Mémoires Rebelles dans la session live de Radio Activ' à Bonjour Minuit, Saint- Brieuc, le 5 novembre 2026
michel
1972, Wattstax, Los Angeles Coliseum, le label Stax commémore le septième anniversaire des émeutes de Watts à Los Angeles.
Répondent présents pour le Woodstock blanc: Isaac Hayes, The Staple Singers, Rufus Thomas, Albert King, The Bar-Kays, Carla Thomas, Little Milton, Eddie Floyd et des tas d'autres.
L'événement inspire Jean-Mathias Petri qui, en 2023, monte le projet Mémoires Rebelles le collectif décide de rendre hommage à l'esprit Wattstax en réinterprétant des protest songs emblématiques issues de l'héritage noir, le répertoire choisi fait une large place aux enregistrements de Gil Scott-Heron, un artiste majeur que tu as le bonheur de voir live en mai 2010, lors d'une soirée des Nuits Botanique, il devait décéder un an plus tard.
Le public afflue quand Radio Activ invite Mémoires Rebelles pour sa session live mensuelle.
Jean-Mathias Petri, a emmené ses flûtes traversières, un sifflet et une petite flûte piquée aux Schtroumpfs, il a arrangé les morceaux empruntés aux artistes black et s'est entouré de la crème des musiciens Breizh pour interpréter les chants live avant de livrer un enregistrement reprenant dix titres phare de cette époque bénie.
A 19h, se présentent sur scène:
Le juteux 'Whatcha See Is Whatcha Get' sorti par les Dramatics en 1971 ouvre les débats.
Même si ça paraît bizarre d'entendre une voix féminine aux lead vocals, très vite on accepte le timbre, nourri au jazz, de la fantastique Louise Robard, elle accompagne son chant d'une gestuelle expressive.
Très vite tous les regards sont braqués sur elle et Jérémy à tes côtés déjà lâche un wouah admiratif.
Mais Louise n'est pas seule, la guitare claire de Charlotte flatte tes papilles comme une charlotte aux fraises, Eva pince adroitement les cordes de sa contrebasse, Marc maintient un tempo groovy et la flûte fugueuse et fugace de Jean-Mathias caracole sans anicroches.
Un seul titre et déjà une salle conquise!
Sur le premier album de Gil Scott-Heron, 'Pieces of a man', G S H rend hommage à deux des plus grands noms du jazz, Billie Holiday ( Lady Day) et John Coltrane, ' Lady day & John Coltrane ' est devenu un titre emblématique du poète de Chicago.
Le groove dégouline à grands flots, Louise part en acrobaties vocales audacieuses, la flûte sautille, Charlotte fait claquer ses cordes, Eva et Marc assurent un rythme souverain, là-haut, Billie a soufflé à John, not bad for Frenchies!
Les temps étaient durs aux States dans les seventies, Gil t'explique tout ça de façon imagée dans ' Winter in America', la flûte s'embourbe dans la neige, trois féminines vocalisent, un bridge instrumental te permet de visualiser des scènes de rue dignes des Misérables, comment ne pas être remué!
On peut danser sur ' The Klan' tout en sachant que le KKK a gangrené l'histoire des Etats-Unis depuis 1865 et encore aujourd'hui continue ses activités nauséabondes.
En 1966 Nina Simone compose ' Four women' un cri de révolte dans lequel Nina exprime sa colère face aux injustices subies par les femmes black.
Elle-même n'a pas été épargnée, au même titre que Aunt Sarah, Saffronia, Sweet Thing, la prostituée ou Peaches, fille d'esclaves, qui est prête à tuer tellement elle a la rage.
Malgré le sujet âpre, c'est sous forme de ballade que la chanson est proposé sauf quand Peaches entre en action.
Mémoires Rebelles propose une superbe version, toute en retenue.
Eva a saisi un archet, la flûte picote, un maillet s'attaque aux cymbales, Louise se lamente, un sifflet surgit, , ' Endangered Species' de Dianne Reeves qui revendique la légitimité des femmes noires, devenues une espèce en danger.
La salle bat des mains pour rythmer le gospel, du coup Jean-Mathias a saisi un tambourin pour accompagner le public.
' Did you hear what they said?' est à replacer dans le contexte de la guerre du Vietnam, une mère pleure son fils abattu d'une balle dans la tête, ...they said he is dead but he can't be buried....
Le titre, poignant, est introduit par une flûte morose, et évolue à la vitesse d'un escargot malade pour mieux faire ressentir la douleur de la maman, la contrebasse en avant-plan souligne le désarroi maternel.
' Home is where the hatred is' de G S H , malgré le sujet grave virevolte joyeusement et invite aux déhanchements.
Un signe de Marcus indique que c'est l'heure de l'interview, les artistes se présentent et exposent l'origine du projet avant de reprendre place et de proposer le titre le plus récent du répertoire, 'Say Her Name (Hell You Talmbout)' de Janelle Monáe.
Un complainte sous forme de gospel qui énumère les hommes noirs ( 18) victimes de violences policières ou raciales.
La version originale dure près de 18 minutes, le titre vire chant guerrier jusqu'au final qui voit Mémoires Rebelles saluer le public, un public qui les acclame à tout rompre et sollicite un bis.
Pas chiche, le groupe enchaîne sur deux salves fabuleuses, 'People make the world go round' , un tube soul que l'on doit aux Stylistics , un des seuls titres du combo de Philadelphie montrant une critique sociale, et l'incontournable ' The Bottle' de Gil Scott-Heron , dans la version live enregistrée avec son band Amnesia Express, incluant donc le refrain celebrate, celebrate, celebrate...
Come on and celebrate tonight, chantait Kool et son Gang, c'est ce qu'on a fait sans retenue!