Jazz ô Château - Sofly à la Chapelle Sainte-Anne, Saint-Quay-Portrieux, le 26 avril 2026
michel
Il est de retour le Festival Jazz Ô Château , en route pour l' édition onze ( douze si on retient l'événement tronqué pendant l'épisode Covid , baptisé Jazz ô Châtaignes).
Après un hors-d'oeuvre à Saint-Brieuc et le concert inaugural de 'Ndiaz à la salle de l'Escale à Tréveneuc, c'est vers Saint-Quay-Portrieux qu'il fallait s'acheminer pour deux shows gratuits: à 15h, Sofly à la Chapelle Sainte-Anne et à 18h, sur le port, JazÔroz au Bistrot de la Marine.
L'édifice baroque voit le jour en 1770 et fait la fierté des habitants du Portrieux, car la chapelle a été en partie financée par les dons de pêcheurs de morue de la station.
S'il accueille des concerts tout au long de l'année , les habitués y entendent plutôt du Bach, du Rameau, du Vivaldi ou des chants grégoriens et un peu moins de jazz, le rap et la techno étant proscrits.
Météo estivale en ce dimanche du Bon Pasteur, un nombreux public a afflué pour le concert de Sofly.
Précision, ne pas confondre Sofly, alias Sophie Viéron, artiste lyrique, chanteuse de jazz, professeur de musique, violoniste , licenciée en musicologie et Soulfly, de la bande à Max Cavalera, qui s'ébat dans un autre univers, un peu moins volatile.
Si en principe Sofly se conjugue à deux: Sophie Viéron, voix et Véronique Rohr -Agostino, piano, aujourd'hui Véronique a invité son mari, Didier Agostino à les rejoindre à la contrebasse.
A la carte: des standards jazz, de la bossa nova, des titres pop passés à la moulinette easy listening et une pincée de lyrique, le tout servi sans sauce grasse, et sans gluten.
Sophie travaille sans micro, sa voix est profonde et convient à l'austérité du lieu, par contre le taux de fantaisie est plus faible que la teneur en cacao du chocolat de fabrication industrielle,.
Didier caresse ses cordes d'un archet, un piano minimaliste le seconde et Sophie entame 'Black Is The Color Of My True Love's Hair', popularisé par Nina Simone et repris par Camélia Jordana.
La traditional folk song prend des allures de chant sacré, quoi de plus naturel dans un édifice religieux habitué aux choeurs gospels.
' Summertime' reçoit le même traitement liturgique, la voix est grave et juste, l'accompagnement sobre.
De Frank Sinatra à Billie Holiday en passant par Tom Jones, Sammy Davis Jr ou Dionne Warwick, ils sont nombreux à avoir repris la romance ' I'm a fool to want you'.
Virage swing avec Nina Simone et ' Feeling good' , le piano sautille, les oiseaux pépient... jusque là tout va bien, mais soudain ta voisine bat l'air des mains pour chasser une mouche mélomane qui voltige près de son visage fardé.
Zobi en s'approchant d'un cierge s'est brulé les ailes, le calme est revenu.
' My Funny Valentine' est moins drôle quand ce n'est pas Chet Baker qui roucoule, Sofly se défend pas mal, mais l'excès d'emphase dessert le rendu.
Le public, admiratif, apprécie et applaudit sans retenue, sauf Gaspard qui sur la rangée derrière toi émet des rrrrh rrrrrh déconcertants.
Le brave homme ronfle, Marguerite, sa conjugale, le secoue, lui refile un coup de coude, rien à faire, la sieste c'est sacré.
Les applaudissements l'ont tiré de son hébétude.
Pour le maintenir éveillé, la troupe décide de changer de cap et passe à la soul avec 'You make me feel like a natural woman' d'Aretha Franklin..
Ce virage rhythm'n'blues a beacoup plu à la Sainte Vierge qui a bercé l'enfant Jésus en mesure.
Passer d'Aretha à Amy n'est pas illogique, on a droit à une suite , ' Wake up alone' et ' Back to black', pas de bol les ronflements ont repris, dommage le rendu est irréprochable.
Un soupir, une gorgé d'eau, on revient au jazz avec Duke Ellington et ' It don't mean a thing', le tempo enlevé doit beaucoup à la vivacité de la pianiste., tandis que la voix cabriole.
' Killing me softly with his song' de la merveilleuse Roberta Flack démarre par un murmure, t'as failli brutaliser Gaspard, l'usine à ronflements, qui a repris son activité funeste, finalement t'as offert le manuel comment se débarrasser d'un ronfleur à sa compagne, qu'elle fasse le boulot!
Sting devient a jazz icon avec ' An Englishman in New-York' , jusqu'ici personne n'a essayé avec 'La chenille' de La Bande à Basile.
Exit la veste, c'est épaules dénudées que Sofly attaque un tango, forcément sensuel et dramatique , d'Astor Piazzolla avant d'asséner le boléro libidineux ' Quizás, Quizás, Quizás'.
Qui se souvient de Caterina Valente?
Un petit tour à Rio de Janeiro pour ' The girl from Ipanema' en Portugues ( 'Garota de Ipanema'). Antônio Carlos Jobim interprété par Astrud Gilberto, la classe!
Caca, Gaspard, toujours au plumard, rejoue à la scie!
Une seconde bossa nova ( Chega de Saudade) berce les doux rêves du dormeur!
Oui, on peut chanter en français, ' Jardin d'hiver' est devenu un must pour toutes les chanteuses de jazz.
Jusqu'ici on a été assez frivoles, avec ' Strange Fruit' ( Billie Holiday), sans la contrebasse, on aborde un sujet plus grave.
Ensuite pour mettre en évidence le bagage lyrique, on propose 'La chanson de l'alouette' qui n'a pas été composée par Gilles Dreu mais par Emmanuel Chabrier, avant de terminer le récital par la ballade ' Misty' d' Erroll Garner et magnifiée par Nat King Cole.
Ite missa est!