Jazz ô Château - Shai Maestro - Château de de Pommorio,Tréveneuc, le 2 mai 2026
michel
Comme la veille, un écriteau COMPLET orne la porte d'entrée du chapiteau.
Tout à fait normal car le festival accueille une étoile, the icing on the cake a pour nom Shai Maestro, une figure saillante du jazz contemporain.
Repéré à 18 ans par Avishai Cohen , il suit le contrebassiste pour s'établir à New-York et participer à quatre albums de la star israélienne.
En 2010, Shai forme son propre trio et enregistre sous son nom, huit albums voient le jour, le dernier ' The Guesthouse ' est tout récent.
Depuis le 17 avril, le pianiste est en tournée européenne pour présenter son dernier ouvrage, l’association « Quand le jazz est là » a réussi l'impossible, faire venir le trio à Tréveneuc.
Pour seconder le pianiste phare de la nouvelle génération, deux autres virtuoses prennent place sous les acclamations d'un public, déjà chaud: l'Italien Matteo Bortone à la contrebasse ( 5 albums en tant que leader ) et Amir Bresler, de Tel-Aviv mais basé à Berlin, à la batterie ( Avishai Cohen, Mark Turner, Kirk Lightsay, Olivia Trummer,, Omer Klein ....).
Shai introduit son groupe in English and in French, une langue dont il maîtrise quelques bribes, comme lorsque tu l'as croisé à la Passerelle en 2018.
We'll begin with 'Lifeline' , un extrait de l'album 'The Dream Thief' de 2018.
Shai débute en solitaire, Matteo et Amir l'écoutent paupières closes , le jeu épuré, aéré et fluide témoigne de son bagage classique.
Au bout d'une moment, une cymbale est délicatement effleurée, puis une seconde, Amir se ravise et remise ses baguettes, Shai poursuit son travail, en ostinato à la Debussy, en solitaire .
La contrebasse réagit enfin, le batteur la suit, c'est parti, la plage, introspective, prend de l'ampleur, elle permet à l'auditeur d'enfanter ses propres images sur l'écran cérébral.
'The time bender' qui ouvre le nouvel album ' The Guesthouse' démarre comme une comédie musicale frivole, les mains nues d' Amir frottent ses cymbales , d'un signe Shai indique à Matteo qu'il peut intervenir, la plage passe du serein à un tempo plus torrentueux.
Tout à son jeu, le pianiste ponctue ses arabesques de petits cris, assagi, il laisse le batteur s'ébattre avec brio et lorsque le trio reprend le thème initial, afin d'achever la mélodie, le public, subjugué, applaudit à tout rompre.
'Refuge', aux structures harmoniques complexes, s'entend sur le même disque.
C'est la contrebasse, d'un jeu millimétré, qui amorce la plage, les cordes sont ensuite frappées sans hargne, un sifflement est perçu, Shai vient chatouiller les entrailles du piano, les cymbales frémissent, le pianiste, en embuscade, frôle à peine ses touches, avant d'aborder un virage énergique pendant lequel une cascade de notes déferle.
En vue du terme, le ton lyrique est abandonné pour faire place à un caractère plus dansant, les mimiques expressives du pianiste nous prouvent qu'il vit pleinement son jeu.
Tandis que le public bat des mains, Amir attaque déjà ' The Dream Thief' , une plage qui dépasse allègrement les douze minutes et qui passe par différents climats, la complicité entre les trois musiciens est exemplaire, ils se complètent, s'écoutent en éclatant de rires, .
Shai se tortille sur son tabouret, distille des notes semblables aux pointes d'une danseuse de ballet, tel un chef d'orchestre, sans baguette, il indique à Amir et Matteo ce qu'il attend d'eux, ces derniers impriment une cadence folle, la marmite bout , on risque l'explosion et puis , comme par magie, le calme revient et tu t'éveilles, le rêve est terminé.
Sur l'album 'The Guesthouse', le titre ' Gloria' est chanté par Maro , elle n'est malheureusement pas présente à Tréveneuc, ce qui n'a pas nuit à la qualité intrinsèque de cette sonate majestueuse, permettant la mise en évidence du doigté exceptionnel de Matteo Bortone.
Personne ne s'en était rendu compte, tout avait défilé à une vitesse incroyable, mais nous étions arrivés au terme du concert.
Les musiciens se lèvent, saluent un public debout , applaudissements et cris enthousiastes fusent de partout.
En guise de rappel, le magicien propose ' Mystery and illusions' , une sarabande mêlant improvisations étourdissantes à la Keith Jarrett, rythmes fiévreux, impromptus flexibles et, enfin , une furia finale, avant laquelle tu vois Shai, peut-être victime de crampes, secouer une de ses mains.
"Maestro" désigne une personne qui est arrivée au niveau le plus élevé de son art ...
Cette définition colle parfaitement à Shai Maestro!