Jérôme Etchéberry, Fabricio Nicola-Garcia).

Aux lead vocals, on retrouve la pétillante Anna Stevens.

Pour les danseurs/danseuses ( ces dernières assurent les backings), sont annoncés, mais tu prends avec des pincettes: Richard Gastineau, Constance Arnaud ( très belle voix) , Maela Castel, Johanne Melikian, Paul Enguehard, Laure Guerche, Benjamin Guinault!  

Pas mal de ces  filles font partie des Swingsationals de Rennes.

Anna et sa copine nous livrent une version pétillante de '  Ac-Cent-Tchu-Ate The Positive' , reprise dans les années 40 par Bing Crosby et les Andrews Sisters.

La magie opère dès le début, des  applaudissements nourris crépitent lorsque le band apparaît après la disparition des tentures.

La blonde Miss Stevens enchaîne sur la rengaine enfantine  'A-Tisket, A-Tasket', popularisée par Ella Fitzgerald.

Après ce medium swing, le meneur de revue nous propose  ' Tain't What you do'   un shim sham  voyant trois couples souples en piste, cette danse n'effraie pas les Bretons qui en ont vu d'autres lors des Fest-Noz.

Puis c'est parti pour un dance medley avec les mêmes voltigeurs, le charleston est suivi par  un truc dansé dans les juke-joints du Sud, la blues dance ( lascive à souhait),  vont aussi défiler,   le Collegiate Shag,  que tu peux danser sur ' Stomping  at the Savoy', le Balboa, on te conseille Sylvester Stallone comme partenaire et, bien sûr, toutes les variantes du Lindy Hop, en terminant par le très physique fast Lindy.

Pour permettre aux saltimbanques de reprendre leur souffle, le ( superbe)  band propose une version instrumentale de 'Things Ain't What They Used To Be' de Duke Ellington.

Trois fausses soeurs, scintillantes, rappliquent pour entamer ' Boogie Woogie Bugle Boy' des Andrews Sisters.

Souplesse, grâce et exubérance, le public savoure ou s'essaye, avec plus ou moins de bonheur,  au swing  face au podium.

Après une nouvelle séquence didactique destinée à enseigner les différents pas du swing et du charleston  ( footwork et mouvements des bras et du corps pendant le  shoeshine, le rusty dusty, le picking , les itches, le camel walk, le bees knees, le raindrops, le policeman,  ou le spank the baby ( proscrit par la ligue de protection des mineurs), vient la mise en pratique sur ' Puttin on the Ritz' de Fred Astaire.

Elle était bien Anna avec son Tuxedo et sa white cane!

Un nouvel instrumental mouvementé ( un charleston) permet à Anna Stevens de changer de tenue,  tandis que ses copains multiplient les acrobaties vertigineuses. 

L'intro guerrière à la batterie  amorce ' Sing, sing, sing ' César se paye un grand numéro à la clarinette, et puis c'est ce gangster de ' Mack the Knife' qui se montre . Sur la piste,  trois  danseurs égaient la salle avec un numéro burlesque pour draguer une ballerine aussi féline que coquine..

Le tempo ralentit, car Anna et ses choristes attaquent l'enchanteur  ' La légende du pays aux oiseaux "Lola" ' de Jacqueline François.

Un nouveau break didactique  est destiné à présenter différentes routines ( Shim Sham, California Routine ou Mama Stew), il  préface une version musclée de 'Swingin' With the Fat Man'.

Retour de Miss Stevens pour la fabuleuse romance  'Mad about the boy' de Dinah Washington.

Quelle voix, glisse ton voisin à sa compagne.

On reste au rayon grandes chanteuses avec Peggy Lee, ' You deserve'.

Le groupe enchaîne sur une version instrumentale de ' Pennies from heaven' permettant la mise en évidence des instruments à vent.

Exit les musiciens, sauf Galaad, pour une version piano/trois voix de la tendre  '  Ballade irlandaise' de Bourvil.

Ecoute, mec, ça n'a aucun sens, aucun... 'It Don't Mean a Thing (If It Ain't Got That Swing)', Langueux chante et danse, Louis Armstrong sourit!

'The Dipsy Doodle' d'Ella Fitzgerald  précède la dernière tirade d'un show frénétique, le gospel flamboyant '  Down by the riverside',  repris en choeur par tous les fidèles, avec les danseurs/ danseuses descendus  dans le fleuve à nos côtés,    a permis de laver tous nos péchés dans l'eau du Jourdain.

Communion totale et ambiance fervente pour clôturer  un concert  purificateur qui a vu le public se diriger vers le bar pour le verre offert par le complexe, un large sourire à la commissure des lèvres.

 




 

Album - Rival Sons - Lightbringer

 Album -       Rival Sons  Lightbringer

 

Warner Music

 

Mitch ZoSo Duterck

 

Tracklist :

01. Darkfighter
02. Mercy
03. Redemption
04. Sweet Life
05. Before The Fire
06. Mosaic

 

 

RIVAL SONS: ‘Lightbringer’ new album pre-release listening party. 
 
