Ange à La Grande Ourse, Saint-Agathon, le 21 mars 2026
michel
Non, ce n'était pas la chute de l'ange, de Chagall, le type a dit: chut, c'est Ange!
Il est 21:55', l'acte Saint-Agathonnais de la tournée "Quitter la Meute" peut commencer.
Débuté en octobre 2025 ( sans Christian Décamps désormais) , le tour trace 55 ans d'histoire du pilier ( avec Magma) du rock progressif français , on aurait voulu citer Triangle, mais le groupe auquel on doit le fabuleux 'Peut-être demain' a jeté l'éponge trop tôt.
Ange en 1969, c'était Christian Décamps (Chant, Guitare, Claviers), Francis Décamps (Claviers, Mellotron), Gérard Jelsch (Batterie, Percussions), Patrick Kachanian (Basse, Flûte) et Jean-Claude Rio ( guitare rythmique).
En 2026, la formation, qui a pondu 25 albums studio, se compose de Tristan Décamps qui a repris le rôle du paternel ( vocaux et claviers)/ Hassan Hajdi ( guitare), un fan de Jimi/ Thierry Sidhoum ( basse), photographe à ses heures perdues/ Benoît Cazzulini ( drums) , il s'amuse à jouer du Hendrix avec Hassan/ Séraphin Palmeri ( claviers, theremine), un fan de Tangerine Dream , cité dans plus de douze groupes.
Disposition scénique: batterie à gauche ( pour nous), claviers à droite, sauf le Korg Kronos du maître de cérémonie, fringué d'une redingote d'illusionniste,, sans le haut-de-forme et le lapin blanc , qui prend place à l'arrière, le bassiste se place près de Benoît et la guitare est cachée derrière le seul qui a un prénom séraphique, Monsieur Palmeri.
Effets sidérants et coups de baguettes feutrés sur une cymbale, retour vers 1980 pour ' Je travaille sans filet'.
Tristan, théâtral, vit son personnage habité à fond, son chant plein d'emphase impressionne, les acolytes construisent un fond musical à la Genesis, le second mouvement part en crescendo, le theremine vibre, pendant près de huit minutes on a les yeux fixés sur l'acrobate qui ose les figures les plus audacieuses.
A tes côtés, les idolâtres, surannés et exaltés, savourent.
Ange attaque le tournoyant ' Adrénaline' , Tristan se paye un pas de danse funambulesque, tout en secouant un tambourin.
Les envolées celtiques ont séduit les locaux, du coup les applaudissements pleuvent.
La plage 'Un diamant dans le coeur' s'entend sur le dernier album ' Cunégonde' , un drumming obsédant, un synthé porcelaine et un chant, tantôt feutré, tantôt rauque, habillent un texte poétique et fleuri.
Tristan retourne derrière le Korg pour 'Quitter la meute' où la basse donne le ton, tandis que les claviers distillent des sonorités proches d'un clavecin, à gauche Benoît frappe lourd , à droite la guitare hurle, les loups vont s'entretuer, on sonne l'hallali!
Séraphin nous invite au calme, en prélude il introduit 'Pace Nobilis' , un moment de tendresse biblique qui précède 'Prisonnier de l'aube', à l'intro récitée sur fond de piano serein.
Le ton glisse vers le solennel et le symphonique, la guitare, lyrique, rivalise avec les claviers, aux somptueuses sonorités Rick Wakeman.
'Le langage des fluides' introduit par un synthé liturgique, impressionne, le chant à la diction, que n'aurait pas renier Luc Plamondon, responsable de la version musicale ( avec Richard Cocciante) de Notre-Dame de Paris, donne des frissons dans le dos, et quand Thierry et Hassan ajoutent leurs voix à celle de Tristan, Gotlib, glacé, se met à trembler!
Avec ' Camelote' on plonge dans le Moyen-Age, on ignore si le roi Arthur aimait les moules, mais tes voisins occasionnels se délectent.
En 1974, Ange dansait le menuet, pour preuve écoute ' Godevin le Vilain' et après tu te retapes ' Les Visiteurs'.
Après une longue amorce à la structure symphonique c'est Thierry Sidhoum qui entame le chant de 'Des yeux couleur d'enfants' , la pièce maîtresse de l'album 'Par les fils de Mandrin' , Hassan manie la poignée vibrato pour faire pleurer sa guitare et quand Thierry s'essouffle, c'est le ténor qui prend le relais.
Une nouvelle fois l'ombre de Genesis, époque Peter Gabriel, plane sous la constellation stellaire.
Après un numéro de mime du bassiste, (je pose pour toi, Josette, fais clic, clic), qui permet au fils Décamps de s'éclipser pour revenir les yeux bandés, c'est le magistral 'A Colin-Maillard' qui déboule.
Et pendant ce temps au Tibet , Tintin a vu ' Les Larmes du Dalaï Lama'., nous on a applaudi à la magistrale interprétation de cette plage épique.
Ensuite, le batteur, survolté, entame ce qui en principe est le dernier morceau du set, le diabolique ' Quasimodo'.
Une Esmaralda défraîchie en a les larmes aux yeux , rien que pour elle, Hassan Hajdi multiplie les riffs balèzes.
Rideau!
Avant les bis, inévitables, un roadie, devenu maître de revue, vient faire un numéro cabotin, revenu du paradis, sans Vanessa, Ange attaque 'Dignité' au jeu de claviers rappelant celui de Dave Greenslade.
Le roadie réapparaît pour déposer un tabouret à un mètre du public, Hassan y prend place, il a troqué sa guitare électrique pour une acoustique et le public assiste à un duo guitare/voix sur le magnifique ' Le soir du diable'.
Tristan a sorti un feuillet de sa redingote , il nous lit un poème qui précède l' 'Hymne à la vie' qu'il décore de quelques lignes de mélodica.
L'équipe au complet reprend place pour achever cette plage gracieuse et réconfortante.
Le groupe nous quitte après cinq fausses fins déroutantes, et tandis que les anges regagnent le royaume céleste, tu te tapes des nappes de brouillard bien bretonnes sur le chemin du retour.
Il n'y a pas que l'enfer à être pavé de mauvaises intentions, les dieux aussi ont des lubies!