Paul Péchenart à l'Annexe à Guingamp., le 12 juin 2026
michel
L'annexe,
un café associatif niché dans le vieux Guingamp, inauguré il y a deux
ans, se décarcasse et organise concerts, soirées jeux, conférences
soirées contes et autres activités culturelles, ce soir ils ont invité
Paul Péchenart!
Si, si, tu connais, ce monsieur peut exhiber un
pédigrée que peu de greyhounds ( 1395€ en solde) peuvent étaler ,
membre fondateur des Dogs , le garage band normand, un des premiers
groupes rock made in France à concurrencer les anglo-saxons, sideman aux
côtés d'étoiles du blues: Screamin’ Jay Hawkins, Sonny Rhodes,
Champion Jack Dupree, Hubert Sumlin, e a, il te confiera encore après le set
avoir joué avec Johnny Thunders.
L'après Dogs ce sera: Larry
Martin Factory, les Froggies ou Jay and the Cooks, avant de passer ,
dans les nineties, à la chanson française sous son nom
On te souffle!, il a sans doute, la grosse tête, tu rétorques, P P est charmant, accessible et affable.
Discographie: sep à huit t albums ( le dernier 'J'attends l'été' ).
Paul est également l'auteur de ' Une grosse boule de feu', un bouquin/témoignage de ses années rock.
Le
concert a lieu, à 19:30,dans l'arrière-salle cosy de l'Annexe, devant
une assistance réduite ( euphémisme): deux pelés, pas de tondu et une
dame qui ne désire pas être reprise dans la catégorie pelée ( elle ne
joue pas au foot) + deux bénévoles.
Paul enfile une antique
veste/redingote, souvenir d'un passage à Carnaby Street, elle est ornée
de 359 pins, qui doivent valoir une fortune si il les met en vente sur
Ebay.
Il débute son set à l'ukulele par un titre nostalgique,
chanté d'un timbre fatigué, si le papier étalé à ses papiers mentionne
'Mon vieux canapé', tu émets un doute car on n'a pas retrouvé le morceau sur la toile et puis
il prévient qu'il pioche dans la liste sans ordre chronologique, on te
signale, en passant, qu'il a murmuré... aucun rêve prémonitoire n'aurait
pu me faire savoir..
Faisant fi du manque de public, il ramasse
sa guitare pour attaquer 'Ostende', qui sent la brume, les embruns,
James Ensor, les bars de la Lange Straat, les frites, les crevettes, la
Rodenbach ou le parfum ordinaire des filles mini-jupées ( cuir et maquillage excessif) .... les artistes
adorent la reine des plages, pense à Marvin Gaye, Arno , Jacques Brel,
Alain Bashung , Goudi ou Léo Ferré .
Avec ' Jusqu'à l'infini', Paul
nous offre une nouvelle ballade à mi-chemin entre Paul Personne et
Jean-Louis Aubert, si tu traverses l'océan tu peux penser à un Johnny
Thunders, travaillant dans l'intime.
Paul Péchenart fait preuve
de sensibilité, de circonspection et de décence, tu ne dois pas
t'attendre à des éclats, à un discours virulent, son propos, comme son
jeu de guitare précis et fluide , baigne dans l' univers serein d'un
rocker assagi.
Anecdote, à Sedan, un type me demande si je ne
joue que mes propres compositions et si je n'envisage pas d'interpréter
du Louis Bertignac.
Je chanterai du Bertignac quand Louis chantera du Péchenart, fusa la réponse.
' La vie n'est qu'un rêve', groove avec délicatesse, un gars cite Hervé Cristiani en chroniquant un album de l'ancien cabot, c'est pas con .
Et pourquoi pas penser à Antoine qui n'a pas fait qu' élucubrer, faut réécouter 'Juste quelques flocons qui tombent.
Pour les Bretons, ' Regarder la mer' est une évidence, tandis que le volatile ' 'Plus léger que l'air' annonce le printemps.