Ça y est, c’est fait! 
Depuis hier soir, le mystère qui protégeait jalousement le nouvel album de Rival Sons a enfin été dévoilé. Du moins pour tous les chanceux que nous sommes, les fans purs et durs, les fous, les ADM des sites du groupe à travers le monde.
C’est grâce à Talita, notre boss et coordinatrice, nous avons à nouveau pu bénéficier du privilège d’écouter en exclusivité ‘Lightbringer’ le nouvel album qu’il sera possible au grand public d’écouter dans un mois environ.
J’avais prédit un grand album, je sentais arriver une sorte de révolution, j’entendais gronder un fauve dans les profondeurs de la terre, quelque chose d’inquiétant rampait vers la lumière.
Et puis je me suis assis et j’ai écouté, une fois sans bouger, sans commenter, sans manifester la moindre émotion. Et quand le silence assourdissant a envahi ma chambre, j’ai relevé la tête et ouvert les yeux, il était là, devant moi, l’album que j' attendais depuis le 25 septembre 1980, la tuerie ultime, l’arme fatale. Jamais je n’aurais cru possible qu’on puisse encore composer un tel Album, hors du temps. Un album intelligent tant au niveau des textes que des compositions.
Avec Darkfighter, Rival Sons nous offrait un album plus angoissé, plus torturé, plus sombre, comme si tout à coup le mur du succès se dressait face à eux , sorte d’obstacle en forme d’avertissement formulé au gang de Long Beach que rien n’était fait.
 Darkfighter était un peu la somme de toutes les peurs que le groupe devait évacuer, sans jamais avoir eu le temps de le faire.
Et  Lightbringer est arrivé, le porteur de lumière, synonyme d’espoir, qui leur ouvre en grand les portes du ciel, un ciel qui est la limite. 
C’est le plus bel album de Rival Sons parce qu’il a chassé les démons qui pouvaient anéantir les hommes et leur musique. Le fauve est sorti de l’ombre et en quittant les entrailles de la terre il a ouvert la porte sur l’avenir
Darkfighter:cCe titre me rappelle un peu Deliverance, le film de John Boorman. 
Une longue section centrale avec un solo acoustique qui va libérer toute sa rage sur des sonorités qui sont la signature de Mr. Fuzzlord avant de nous surprendre avec des accents de sitar.
Mercy: Qu’on le veuille ou non, c’est un titre qui vient en ligne droite de la filiation avec Led Zeppelin. A l’heure actuelle, Rival Sons est probablement le seul groupe , l’unique héritier du patrimoine de Led Zep, le seul capable de le transmettre aux générations futures. C’est à mon sens le titre qui ferme définitivement la porte sur le passé. Un petit côté “Do your worst”.
Redemption: une magnifique ballade qui porte l’empreinte RS comme seul le groupe peut le faire. Une composition qui regarde là-bas , au delà des nuages. La power ballad dans toute sa splendeur
Sweet life: dès les premières notes, on identifie la marque de fabrique de Scott, des notes rapides et serrées et un petit côté qui louche résolument vers les années ’70.
Before the Fire: Retour vers une introduction acoustique qui permet de plus en plus d’identifier le band dans un autre domaine, décidément les Rival Sons sont partout. 
Et puis il va y avoir cette attaque électrique qui explose sans avoir besoin de pousser le volume trop fort. C’est le titre sur lequel Jay Buchanan va prouver au monde et aux quelques personnes qui ne sauraient pas encore, à quel point c’est un chanteur immense, probablement le plus grand vocaliste rock au monde actuellement. La pureté et la longueur de sa tenue de note sont tout bonnement phénoménales. Il tire définitivement un trait sur le passé lorsqu’il chante “everything’s gone I know it’s never going back”
Mosaic: Le dernier fleuron de l’album. 
Encore une prouesse de Jay dans la manière dont il vit et interprète ses textes empreints d’une simplicité qui en fait la qualité et le charme. C’est le genre de chanson qui te pousse à remettre le cd et à pousser sur play, tout de suite. Je veux que ce titre soit diffusé juste après Kashmir le jour ou je quitterai cette terre.
Cet album est une véritable merveille qui n’a pas besoin de plus de 40 minutes pour prouver à quel point Rival Sons font partie des plus grands groupes de rock au monde. 
N’oublions pas non plus le travail colossal effectué par l’incroyable Michael “Light and Shade” Miley à la batterie et son compagnon Dave the Best, qui préfère que ce soient les notes de sa basse qui explosent en pleine lumière plutôt que lui en tant que musicien.
Avec cet album,Rival Sons vient de passer définitivement dans la cour des grands. Scott Holiday a réussi le tour de force de rendre son jeu plus dépouillé pour en faire quelque chose de plus affûtė, plus tranchant. Mais écoutez bien Jay Buchanan dont la voix semble complètement débarrassée du côté un peux rocailleux venu avec la fatigue des tournées qui s’enchaînent. Il peut affronter n’importe qui avec une voix telle qu’elle est là sur l’album. 
Dans mon cœur, je sais que Lightbringer est n°1 dans mon cœur.
Allez vite précommander votre exemplaire sans plus attendre. 

 

 

 

vendredi 22 septembre 2023

Album - Lillie Mae & Family - Festival Eyes

 Album - Lillie Mae & Family  - Festival Eyes

 S II C Records

michel

Lillie Mae Rische, known as Little Mae, est du genre précoce, à peine âgée de 3 ans,  elle se retrouve sur scène comme membre du family band ( The Risches), dans lequel elle accompagne ses frère et soeurs: Frank, Scarlett, Amber-Dawn et McKenna Grace.

La clique suit l'exemple du papa, Forrest, actif au sein d'un groupe de bluegrass ( normal dans l'Illinois) .

Très vite la petite apprend à manier guitare, fiddle et tambourin, tout en chantonnant.

Le groupe change de nom en 1994 pour devenir Jypsi, un album paraît en 2008.

L'aventure prend fin un an plus tard, Lillie, 18 ans à l'époque, opte pour une carrière sous son nom tout en louant ses services comme session musician pour Third Man Records, on la retrouve, au violon ou à la mandoline,  sur quelques plaques de Jack White (et de son side-project The Raconteurs), avec lequel elle tourne aux States et sur le vieux continent.

Un premier album solo ' Rain on the piano' voit le jour en 2015, suivi par 'Forever and then some' et ' Other Girls'.

Ce dernier disque paraissait en 2019, il faut attendre septembre 2023 pour lui trouver un successeur,  Festival Eyes!

 

  1. Cold June (Lillie Mae, Anderson East) – 3:09

  1. Razor Love (Neil Young) – 5:35

  1. Cherry Pie (Lillie Mae, Logan Ledger) – 4:09

  1. Safe Place (Lillie Mae, Adam Landry) – 2:54

  1. Please Be With Me (Scott Boyer) – 4:16

  1. Festival Eyes (Lillie Mae, Scarlett Rische, Frank Carter Rische, Craig Smith) – 2:36

  1. Wild and Free (Lillie Mae, Brit Taylor) – 2:54

  1. Love Is Love (Lillie Mae, Scarlett Rische, Craig Smith) – 5:34 

Crédits:

Lillie Mae Rische: vocals,  acoustic guitar, fiddle, tambourine

 Frank Carter Rische (electric guitar, acoustic guitar, harmony vocals) -  Scarlett Rische (acoustic mandolin) -  Craig Smith (electric guitar, B-bender guitar) -  Aaron Goodrich (drums, percussion) -  Geoffrey Muller (electric bass) or Brian Zonn( bass)  and producer Beau Bedford on keys, synth, guitar, Moog

 Album artwork by: Colleen Runne qui excelle comme make-up artist.

Le dessin polychrome montre le groupe sous un chapiteau en forme de cirque, à l'arrière, on aperçoit une roue panoramique et dans un ciel étoilé, éclairé par un croissant de lune,  une paire d'yeux s'apprête à nous faire un clin d'oeil.

Le rock et le cirque, des Doors à Kiss, en passant par Alice Cooper ou Dave Stewart , le mariage  n'est pas inusité!

' Cold June' débute par quelques accords flottants et magiques à la mandoline, une guitare électrique et une acoustique s'infiltrent subtilement, puis vient la voix, bouleversante et délicieusement nasillarde,  de la jeune maman.

Impossible de ne pas craquer à l'écoute de tant de tendresses,  et quand, pendant un bridge, la lead guitar place un bref solo, aussi fluide et pur qu'un ruisseau de montagne n'ayant jamais vu de bipède sur lattes, tu te dis que, au fond,  quelque part, l' harmonie édénique existe.

En 2000, Neil Young lâchait un 23è album, la country soul ballad  ' Razor love' en étant le pénultième titre, Lillie Mae a décidé de reprendre ce morceau à l'intitulé trompeur, car il n'est nullement question d'agressivité mais bien d'amour.

Lilie Mae nous livre une version brillante du classique du Loner, se l'appropriant, sans le trahir.

Effet du hasard, le nom de jeune fille de la maman des siblings est Razor, Razor Love est donc approprié!

Would you like another cup of coffee?

Non, mais je reprendrais volontiers some ' Cherry Pie' , un titre que Lillie a composé avec le chanteur country Logan Ledge.

Comme souvent les artistes bluegrass/country adoptent le waltz tempo, il en va ainsi pour le saccadé ' Cherry Pie' où le violon dialogue aimablement avec les guitares, tandis que d'une voix élastique, à la Dolly Parton, Lillie débite son propos.

Adam Landry avec lequel elle a composé ' Safe Place' peut présenter une belle carte de visite, il est cité sur des enregistrements de Deer Tick, Lilly Hiatt, Los Lobos, Vanessa Carlton ou William Fitzsimmons e a.

