Max Hightower, La Grande Ourse / St Agathon, le 15 octobre 2026
michel
Le 6 mars 2022, à La Grande Ourse, tu as vu et entendu: Mac Arnold, born in Ware Place, South Carolina!
La légende blues se payait 8o piges à l'époque, cela ne l'a pas empêché de donner un show mythique.
A ses côtés sur scène, le batteur/mercenaire, Denis Agenet et à la basse, mouth harp, vocals, un costaud: Max Hightower.
Octobre 2026, devant un public chétif ( OK, c'était un jeudi, OK, le diesel approche des 2€50, OK, il fait noir, OK, c'est la crise, mais ça fait 50 ans que c'est la crise;..) Max, sa casquette, ses guitares et ses harmonicas, entament le premier volet de sa tournée européenne.
Comme Papy Arnold, Max est originaire de Caroline du Sud, on te dit ça, car dans ce coin des States les locaux parlent avec un accent que le président de passage à Charleston est obligé de se faire traduire en US English, par exemple, they stretch out vowels, si le mec te dit thutty, il te signale qu'il a 30 ans).
Comme souvent dans le milieu blues lorsqu'un Ricain se déplace sur le vieux continent, il fait appel à des gens du cru.
Donc ce soir, pas de Joe Moss ou de Brandon Phelps, mais des condottieres, et pas des nains de jardin, quand tu t'appelles Hightower, tu choisis des grands: à la batterie, Denis Agenet, le session drummer le plus célèbre de l'hexagone/ à la basse, Nikolas Karolewicz , de Münster, un contrebassiste de métier ( La Ratte, e a) qui se tiendra raide comme un piquet pendant 95% du set, ce qui ne l'empêche pas d'être ultra performant/ Félicien David aux saxophones baryton et ténor, il fait partie des Nolapsters, le band de Denis.
Max a pondu deux plaques, 'Nothin' but the truth' en 2025 et ' The blues chooses you' qui vient de sortir.
Attaque sèche à l'harmonica pour ouvrir les débats, suivie par une série de riffs percutants sur beats décalés , puis vient la voix âpre et rapide, le funky 'Double Bubble' qui ouvre le premier CD est sur les rails, quand Max se calme, c'est le sax qui part en vadrouille, à droite, ( pour nous), Nikolas, l'imperturbable, et Denis, le boute-en-train, assurent un tempo soutenu.
C'est clair, t'as bien fait d'ignorer l'ignoble série à la TV pour un bain de Southern blues.
La clientèle n'a pas le temps d'applaudir, un second titre fuse déjà, le groovy ' It's on me', pendant lequel il multiplie les claquements, de langue, clac, clac,clac... bébé, my love for you is real... écoute ma tirade à l' harmonica, tu vas craquer.
Il prend place sur un tabouret pour annoncer 'Train Smoke' ( audible sur le dernier né et enregistré par Mac Arnold en 2016) , il a essayé de nous expliquer la genèse du morceau, le traducteur de Trump n'étant pas disponible, on ne peut guère t'aider, mais il était question de son grand-père et de sa vie on the road, le titre, lancinant, se traîne comme une vieille locomotive qui crache ses poumons, le baryton de Félicien barrit pire qu'un éléphant asthmatique, la guitare et l'harmonica imprimant un rythme modéré.
Du boulot admirable.
Le nerveux blues funk 'Relationship man' a été composé il y a des lustres, il précède 'Things I used to do' ( de Guitar Slim) un gospel qui doit calmer les ardeurs.
Denis travaille en finesse, le sax embraye tout en tendresse et la guitare tisse une toile pointilliste, digne des tableaux les plus admirables de Van Rysselberghe.
Just a moment, guys, I have to tune.
Denis jette un oeil à la setlist,...OK, je ramasse le washboard.
Eh, Max, keske tu fous!
Désolé, rengaine ta planche, on va interpréter, ' Stone cool', pour les cool people qui adorent danser dans les juke joints.
Difficile de trouver plus cool que ce morceau aux senteurs Tom Waits.
Retour au blues funk avec ' Too much of not enough' sur lequel la guitare mouline rondement.
Nikolas fait mine de se tirer, mais, non, il abandonne la basse et revient avec une guitare, Max se consacre à l'harmonica pour l'incroyable slow blues 'Hoodoo Man Blues' de Junior Wells.
Une claquer monumentale, là-haut John Mayall a essuyé une larme.
'Hoodoo Man Blues', c'est toute l'essence du blues, celui qui arrache des soupirs et fait vendre des kleenex.
Quel est le rapport entre l'alcool de contrebande et les magnolias, Claude François n'avait pas la réponse, Max a attaqué la ballade 'Moonshine & magnolias' au parfum fleuri et aux intonations Boz Scaggs.
'I don't know' is a Johnny Shines ( décédé en 1992, un maître du Delta blues) ) song, but we'll do it our way.
Encore une perle, Max nous gâte.
Anecdote, pendant un petit temps j'ai tourné avec Mac Arnold, ça m'a rapporté gros: 29 dollars, et ça m'a inspiré la suivante, ' The hardest thing'.
Encore un titre qui arrache, avant de revenir aux sonorités Tom Waits sur ' I ain't lying' aux accents jazzy.!
En vedette: le sax, soyeux!
Le temps de choisir l'harmonica adéquat et voici 'Damned if I do' , un midtempo juteux.
Eh, Denis, tu peux leur expliquer le sens de “Twitchy Witcha”?
Sorry, Max, c'est pas dans mes compétences!
Anyway, it's a kind of crazy tune , sûrement un truc dégueulasse, ajoute le batteur!
En tout cas, ça sentait bon le carnaval à la Nouvelle-Orléans.
J'ai pas choisi de jouer du blues, c'est le blues qui m'a choisi, ' The blues chooses you', le titletrack du nouvel album, t'explique tout ça.
Le jeu en dentelle de Caroline du Sud sur tempo nonchalant rappelle le son d'un Robert Cray et après un final terrassant, follement applaudi , ils font mine de quitter le podium.
La salle est debout, un bis s'impose, un signe vers Denis, c'est le moment de laver ta chemisette.
Il récupère la planche pour attaquer 'Do what you gonna do', un mix bouillant de Bo Diddley, de cajun et de bayou blues.
Une dernière pour la route ( ça fait plus de 100 minutes qu'ils jouent), 'Everything's gonna be alright', dans la version de John Hammond, résume parfaitement la soirée, everything was alright tonight!
Oui, Mauricette?
Super concert!
Indeed, lady!