mercredi 13 novembre 2019

Part Chimp / Gnod / Hey Colossus / Vandal X au Magasin 4, Bruxelles, le 9 novembre 2019

 Part Chimp / Gnod / Hey Colossus / Vandal X au Magasin 4, Bruxelles, le 9 novembre 2019

 Florian Hexagen s'est tapé plusieurs concerts à haut risque la semaine dernière, samedi il était au Magasin 4 pour Part Chimp / Gnod / Hey Colossus / Vandal X

Alors ce matin, je tiens à remercier le Magasin 4 et sa team pour avoir su organiser un thé dansant d'une aussi grande qualité hier.
Beaucoup de gens distingués croisés dans les chiottes, au bar, dans la fosse, dehors, des artistes de haute tenue, un volume sonore acceptable et des conversations permettant de régler la plupart des problèmes auxquels la planète et ses habitants font face 
Maintenant que les flatteries sont passées, quelqu'un aurait retrouvé mes oreilles, ma dignité et mon cerveau hier soir avenue du Port...?
Déjà que j'avais perdu mon tendon d'Achille gauche jeudi au Botanique sur Girl Band (LOVE YOU forever guys)...
Trêve de plaisanterie, on a quand même vécu un sacré enchaînement de concerts hier au M4.
Non parce qu'entre le heavy rock psyché classe de Hey Colossus, la (délicieuse / délictueuse? ) radicalité du set ultra noisy/transe de Gnod (et destructeur d'esgourdes) et la puissance pachydermique des riffs de Part Chimp (farandoles, mouvements de bassin, débilité assumée), il y avait de quoi sustenter n'importe quel-le amateur-trice de décibels de qualité last night in the best alternative place in Brussels.
Bref, grosse grosse soirée, que l'on avait cerclée dans notre agenda depuis LONGTEMPS, et malgré l'attente, on n'a pas été déçus du tout, bien au contraire.
Sacrée semaine musicale en tous cas, avec Oiseaux-Tempête mercredi, Girl Band jeudi, Thank vendredi et donc cette triplette de folie hier, en attendant Lightning Bolt demain 