Toujours en mode midtempo, cette autre country waltz fait la part belle à la mandoline, qui profite d'une instrumentation soignée en arrière plan. Quant à Lillie Mae, elle excelle non seulement aux vocaux mais aussi au fiddle, celui - ci folâtre radieusement en fin de morceau.

Scott Boyer a écrit ' Please be with me' en 1971 , le groupe Cowboy ( avec Duane Allman et Scott Boyer) est le premier à l'avoir gravé sur album.

Lillie Mae n'est pas la seule à reprendre cette ballade sentimentale, Eric Clapton, Randy Meisner ou Tish Hinojosa, notamment, ont également inclus ce titre sur un de leurs albums.

La version de Miss Rische a gardé le côté poignant de l'original, une mandoline remplace le dobro joué par Duane.

Une réussite!

Le titletrack de l'album ' Festival Eyes' a été écrit pendant la pandémie, durant laquelle les festivals ont fait cruellement défaut.

Le morceau, vif et primesautier,  peut rappeler certaines compositions des Chicks ( anciennement Dixie Chicks) , si tu siffles juste tu peux essayer sous la douche ou éventuellement dans la voiture en contemplant des vaches dans le pré.

Avec ' Wild and Free' on revient à la ballade ,  Brit Taylor, récemment vue au Grand Ole Opry, a co-écrit cette sucrerie typiquement nashvillienne, même si Brit est native du Kentucky et Lillie Mae de l'Illinois.

They're Wild and Free, comme la country legend John Anderson, dont l'album du même nom avait été produit par  Dan Auerbach.

A écouter, couché sur le gazon en mâchant un brin d'herbe. 

Effets de voix sidérants sur la dernière plage de l'album, ' Love is Love' . 

Si les sept morceaux précédents répondaient tous aux caractéristiques  du traditional bluegrass, 'Love is Love' s'en éloigne. Pas vraiment du point de vue instrumentation mais plutôt par les soubresauts vocaux en forme de montagnes russes, que Little Mae module avec audace.

 

Lillie Mae apporte un vent de fraîcheur dans l'univers country/ bluegrass, c'est ce qui la rend appréciable! 




 

 

Rosalie Cunningham - Beau Bowen - Fire In Her Eyes at London Lafayette Saturday 16th September 2023

 Rosalie Cunningham - Beau Bowen  - Fire In Her Eyes  at London Lafayette Saturday 16th September 2023

 Mitch ZoSo Duterck

 

 

Beau Bowen, Fire In Her Eyes, Rosalie Cunningham - Lafayette, London (UK) - 2023.09.16
 
Fébrile comme une collégienne qui va passer des vacances outre-manche pour parfaire son anglais hésitant, j’arrive enfin à boucler mon trolley après avoir vérifié ma liste de choses « to do. » Tout me semble correct. Reste à passer quelques heures de repos au lit, ne pas trop penser au concert, respirer profondément, faire le vide dans son esprit (sain) et… ça ne marche pas ! Ça n’a jamais fonctionné avec moi cette espèce d’anesthésie mentale à la sauce Emile Coué, tu sais, ce pharmacien français, qui a inventé la méthode qui porte  son nom et qui est basée sur l’autosuggestion et l’autohypnose. Ca ne pouvait pas fonctionner avec moi, j’ai peur en « auto » … Bon, on va se mettre un peu de musique pour faire passer le temps, c’est d’ailleurs ce qu’il fait de mieux.
Pas besoin de réveil, je l’aurais parié. Bien avant l’heure encodée pour mon lever (J’en connais qui se sont gourés en programmant l’alarme pour la veille du jour prévu pour leur départ, eh bien croyez-moi ou pas, mais ils dorment encore. C’est bien connu, les cons ça dort, les cons s’adorent, les cons ça dore (surtout en plein soleil) Bref, je suis déjà en pleine activité, si pas physique, du moins, cérébrale, dire intellectuelle ferait des jaloux, alors je ménage.
Direction la cuisine, objectif : petit-déjeuner. « Petit ?» Je ne sais pas pourquoi on s’obstine à appeler ça comme ça. Moi quand je suis à table, c’est pour faire honneur au repas, sans retenue. Comment ça se voit ? Mais je t’emmerde moi, fossile va, faux-cils, faut te calmer, tu ne sais pas qui tu affrontes là ! Oui c’est ça, commence à pleurer, j’arrive. Je sens comme une certaine dose d'agressivité dans mes propos ce matin, non ?
Bien, I go down the Piervenne street to the station where I’m about to take the 9.08 “Crazy Train” to Namur. “All Aboard!” comme le criait naguère ce brave Ozzy. Comment ? Je n’ai pas traduit ? Parce que tu crois que les grands-bretons vont te traduire une fois que tu seras sur place toi ? T’as vu ça où ? Dans Mary Poppins ? 
A la gare de Naninne, je retrouve Digger, mon brother de cœur qui s’est joint à moi pour l’occasion, c’est très souvent le cas d’ailleurs. Joindre, c’était le verbe du troisième groupe que nous conjuguions le mieux (au présent surtout) lorsque nous fréquentions assidûment les cafés du bas de la ville de Namur et les branches des arbres de la citadelle.
Oui, je sais, nous étions inscrits à l’Athénée, rue du Collège, mais dans notre esprit, inscription ne signifiait pas pour autant obligation de suivre les cours en présentiel, donc… mais revenons à la conjugaison évoquée supra, joindre est un verbe du troisième groupe très irrégulier, surtout après la troisième personne du singulier qui fête agréablement l’arrivée de la première du pluriel, c’est fou ce qu’on t’apprend tout de même ! ». Cela donne : « Je Joins, tu joins, il joint, nous avons déjà tout fumé ? vous allez quand à Maastricht ? Ils en rapportent demain ». 
C’était pas simple les études en ce temps-là.
Changement de train, direction Bruxelles-Midi ou Brussel-Zuid, collation pour éviter une mauvaise faim dans l’Eurostar. Un petit roupillon, et bientôt, une voix féminine qui se veut douce envahit l’espace entier de la gare de St. Pancras, vérifie bien, il y en a qui continuent à écrire « St. Pancréas » je te jure ! On nous demande de vérifier que nous avons bien nos « belongings » avec nous, etc…Passage devant les douaniers, sous le regard torve et pesant des préposés qui te dévisagent, l’air de dire : « encore deux qui viennent conjuguer ! » Et puis direction l’hôtel. Enfin, l’hôtel, faut aller vite pour le dire. En Belgique tu fous ton clébard là-dedans, tu te fais arrêter illico presto pour cruauté envers les animaux. Déjà l’escalier, c’est de la folie sans matériel d’escalade, si tu dois croiser quelqu’un ça fait un mort à coup sûr !
Ce qu’on appelle la chambre est une pièce qui a certainement connu des temps meilleurs, c’était avant que Charles Dickens écrive Oliver Twist (à Saint-Tropez). Le sol est bourré de nids de poule, tu risques l’entorse à chaque pas. Et c’est tellement hors-équerre que quand tu regardes les deux têtes de lit, elles ne sont pas loin de se toucher alors qu’il y a au départ un espace d’un mètre entre les deux couches, la folie quoi. Je me revoyais fin des seventies dans d’autres hôtels de la capitale anglaise du style George Hotel à Earl’s Court. Enfin, c’est juste pour quelques heures seulement.
Bon, pour faire court, j’ai un passage éclair à effectuer au HVM, pas très loin de Hammersmith, jusque-là tout va bien. Sauf que dix minutes plus tard dans le métro c’est le bazar total ! « Shit Happens! » comme on dit là-bas. Tout le Westbound est fermé et on ne sait pas pourquoi. Ca n’y changerait pas grand-chose de toutes façons. Il faut prendre des bus mais avec le Traffic Jam, tu vas plus vite à pied. On finit par chopper un taxi. Ce mec ferait passer Schumi pour un débutant. Le moindre trou dans la circulation il ne s’y engage pas, il y plonge à fond la caisse. Cardiaques : s’abstenir. On croyait louper une partie du concert de ce soir. Mais ce mec a fait des miracles, on était tip top au rendez-vous. Avant de descendre de voiture devant le Lafayette, « Mister Cab driver » s’est retourné vers nous avec un grand sourire : « I’ve done my best, enjoy the show » nous dit-il avant de replonger comme un forcené dans les rues, bientôt avalé par la circulation.
Le triple concert s’ouvre par Beau Bowen, un duo mixte, donc le guitariste frappe des accords sursaturés alors que sa consœur libère de temps a autre l’un ou l’autre cri qui tente de se greffer sur la guitare mais ça tombe souvent à côté de la cible. Né à Oakland en 1969, Beau, bénéficie de la double nationalité Canadienne et Américaine. Son travail musical aborde les questions de traumatisme et de mémoire liées à l'esclavage américain, l'immigration, le Mouvement des Droits civiques et le Ku Klux Klan. Ceci explique cela, comme dirait un célèbre commentateur sportif belge. On comprend mieux les cris. Pas ma tasse de thé ce truc là en tout cas.
Fire In Her Eyes (Set-list):
01.Keepers.
02.Juggling Clown.
03.I Wanna Know Ya.
04.Magpie.
05.Written Within.
06.Nightingale.
07.Sooner or Later.
Deuxième artiste, et là c’est une claque en pleine face : formé en 2016, Fire In Her Eyes, est un band Londonien, et donc anglais, créé par les sœurs Daniella (24 ans) et Natasha Livingston (I présume) qui porte ses 21 ans avec confiance et sérénité. Des harmonies vocales à tomber par terre et des musiciens qui savent jouer magnifiquement bien, je vous le garantis. Au niveau des influences de ces demoiselles, rien que des grands : The Beatles, David Bowie, Jefferson Airplane, Pink Floyd, King Crimson, Led Zeppelin, The Doors et Jimi Hendrix pour ne citer qu’eux. On passe du Moyen-Age au psyché, sans oublier le jazz et le progressif. L’ensemble est un véritable délice, dommage qu’il n’y ait pas encore de cd pour l’instant. J’attends impatiemment la parution d’un premier album, une vraie découverte, énormément de talent, ce groupe peut aller très loin, j’en suis persuadé. On ne s’embête pas une seconde tant c’est parfait. Un groupe à suivre de près. En tout cas, voilà 35 minutes de concert qui ont passé à toute allure tant c’était au-delà de tout ce que nous pouvions espérer. Trente-cinq minutes extraordinaires que je ne me lasse pas d’écouter, en boucle. Oui, j’ai enregistré le concert, comme d’habitude. Un petit coup de cœur pour « Nightingale » gorgé de sitar.
 