Un
pied écrase une pédale à effets, ça sent la mise en boucle,
effectivement, la valse bluesy ' En stéréo et en couleurs', décorées de
lignes de guitare limpides peut évoquer Chris Rea ou Gary Moore,a dans
ses moments parisiens.
Un guitariste passe la moitié du temps à accorder son instrument et l seconde moitié à jouer des fausses notes.
Autodérision, tu dis!
'Un
arc-en- ciel dans la nuit' sous forme de roman noir à l'américaine (
Raymond Chandler, Dashiell Hammett ...) dépeint la vie nocturne dans une
ville où brillent les néons dans le néant.
Puis vient le blues 'Là-haut' , au paradis, il se voit entourer d'anges , tu ne confonds pas avec le groupe de death metal Deicide qui chante les ' Angels of Hell'.
Avec 'Intacts' il pose un regard nostalgique sur ses jeunes et folles années avec un clin d'oeil vers Marlon Brando ( The Wild One) ou James Dean ( Rebel with a cause).
Intacts, c à d , des rescapés.
'Un enfant de la rue' évoque Christophe qui dessinait sur le sable, lui il dessine des mots doux, des murmures, sur les murs.
Poésie urbaine et rêves d'enfant.
Un marchand de yaourt de Sheffield a écrit un traité visant à créer la chanson parfaite, celle qui plaît à tous, les critères: un refrain facile, des la la la's ou pa pa pa's, du soleil, du ciel bleu... ' In the summertime' de Mungo Jerry correspond au profil, du coup Paul a écrit 'J'attends l'été.
C'est la plage aux effluves Bourvil du premier set .
Détail, tu viens d'hériter d'une nouvelle voisine, agitée et sonore qui soliloque à voix haute et à mauvais escient
Un repli vers le canapé s'impose!
Pause
Mais non, il redémarre avec ... allongé sur mon vieux canapé, j'ai dormi , par quel titre a -t-il débuté le set 1?
Le blues 'Il neigeait sur la mer' narre la dure vie des marins, quand Paul joue à Michel Tonnerre, la Bretagne ovationne.
Et toujours en mode chant de marin, il embraye sur ' Mon bateau de tempête', un chanson d'amour iodée.
Sur l'album ' J'attends l'été', tu as 'Des chansons, des rêves et des illusions' , une nouvelle plage douce-amère ornée d'un jeu de guitare subtil et lumineux,.
Au bar, il observe les gars accoudés au comptoir, une bière à portée de main, des types qui n'ont plus aucune illusion, qui ne rêvent plus, qui quitteront le bar à l'heure de la fermeture pour rentrer chez eux où le lit froid les attend en vue d'une nouvelle nuit blanche.
' L'été à Paris' où quand Paul Péchemart se prend pour Alberto Moravia , car Paris en été est synonyme d'ennui.
Il ramasse l'ukulele et propose 'J' ai marché sur la terre' avec une citation de Simone de Beauvoir en guise d'introduction.
Quand Paul se prend pour E T, tu souris!
Naïf, tu disais, ' 'Elle joue au yoyo' est du même acabit, et des flashes de Henri Salvador viennent égratigner tes neurones.
Ecrire des chansons simples n'est pas chose aisée, comme tous les grands poètes Paul Pécchenart excelle dans cet art et, ce qui ne gâte rien, enjolive son propos d'un jeu de guitare magique.
'Il y a des jours' ... où rien ne presse, ni les soucis, ni les promesses..
De toute façon, le bleu vient après le gris.
Douce mélancolie et sagesse de celui qui a vécu .
Deux riffs, une fausse queue, , non, pas celle -là!
On passe à ' Nuit blanche et café noir'., un hymne composé pour tous les glandeurs, avant de logiquement proposé 'Naturellement flemmard' pour clôturer le set.
Ne fais pas aujourd'hui ce que tu ne feras pas demain, le travail: un cauchemar!
Nous étions quatre, nous avons demandé une dernière tirade, Paul a acquiescé et nous sert une nouveauté, la comptine ' Un, deux, trois'!
Un gentleman, comme Jean Gabin!