Jazz ô Château, Robinson Khoury - Mÿa , Château de Pommorio, Tréveneuc, le 1 mai 2026
michel
Place aux têtes d'affiche devant se produire sous le chapiteau, un écriteau à l'entrée indique COMPLET, un second informe, pour des raisons techniques Robinson Khoury se produira avant Mohs.
Robinson Khoury et le projet Mÿa!
Robinson Khoury est désormais plus renommé que le héros de Daniel Defoe, en 2025, il décroche le prix Django Reinhardt en tant que meilleur musicien jazz.
Son album Mÿa, qui a donné son nom au trio qu'il a formé avec Anissa Nehari aux percussions et Léo Jassef au piano, fait l'unanimité: onirique, envoûtant, organique, atypique, inventif, ne sont que quelques qualificatifs, glanés à droite et à gauche.
Il y a un avant Mÿa, le tromboniste qui a collaboré avec, e a, Quincy Jones, Ibrahim Maalouf, Théo Ceccaldi, Marcus Miller ou Natacha Atlas, avait déjà enregistré deux albums , 'Frame of Mind' et 'Broken Lines', sans compter sa participation à l'album « Arwah Hurra » de Sarab.
Ce soir, en dehors du trombone , il recourt à divers instruments à vent, dont un étonnant hautbois renaissance aux allures de zurma turc, il tripote aussi un synthé modulaire, certes moins imposant que la machinerie utilisée par les musiciens de Zaho de Sagazan, mais diantrement performant néanmoins.
Les racines touareg d' Anissa Nehari (Lola Manique, Nesrine, Marco Lacaille..) se perçoivent dans la manipulation d'un attirail percussif imposant ( batterie avec éléments électroniques, cajon , clochettes, ocean drum, cymbale spirale...) et dans ses vocalises.
Léo Jassef, vu aux côtés de Yom, joue du piano, du clavier et dispose de deux synthés, dont un synthé basse, lui aussi participe aux vocalises.
L'amorce de ' Cosmos' est grave, le trombone geint sur accents orientaux, le piano accentue la plainte, quand Anissa s'éveille et bat chastement ses peaux, t'es transporté du côté de la plaine de la Bekaa , et quand trois voix entament des vocalises maqâms, comme ta voisine, t'es sur le point d'entrer en transe.
'Poussière' est prévu pour le prochain album , le souffle du désert vient inonder la salle, comme René de Obaldia, tu respires le vent qui secoue les branches de sassafras. Après les sonorités désertiques produites par les percussions et l'élément électronique, le piano revient vers un mouvement plus classique, puis c'est comme si le Concerto d'Aranjuez se décolorait après un passage à la moulinette électronique, la mélopée t'enveloppe et te berce.
Tu entends une voix derrière toi: ce n'est pas du jazz !
Ce n'est évidemment pas du swing, ni du ragtime, ni du smooth jazz ou du mainstream, si l'apport de l'électronique peut effrayer les plus anciens, les coloris ethniques dans le jazz ne sont pas nouveaux: Mulatu Astatke, Aster Aweke et autres adeptes de l'ethio jazz, l'Afro beat de Fela ou de Cheick Tidiane Seck, le jazz gnaoua adopté par Bill Laswell , ne sont que quelques exemples.
Robinson a ramassé le hautbois allongé ( ou un clairon droit, à vérifier) pour entamer ' Mÿa', décoré de vocalises grégoriennes.
Le rythme est tendu, la plage, vivace et trépignante, est bourrée d'effets inattendus.
Avec 'Birth of Noham', une ode à la maternité, le trio propose un morceau apaisé, Anissa a saisi l'ocean drum, des vocalises saccadées se font entendre, le trombone se lamente, puis des grondements surgissent du fond des ténèbres, le chant sans paroles reprend, c'est comme si Bach rencontrait Leftfield du côté de Baalbek.
'Taxi Brousse' démarre par une improvisation au trombone, on le suit pour explorer des territoires arides, au solo du chef, le piano et les percussions répondent en entamant un rondo stupéfiant.
Anissa se paye une improvisation ahurissante, les mains nues, elle frappe tout ce qui l'entoure, cajon, cowbell, cymbales, caisses en tous genres....
La salle bout, avant d'éclater en cris enthousiastes, le trombone et le piano rappliquent, le trip prend des coloris équatoriaux, du coup Tarzan agrippe une liane pour voltiger dans les airs et rejoindre Jane.
Ahurissant!
Robinson au chant pour 'Pensées irréelles', une ballade fusionnant prog rock et jazz fusion, la plage précède la dernière pièce du set, le formidable ' Qanâ' pour lequel le trio a invité Zacharie Ksyk, la trompette du groupe Mohs.
Après cette dernière plage bouillonnante, le public se lève pour acclamer ce concert hors norme et réclamer un rappel.
Le morceau cinématographique, 'Arazu' est chanté par Natacha Atlas sur l'album .
Sur un tempo lento, la mélopée a envoûté une salle silencieuse qui a retenu son souffle, avant de pousser des vivats tonitruants au terme de la composition.
Un concert mémorable!