Rosalie Cunningham (Set-List) :
01.Start with The Corners.
02.Ride on My Bike.
03.Dethroning of The Party Queen.
04.Donovan Ellington.
05.Donny (Pt.2)
06.Duet.
07.Riddles and Games.
08.Rabbit Foot.
09.Tristitia Amnesia.
10.Tempest and The Tide.
11.Chocolate Money.
 
Rosalie Cunningham (Line Up)
 
Rosalie Cunningham: vocals & guitar
Claudia Gonzalez-Diaz: vocals & bass
Aaron Thomson: keyboards
Bo Walsh: drums
Rosco Wilson: vocals & guitar
Voilà, ça y est, on est prêts comme disait jadis un ami banquier. C’est quand même pour Rosalie Cunningham que nous avons fait le déplacement depuis notre Condroz natal, là où les rivières, qui ne sont pas pourpres, se transforment en fleuves infranchissables à chaque fois que le danger menace nos libertés individuelles.
Etant donné le couvre-feu mis en place à cause de la proximité des zones d’habitations voisines d’une part et la reconversion rapide de l’établissement en une formule club d’autre part, le concert sera limité à 70 minutes. Ca tombe bien car le line up actuel qui offre un nouveau visage, n’a eu que le temps d’une répétition pour mettre le répertoire en place et prendre ses repères. C’est peu, mais avec des musiciens de ce calibre là, ça fonctionne. Rosalie dirige l’ensemble avec maestria et les compositions y ont encore gagné en qualité et en puissance émotionnelle. La mixité fonctionne super bien, ni jalousies ni caprices, chacun sait ce qu’il faut faire pour ajouter sa pierre à l’édifice. Et toujours cette attraction particulière pour les splendides « Tristitia Amnesia » et « Tempest and The Tide » auxquels j’ajouterai un « Rabbit Foot » grand comme çà…
C’est ainsi qu’on sent d’une fois à l’autre une confiance qui s’installe, chaque instrumentiste trouve son espace. Et, j’en veux pour preuve, les morceaux qui s’allongent et partent dans des jam de haute volée au fur et à mesure que le spectacle progresse. Blues, Baroque, Psychédélique, Rock labelisé ‘70’s, tous les ingrédients sont là pour concocter les plats riches et savoureux dont nous allons nous gorger à l’envi au cours de ce banquet orgiaque que nous n’oublierons pas de sitôt.
C’était un pur délice ce concert, certainement, le meilleur auquel j’ai assisté. 
Rencontre avec Rosalie et son fan #1 comme elle m'appelle, mais le temps passe vite et les musiciens sont fermement invités à débarrasser les lieux. Ce ne sont habituellement pas là le genre de manières auxquelles nous sommes habitués en Angleterre et c’est un peu dommage, consignes ou pas, de faire montre de pareille attitude, même si le Lafayette doit maintenant prendre sa version Club.
Merci à Rosalie et à son band pour ce magnifique concert.
 Maintenant on sait que ça va aller, on a une « Patte de Lapin » qui va nous porter chance (private joke). Ne restez pas trop longtemps avant de venir nous voir. See ya !
Il nous reste encore à trouver un endroit où nous sustenter et boire un bon coup avant de rentrer. 
Nous jetons notre dévolu sur une pizzeria située à quelques vols planés de rondelles de saucisson de l’hôtel. 
Nous voilà à peine attablés que nos oreilles ont déjà repéré l’ambiance résolument classic rock qui règne dans les cuisines. On y aperçoit le pizzaïolo de service  chanter et danser en rythme, tout en écoutant sa playlist de Hard Rock, fabriquant inlassablement les repas pour une clientèle encore nombreuse sur Euston Road en cette soirée bien agréable. 
Evidemment, l’adrénaline joue son rôle, on ne s’endormira pas avant de réécouter l’enregistrement des concerts.
 La nuit sera donc brève mais les souvenirs, il n’y a rien de tel.
Mitch « ZoSo » Duterck

mercredi 20 septembre 2023

Victoria Staff- EP “Records & Honesty”

 Victoria Staff-  EP “Records & Honesty”

michel 

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Victoria Staff, de Toronto, était destinée à faire de la musique, après avoir pris des leçons de piano à 5 ans, elle écrit ses premières chansons 5 ans plus tard. Elle sort un premier album,   The Blue Book Project, en 2017, avant de décider de l'éradiquer, plus aucune trace sur les plateformes de streaming, et de recommencer à zéro en 2022, après avoir obtenu un diplôme en neurosciences comportementales.

Elle combine désormais un day job et  sa carrière musicale, un debut EP ( comme si l'album n'avait jamais existé) voit le jour durant l'été, “Records & Honesty”!

Si elle manie  guitare, piano, banjo et  ukulele, elle fait toutefois appel à quelques musiciens pour la seconder, l'extended play est produit par Dan Hosh ( Wild Rivers, Zachary Lucky, Serena Ryder, Whitehorse, City and Colour, Benjamin Dakota Rogers ...).

Et les autres?

Peu de détails sont soumis, elle remercie toutefois:   Nathan Wong, le guitariste Stu Weinberg, Meg Contini ( qui chante pour les O'Pears) , Andrew Sherriff ( guitare) , Thomas Hammerton ( keys)  et Kirk Starkey ( cello).

Aucun détail pour les percussions! 

Tracks

Records & Honesty. 1 · 3:53 

 My Man. 2 · 2:53 

Olive and Ruby. 3 · 3:45 

Here We Go Again. 4 · 3:20 

Campfire. 5 · 4:01.

La pochette, dans les tons gris,  affiche  une photo de Victoria de dos, les épaules dénudées, elle semble vouloir se protéger en posant une main sur une chair fragile.

Elle montre de profil un visage effarouché. En visualisant le cliché,  l'observateur  se demande si la jeune femme porte un vêtement ou une camisole destinée aux  forcenés.


Le disque démarre avec le titletrack,  'Records & Honesty', une ballade, aux accents folk pop,  décrivant un amour à sens unique, elle l'aime, il l'ignore.

La voix est limpide, chaste, implorante, pourquoi ce gars n'a-t-il  prêté aucune attention à cette jeune fille douce et aimante?

Guitares tantôt gentiment caressées, tantôt plus âpres,  piano romantique et percussions en demi-teintes, ce  premier titre, gracieux,  interpelle et séduit.

' My man'...  is only mine for moments.... he only wants me when he's drunk and high... on n' est  pas loin de Mistinguett chantant ... Sur cette terre, ma seule joie, mon seul bonheur, c'est mon homme.J'ai donné tout ce que j'ai, mon amour et tout mon cœur à mon homme... Il me fout des coups, il  me prend mes sous... mais je l'ai dans la peau!..

La ballade débute sur fond de piano maussade,  puis vient la voix, éplorée, racontant son infortune,  un violoncelle égrène ses notes précieuses, le piano poursuit son triste chemin, puis quelques percussions s'ajoutent au tableau pour mener la plage à son terme.

Victoria met son âme à nu, elle  sait qu'elle est faible et vulnérable, mais lucidité ne rime pas forcément avec  émois amoureux.

'Olive and Ruby' évoque une période de sa vie à Vancouver, elle fréquentait assidument  un coffee shop  où elle observait les clients, en rêvassant.

L'établissement, qui n'a pas survécu à la pandémie,  lui a inspiré la chanson mélancolique ' Olive and Ruby',  gorgée d'images poétiques et d'associations subtiles.

L'orchestration, raffinée, nous renvoie vers les compositions délicates et harmonieuses d'un Paul Simon ( cf My Little Town ou Long, Long Day) et s'il fallait associer ce titre à un peintre, on avance Edward Hopper, qui a immortalisé sur ses toiles les petites choses de la vie quotidienne.  

'Here we go again', n'est pas une cover de la romance country   de Ray Charles, mais bien un titre original décrivant ( encore)  une relation néfaste ( love and heartaches, you know...). 

Apprendre de ses erreurs est une utopie, n'en déplaise à Gaston Bachelard!

 Victoria semble répéter les bourdes à l'infini, mais elle le chante si bien, accompagnée par une guitare acoustique mélodieuse et un piano esthétique, et si la voix monte légèrement  en fin de morceau, ce n'est pas pour fulminer mais pour ajouter du piment à sa confession.

'Campfire' qui clôture l'EP est sans conteste le titre le plus profond, celui qui sert de catharsis.

Elle avait 16 ans, elle a été agressée sexuellement, la blessure, profonde, n'est toujours pas cicatrisée.

La chanson débute par un synthé uniforme, comme  répondant  à des bruits de pas, qui résonnent peut-être dans la tête de Victoria, ce martèlement obsédant,  qui perdure pendant tout le morceau, avec une brève accalmie qui permet  la mise en évidence de la voix émouvante de la chanteuse, est compensé par de subtils riffs de guitare et  de vagues  cordes en arrière-plan.

Et tandis que la voix tremblante s'imprègne dans ton cerveau, tu imagines voir et sentir le feu de camp, dans lequel elle a balancé ses vêtements souillés!

Burn, baby, burn!

“Records & Honesty”, un premier EP transcendant!

 

  




 



mercredi 6 septembre 2023

EP - Panacea- Kalila Badali

  EP - Panacea-   Kalila Badali

 1490534 Records DK

michel 


Quand une psychothérapeute agréée décide de faire de la musique, tu peux soit penser aux Ramones, des spécialistes....  I'm a teenage schizoid, the one your parent despise Psycho therapy, now I got glowing eyes... ou à Kalila Badali, de Toronto, dont une partie du profil dit:  I offer both brief therapy, which typically consists of 6-12 sessions and long term therapy which could extend to years depending on what we determine is needed together....

Comme tu gères toutes  tes  perturbations comportementales en avalant du Scotch, tu te dis que t'as pas  besoin d'une thérapie cognitivo-comportementale, ce n'est  pas une raison pour ne pas écouter le second EP , 'Panacea', enregistré par Kalila Badali.

En 2019, paraissait un premier effort discographique, baptisé "Perfectly Collapsing".

T'as remarqué en lisant les titres de ces albums, qu'ils ne s'adressent pas aux analphabètes, même s' il ne faut pas une connaissance approfondie du latin pour comprendre le sens de ' Panacea'. 

En tant que médecin, Kalila  peut prescrire le remède universel .

On ajoutera que la demoiselle fait aussi partie de la formation Shy by Shy, actuellement au repos.

Tracks:

1. Helpless 

2. Potato 

3. No Eye Contact 

4. Dotty Mae 

5. Panacea.


Credits:

Composer Names: Kalila Badali
Guitar: Kalila Badali
Vocals: Kalila Badali
Bass: Jake Klein & James Atin-Godden
Auxiliary Percussion: James Atin-Godden and Kalila Badali
Synth: James Atin-Godden
Drums: Jake Birman
Accordion: Brad "Don River" Pearson

Produced by: James Atin-Godden
Mixed by: James Atin-Godden
Mastered by: Mariana Hutten-Czapski
Published by: Distrokid 

 

Pochette: comme sur un tableau médiéval, Kalila Badali prend la  pose en affichant un sourire Mona Lisa, elle est couronnée de bois de cervidé fleuris, un pigeon, taxidermisé, aux ailes déployées,  repose sur la paume de sa main gauche.

On se pose encore mille questions quant au sens caché  de cette illustration, dont les symboles nous échappent, on vient de demander l'avis d'  Emil Kraepelin, il étudie le cas!

' Helpless' ouvre le florilège,  la voix claire, aérienne et  fluctuante,  se colle sur un fond musical alt folk savamment arrangé.

Une guitare en picking charpente le thème, des backings éthérés se font entendre, ils sont suivis par des percussions au caractère psychédélique  nous rappelant l'époque au Marc Bolan et Steve Peregrin Took sévissaient sous l'identité Tyrannosaurus Rex.

Une basse s'active, puis des synthés et la batterie , la composition prend de l'ampleur et on se met  à penser aux efforts discographiques de Comus, le progressive folk band britannique qui  avait enthousiasmé l'univers rock au début des seventies.

Superbe entrée en matière! 

De la papa, puis patata, dans la Cordillère des Andes, il y a 8000 ans, à la taratouffli dans le Latium, aux truffoles en Ardèche au 16è siècle, tout dément l'idée qu'  Antoine Augustin Parmentier a découvert la pomme de terre, mais ce n'est pas à une étude historique du fameux tubercule que pensait Miss Badali en composant 'Potato', les connotations sont d'ordre familial, ..."Potato" deals with questions and anxieties around dying and spending time with loved ones before they die, but also wanting to hide and avoid the pain that comes with confronting loss....

Faut pas oublier que Madame est psy!

Le titre, en mode groovy folk pop remuant, peut faire  penser à certaines compositions de Paul Simon, il consiste en trois mouvements, le premier, joyeux, ( quelle basse)  précède une bouffée plus calme où intervient un choeur de vestales, tandis  que des percussions mixant shakers et battements de mains accompagnent le texte...  Oh oh oh and when I die who will feel what my body feels? Oh oh oh and when I go please don’t leave me on my own... et c'est en mode introspectif sur quelques  notes de basse que s'achève le récit de la patate.

Il est là, il mange de la tourte aux myrtilles, il ne me voit pas, ' No eye contact' , c'est moche!

Un rôle prépondérant est attribué à James Atin-Godden, les percussions subtiles sont pour le même monsieur, il est secondé par Kalila, à l'arrière, Jake Birman amplifie  le son percussif en frappant tous les éléments de son kit, la basse, funky, de Jake Klein fait toujours de l'effet, tandis que le chant, enfantin, de  la thérapeute, qui caresse une acoustique,  vient séduire nos pavillons.

Si tu aimes le côté déjanté de tUnE-yArDs, ' No Eye Contact' doit te séduire.

Non ' Dotty Mae'  ne fait pas allusion au P-47D Thunderbolt "Dottie Mae", l'avion de chasse américain qui a fait fureur pendant le second conflit mondial, Dotty Mae est une cartomancienne que Kalila avait rencontré après un summer camp où elle travaillait comme psychothérapeute. 

Le morceau était déjà au répertoire de Shy by Shy, elle l'a retravaillé , en lui donnant une forme psychedelic folk, pour son  nouvel EP.

Guitare en fingerpicking, percussions tribales et mise en boucle des voix, encore  un morceau désarmant!

 ' Panacea'  d'une lenteur figée, est chanté d'une voix immatérielle, des effets de reverb étayant le caractère hanté d'une composition  dominée par un violon  méditatif, tandis que la  guitare égrène de pauvres notes d'une tristesse sous-jacente.

Sans aucun doute, la  plage la plus  introspective de l'entreprise!

Musicalement Kalila Badali possède le don de vous ensorceler, si elle n'avait pas opté  pour les soins  visant à soulager  la souffrance psychique, elle aurait pu être chamane.



 

 




lundi 4 septembre 2023

Ker roc'k en fête , La Roche-Derrien- le 2 septembre 2023

 Ker roc'k en fête avec Kumbia Boruka et La Batucada Distribilh , La Roche-Derrien- le 2 septembre 2023

 

michel  

16e édition de Ker Roc’h en fête à La Roche-Derrien, deux jours de folie sur la place du Martray, le samedi en musique plus feu d'artifices,  le dimanche, le public s'amasse ( merci Jeanne) pour assister à des spectacles de rue.


Un samedi soir sur la terre  , vamos au Trégor, en ayant en tête les informations fournies par le Cri de l'Ormeau: à 19h30', les Molotov Brothers, à 21h: Kumbia Boruka!

Sur place: changement de programme, à 19:30', La Batucada Distribilh, à 21h ( qu'ils disaient) : Kumbia Boruka, puis le feu d'artifices et pour ceux qui ne sont pas affalés sur l'asphalte, because excès d'orangeade: les Molotov Brothers!

A 19h, l'animation bat déjà son plein, et le stand de la  mairie où tu peux boire du rosé  ou du pétillant,  gratos, est submergé.

La pizzeria du coin affiche complet,  les Le Goff, Nédélec, Le Meur, Prigent ...et deux Mendoza se rabattent sur les patates au lard.

Madame a déniché un burger, La Batucada Distribilh va entamer sa déambulation! 

A Rio, on l'appelle bateria, à Pleudaniel, il est question d'une batucada, le résultat est le même, des percussions dingues, sur un rythme infernal.

Ce soir on a dénombré 20 intervenants au sein de   La Batucada Distribilh. Le slogan du Journal de Tintin disait de 7 à 77 ans, s'il fallait avancer une tranche d'âges, on opterait pour  de 20 à 75 ans.

Des dames, des messieurs, des ados, peinturlurés et arborant une tenue colorée où le vert domine.

Ils/elles  manient   avec dextérité et poigne:  caixa de guerra, tamborim, cuica, surdo, repinique, agogô, chocalho, reco-reco, alfaia, rocar,   et apito ( en bouche)  pour le maître de cérémonie, qui exige discipline et ardeur de ses troupes.

Dès l'entame le public est transporté du côté des favelas de la Cidade Maravilhosa, très vite la frénésie gagne les plus siphonnés, heureusement, aucun drame à déplorer, pas de gosse écrasé par un char, pas de bagarres causées par des cariocas fortement imbibés de cachaça, de caïpirinha ou d' espumantes, rien que de la ferveur inspirée par les rythmes de samba, entrecoupés de paradinhas ou d'apagãos.

Polyrythmies savantes, chorégraphies surprenantes ( on pivote, on oblique à droite puis à gauche, on passe de l'avant à l'arrière et vice-versa, on se couche, on tombe à la renverse, un vient effaroucher les curieux, on embrasse un comique qui s'essaie à une danse burlesque...)   à donner le tournis aux spectateurs.

Tu n'avais plus assister à une prestation aussi turbulente depuis un concert de Olodum à Couleur Café ( à Bruxelles) ou  aux performances du Rythme des Fourmis, tabassant inlassablement leurs fûts métalliques, tout en suant pire qu'Eugène.

Ce spectacle haut en couleurs, mariant grâce, bouillonnement, chaos étudié et adresse,  a galvanisé la foule sans avoir recours aux   artifices faisandés  comme peuvent en utiliser des politiciens retors.

 

Prochain concert à 21h, avait dit l'annonceur. En attendant,  un cousin éloigné   d' Alex Da Kosta balance sa panade cubano/mexicano/hip hop latino guatémaltèque en hochant la casquette.

21:18',  madame: "on se fout de qui, merde ( traduction de flûte) ,  leur soundcheck a été réglé avant 19:30',  encore un coup de la SNCF!"

Ben, non, il paraît que les Grandes Marées sont en cause, tu rigoles, Nicole, sont pas venus de Lyon en steamboat, que diable!

21:25', une bande annonce entre en jeu et les huit sociétaires de  la Kumbia Boruka rappliquent.

Line-up à prendre avec les réserves d'usage:

Le petit  Bob Sikou ( Boris Curien)  , pas de bob, il est coiffé  d' un panama élégant,  chant et acrobaties diverses  / Hernán Cortés, accordéon et chant / Tadeo Cortés, à l'arrière pour maltraiter congas et guacharaca et parfois chantonner en parlando / Rodrigo Bastidas, basse / Miguel Miño, guitare et synthé / Cyril Gelly ( pas fish) , batterie / Clément Buisson, trompette / Swann Vuillermoz, trombone.

Ces  jeune gens aux origines diverses ( Mexique, Argentine, Colombie, Chili...)  sont établis dans la région lyonnaise,  leur renommée   a franchi toutes les frontières, ils se produisent aussi bien sur le vieux continent, que chez Tonton Sam ou au Mexique.

Au menu: de la cumbia clásica, de la cumbia nueva et  de la cumbia hybride présentant des touches de reggae ou de hip hop , mais toujours du festif à 100 %

Le groupe a enregistré les albums "La Vida se Vive" et  "El Remedio", en novembre, en principe, " Santa Suerte " sera dans les bacs.

Pendant près de 90', les huit musiciens vont  parader  sur scène avec le petit Bob comme figure centrale, il saute, court plus vite que le lapin de la fable, harangue la foule, escalade  les monitors, tandis que l'accordéon de Hernan virevolte résolument. Une  basse ronde et des percussions tenaces impriment une cadence folle, de temps en temps, la guitare de Miguel vient déchirer le souk à la manière d'un Carlos Santana hilare, les cuivres, quand ils ne jouent pas les seconds rôles, viennent tour à tour pousser une gueulante,  en bas, La Roche- Derrien chaloupe généreusement.

Le terme cumbia revient constamment dans les lyrics,  des fois elle est negra  ( Danza Negra) , d'autres fois il est question de destino   et de corazon.

Comme le dit Bob, ce soir c'est la ' Fiesta in las calles', un coup de sifflet aigu retentit, Yvonne se sent des envies cubaines, elle a laissé sa jupe flamenco dans le placard qui sent la naphtaline, tant pis,  en short ça va le faire aussi bien.

Si Selena dit 'Baila esta Cumbia' , faut que tu remues les fesses et que tu te déhanches en mesure.

Parmi les titres que l'on croit avoir entendu, on retient 'Llegando de lejos', 'Cumbia del Amor', l'énervé 'Machaca Boruka' , ' El Grito'  et aussi un titre dédié à un deejay de Mexico ( el libertador de la cumbia?) .

Pendant des années,  Hernán Cortés a accompagné la légende de la cumbia de Monterrey, Celso Piña, décédé en 2019, en hommage le groupe propose 'El Porro Magangueleño'.

Une cohorte de kangourous, importés illégalement dans le Trégor, a transformé la place en trampoline géant, Jeannette et Claudia, chaussées de tongs  banane,   ont vu leurs orteils salement écrabouillés, le plus pénible étant de constater l'état déplorable du vernis  dont elles  avaient amoureusement garni leurs ongles.

La trompette amorce une sérénade qui aurait arraché des larmes à Nini Rosso, la clique enchaîne, il est question de cabeza, jusqu'ici tout va bien aucun signe de migraine, puis vient une injonction,...tous à genoux, non, ce n'est pas pour faire pénitence, au signal du chef zapatiste,  tous le peuple prosterné  saute comme un seul homme, les bras tendus vers les étoiles.

Miguel en profite pour placer un solo assassin,   avant le final épique.

Fin d'un concert fumant!

Madame,  légèrement étourdie, propose un repli vers des terres plus paisibles , nous entendrons les rappels, tout aussi festifs, avec une imitation osée de Luis Mariano, à distance.

 

Un regret, celui d'avoir manqué la prestation des  Molotov Brothers!





 





 

 

samedi 2 septembre 2023

Bonjour Minuit - Point Presse - Septembre 2023.

 Bonjour Minuit - Point Presse - Septembre 2023.

 

Septembre: les écoliers ont repris le chemin des classes, Bonjour Minuit  dévoile sa programmation automnale.


Avant d'inventorier les concerts de rentrée, l'équipe a  prévu, le 8 septembre (  18:30),  une soirée/apéro pour accueillir les nouveaux bénévoles.

Quelques jours plus tard, le 13,   à 19h,  le public est convié à une session d’écoute présentant les groupes annoncés en septembre/octobre.

Le premier concert se déroulera le 16 dans la grande salle, une affiche attractive puisque pas moins de trois formations monteront sur les planches: Structures + We Hate You Please Die + Carriegoss!

Evénement d'importance le 30 septembre avec la venue de Jay-Jay Johanson, la seule date bretonne du crooner du Nord, le support est assuré par Penelope Antena, la fille d'Isabelle Antena.

Octobre débute par l'habituelle session Live de Radio Activ', le 5 à 19h  c'est Skopitone Sisko  qui viendra présenter l'album 'Incognita' ( événement gratuit).


Le 7, la soirée metal à ne pas manquer! Au menu, Suasion + Heart Attack + Rage Behind + Akiavel, du hardcore, du thrash,du groove metal et une pointe de death!

 

Le 12, nouvelle soirée où tu ne dois pas sortir ta carte de banque, le 808 Club invite Morskoul avant de céder la place aux rappeurs en herbe pour un open mic.

Un jour après Carnavalorock, Bonjour Minuit  accueille H-Burns ( en duo).

Sorry, le singer-songwriter tient à jouer dans un lieu intimiste, toujours secret pour l'instant, seul détail dévoilé, la jauge est limitée à 60 âmes, et l'endroit se situe à Saint-Brieuc.


Le mois se termine le 27 par une fiesta techno, pour l'Astroclub 4,  pas moins de 5 deejays vous feront danser toute la nuit ( de 22h à 4h du matin) :  Scan x . La fraîcheur . Maxime Dangles . Célélé . Richelieu!


Toujours en septembre, la salle accueille le groupe Grande en résidence.

 


vendredi 1 septembre 2023

Album - Center of the Universe by Sofia Talvik

  Album - Center of the Universe  by  Sofia Talvik

 Makaki Music

michel 

Pour éplucher la discographie de Sofia Talvik t'as intérêt à ne pas te fier à une seule source, si on s'en tient aux full albums, pour certains 'Center of the Universe' est le neuvième album de la native de Göteborg, qui passe presque autant de temps aux States que dans sa Suède natale.

D'autres parlent de 13 albums et ils n'ont pas tenu compte de l'enregistrement de 2020, ' Nattflykt' sur lequel elle est accompagnée par le violoncelliste allemand, David Floer.

Le duo avait choisi Hansan comme identité.

Sinon, 'Center of the Universe' succède à ' Paws of a Bear' qui existe en deux versions, une électrique et  un modèle plus soft, unplugged, après que l' ours soit passé chez le podologue.

Sofia est une des nombreuses artistes nordiques à évoluer dans un milieu roots, elle combine tonalités americana, folk, bluegrass et country avec un bonheur certain.

L'album a été enregistré à Sulegång, un hameau paisible du comté de Kalmar , où l'on consomme plus de gravad lax que de seiches en beignets.

Crédits:

Words and music Sofia Talvik
Guitar and vocals Sofia Talvik
Mandolin and classical guitar Drake Duffer ( Caroline du Nord)
Accordion Peyton Clifford  ( Caroline du Nord)
Bass Janne Manninen  ( Suède)
Drums and percussion Joakim Lundgren (except Desert Nights)  ( Suède) 

Backing vocals: Drake Duffer and Peyton Clifford
Produced by Sofia Talvik
Recording and editing Jonas Westin
Mix and Master Hans Olsson, Svenska grammofonstudion 

 

Track listing:

1. Circle of Destruction 3:20

2. Center of the Universe 4:02

3. A World Away 4:34

4. Two Thirds 4:02

5. Boy Soldier 3:09

6. Meanwhile in Winnsboro 4:46

7. Too Many Churches 4:38

8. Desert Nights 3:44

9. Broken 5:08

10. Oh California 4:03

 

Une  photo de pochette allégorique montre Sofia  Talvik , pensive, dans un paysage nordique crépusculaire. Sa beauté  intrigante peut faire penser à un modèle de Fernand Khnopff. L'astre en clair-obscur illumine aussi bien l'énigmatique  valkyrie que l'arbre blessé qui a peut-être inspiré Van Gogh pour sa dernière oeuvre, 'Racines'.

Un esthétisme pictural que l'on retrouve souvent dans les pochettes de female  symphonic metal.


Mise en route avec ' Circle of destruction', une protest song du 21è siècle qui nous renvoie vers 'Eve of Destruction' chanté par Barry McGuire, le monde n'a guère changé en 60 ans, ...The eastern world it is exploding Violence flarin', bullets loadin' You're old enough to kill but not for votin' You don't believe in war but what's that gun you're totin' And even the Jordan River has bodies floatin'...  à l'époque, ... What they can’t build up They will tear down And the circle of destruction has begun Standing at the border With a white flag in your hand Will the peace that we dreamed of ever come... aujourd'hui!

La situation en Ukraine et le sort des réfugiés fuyant un territoire, où hommes, femmes et enfants sont massacrés, ont inspiré la chanteuse à la voix, légèrement chevrotante,  proche de celle  des grandes folksingers, Joni Mitchell ou Judy Collins.

L'accompagnement sonore, sobre, met en évidence l'accordéon de Peyton Clifford. La guitare acoustique, la mandoline et les percussions, discrètes, tapissent un fond bluegrass à ce country folk sentant bon  des groupes tels que Nitty Gritty Dirt Band, les oubliés  Loggins & Messina ou les immenses The Band.

' Center of the Universe' amorcé à la mandoline,  aborde le thème des enfants disparus. C'est lors d'une tournée aux States , alors quelle faisait ses emplettes dans un hypermarché de la chaîne Walmart, que son regard est attiré par un poster affichant photos et caractéristiques de gosses perdus. Elle décide de composer une chanson d'espoir se basant sur  la culture des Native Americans, les Hopi, qui considèrent que les enfants ont été choisis pour vivre en paix dans un endroit  qu'ils ont baptisé Tuuwanasavi, le centre de la terre.

Cette valse  folk philosophique est  proche des chansons interprétées par Joan Baez, avec toujours une mise en avant de l'accordéon et de la  mandoline.

' A world apart' s'éloigne des propos sociaux pour effleurer le sujet de la séparation.

L'amour à distance, ce n'est pas la gloire!

Le ton est à la mélancolie,  la voix, douceâtre, est subtilement bordée  par une instrumentation feutrée, soutenue par des choeurs éthérés. 

Qui peut se contenter de ' Two Thirds'?

L'amour ce n'est pas qu'une partie  du gâteau... Honey I want the whole cake... affirme Sofia dans cette plage folk plus intimiste, chantée d'un timbre clair et délicat,  après une intro faite de oooh oooh oooh  murmurés.

Une gentille guitare acoustique et un accordéon en mode requiem  épaulent le chant, la basse et la batterie restent en retrait tout en habillant habilement la mélodie. 

Sur fond de batterie imprimant un rythme soutenu , ' Boy Soldier' dépeint le jeune garçon opprimé par  la violence domestique.

Où se cacher pour éviter les coups d'un beau-père violent?

Avec son frère de dix ans, un jour, ils pourront fuir et échapper à ce milieu destructeur.

L'accordéon haché et la voix qui monte haut sont là pour dépeindre le désarroi des gosses et de leur mère, désarmée.

Un titre poignant! 

' Meanwhile in Winnsboro' avait été composé au printemps, au   Texas, au début de la pandémie, les images de pommiers en fleur ... meanwhile in Winnsboro apple blossoms bloom,  spring is coming soon...., offrent un contrepoint  optimiste aux effets funestes de la pandémie.   Sur la version, minimaliste,  de l'époque,  Sofia était accompagnée par la pedal steel de Tim Fleming.

Le guitariste est décédé depuis ,  le titre, mélodieux,  a été réarrangé pour le nouvel album.

Le 22 janvier 1973, la promulgation de l’arrêt Roe vs Wade accordait aux Américaines le droit d’avorter sur tout le territoire.

Le 24 juin 2022, la Cour suprême des États-Unis a abrogé le droit constitutionnel à l'avortement, en annulant l'arrêt Roe vs Wade de 1973.

'Too many churches' évoque ces faits  en décrivant la triste histoire de Maria, 15 ans 1/2,  violée chez elle, le bébé est né, l'église ne voulant pas entendre parler d'avortement.

Malgré de nombreuses manifestations pour respecter le droit des femmes à disposer de leur corps, plusieurs états ont signé le décret révoquant l'arrêt Roe vs Wade. 

Sans éclats de voix, à la manière d'une Joan Baez, Sofia Talvik dénonce l'ingérence de l'église dans ce débat politique.

Mandoline et accordéon, en demi-teintes,  soutiennent son propos. 

Beau comme un coucher de soleil sur les dunes du  désert de Chihuahua, 'Desert Nights' évoque à la fois Hope Sandoval, Linda Perhacs ou Karen Dalton, toutes trois représentantes d'une roots music, inspirée du typique  Laurel Canyon sound.

' Broken' , un titre  alliant délicatesse et mélancolie, est de la même veine, c'est en pensant à  Tim Fleming que la Suédoise a composé ce bel hommage, dominé par une figerpicked guitar égrenant des notes célestes. 

Cinq minutes de chaste félicité .

Toujours dédié  à Tim, ' Oh California'  a été composé pendant le confinement imposé par le Covid. Avec le recul ... I always knew that you were meant to go I just did not expect it so soon With so many shows left to play before going back to California ( là d'où Tim est originaire) ... prend tout son sens.

La voix, limpide  et ensorcelante, proche du timbre d'une Carole King,  le background évoquant les titres les plus calmes de Jason Isbell, tout s'accorde pour faire un must  de ce dernier morceau d'un  album justifiant toutes les louanges que les critiques adressent à Sofia Talvik.


La tournée américaine se poursuit jusqu'au 15 octobre, l'Europe devra patienter!