PS: Ben Zoulk PRESIDENT


NDLR- Ben = Mister Magasin 4

lundi 11 novembre 2019

Cedric Burnside à La Grande Ourse, Saint-Agathon, le 10 novembre 2019

Cedric Burnside à La Grande Ourse, Saint-Agathon, le 10 novembre 2019

Salle comble à La Grande Ourse qui accueillait, en cette veille d'armistice, un des plus brillants adeptes du Mississippi Hill Country Blues: Cedric Burnside!
Les bénévoles se sont empressés d'ajouter quelques chaises sur les côtés, tous les sièges des gradins étant occupés.
D'autres protagonistes de ce style, qualifié par certains d'hypnotic boogie, ont pour nom: Mississippi Fred McDowell, Junior Kimbrough, Calvin Jackson ( Cedric's dad) , Charles Caldwell ( merci Polo) ou RL Burnside, le granddad de Cedric, un gaillard qui n'a pas besoin de talons hauts pour embrasser Carla Bruni.
La discographie du gars né dans le DeSoto County  se chiffre à huit albums, 'Benton County Relic', le plus récent, date de 2018.
La tournée européenne du grammy-nominated ( 2015)  for Best Blues Album ( Descendants of Hill Country) a débuté le 21 octobre, en Norvège, et se poursuit jusqu'au 16 novembre, toutes les dernières dates sont françaises.
Celui qui avant d'être guitariste, est surtout batteur, décide d'entamer le concert solo, armé d'une acoustique et calé sur un siège , il a choisi 'Come on in' de son aïeul R L pour  débuter.
Le jeu est brut, robuste et austère, pas question de fignoler, oublie la sophistication, c'est du straight to the point!
Il embraye sur ' Just like a woman' , pas celui de Dylan, il s'agit d'une nouvelle reprise de pépé.
Ce blues rural évoque à la fois les ancêtres déjà nommés, mais aussi Taj Mahal ou Eric Bibb.
Saint-Agathon, merci de m'accueillir chez vous, le bonhomme n'est pas du genre bavard il se contente de plusieurs thank you après nos applaudissements.
Un troisième morceau emprunté à RL Burnside, ' Mellow peaches', précède une dernière salve acoustique, sur laquelle tu ne peux coller une étiquette,, quelle poisse quand l' artiste a introduit la playlist dans  son smartphone.
Un batteur se pointe, la chaise disparaît,  le gars, qui affirme my school was a juke joint, passe à l'électricité en ajoutant, it's time to dance a little bit , du coup le set prend des coloris plus groovy.
' We made it', qui ouvre le dernier album, remue salement , le batteur n'est pas du genre à faire du cinéma, mais son jeu, efficace et précis, gonfle  le son.
Le côté John Lee Hooker du répétitif  'I'm hurtin'  voit ta voisine battre le plancher de ses mocassins du dimanche, tandis que le brave homme l'accompagnant essaye d'immortaliser l'instant sur son portable.
Bordel, Carmen, arrête, tu fais tout trembler!
A l'adresse de la table de mix: can I get a little more vocal, puis il tricote une intro ciselée virant country blues remuant, 'Please tell me baby'.
Riffs rugueux, drumming vigoureux, les deux lascars s'entendent comme larrons en foire et le temps passe sans qu'aucune trace de  lassitude ne vienne troubler l'auditoire.
 Retour au matériau d'emprunt avec 'Goin down South' de Robert Lee Burnside.
Il ne manquait que la chaleur humide pour se croire en plein  Delta du Mississippi.
Cedric, décris-nous a 'Typical day' dans ton bled.
Well,  I wake up in the morning, sun shining on my face, I drink a cup of coffee....
Pareil ici, sans le soleil!
Il a flanqué la tasse et la little spoon dans le lave-vaisselle et s'en prend à un gars qui s'avise de tripoter sa copine, bas les pattes, mec, 'Keep Your Hands Off Her', un titre de Junior Kimbrough, repris également par les Black Keys.
La formule guitare batterie, pourtant, nous rapproche plus des concerts de Tony Joe White que de ceux des gars de l'Ohio.
Un des thèmes favoris des bluesmen est celui de la petite qui se barre, du coup, même les plus costauds pleurnichent  'Don't leave me girl'.
Le sombre  'Death Bell Blues' était au répertoire de R.L. Burnside, le petit-fils réussit à nous refiler la chair de poule, tant sa version est poignante.
Un blanc, il saisit une troisième guitare, balance quelques accords énervés, that don't sound too good, constate-t-il, il tripote ses deux amplis, va régler le pédalier, I apologize, ça ronfle toujours, je reprends l'instrument  précédent.
Nouvelle séquence de tuning avant 'Love her till I die', joué et chanté avec les tripes.
Exit le drummer qui revient après 6 secondes car dans la salle une voix s'élève  timidement: one more?
Le menu prévoit  le uptempo ' Skinny woman' de  Sonny Boy Williamson.
Le duo s'éclipse après cette joyeuse galopade, la Grande Ourse se lève, les rappelle.
Vous êtes beautiful, sourit l'humble bonhomme avant de nous balancer une dernière pépite qu'il accompagne d'un petit pas de danse estampillé pays des collines.

Au stand merch, madame écoule les CD's tandis que la faune blues locale devise pour se mettre d'accord: Cedric Burnside,  un grand monsieur respectant la tradition!










samedi 9 novembre 2019

The Psychotic Monks + Dewaere à Bonjour Minuit, St-Brieuc, le 8 novembre 2019

The Psychotic Monks + Dewaere à Bonjour Minuit, St-Brieuc, le 8 novembre 2019

Bonjour Minuit propose du rock hors-piste en ce vendredi automnal, The Psychotic Monks, les capucins allumés, évadés d'un cloître de Saint Ouen et Dewaere, des locaux givrés et indisciplinés.


21:00, pile.
Tu savais que Patrick Dewaere était natif de Saint-Brieuc?
Non, Dewaere était au parfum, le combo de Binic a donc choisi le patronyme de l'acteur torturé comme identité.
Ils sont quatre,  Maxwell Farrington, né aux antipodes (chant), Julien Henry (guitare), Marc Aumont (basse) et Hugues Le Corre (batterie). les trois derniers rappliquent, l'athlète, sponsorisé par Adidas, est resté en retrait, il est probable qu'une masseuse, pas celle de Patrick Bruel, lui frictionne les mollets avant l'effort, bref mais intense, qu'il doit fournir.
D'une frappe pas  tendre, Hugues, donne le signal  de départ, la basse embraye, la guitare s'accroche, en bas, les pas avisés viennent de comprendre que le menu de ce soir ne prévoit pas de titres susceptibles de participer au prochain concours Eurovision.
Maxwell se pointe, sans son silver hammer, les gars du Goëlo viennent d'entamer 'Budapest' , un extrait, concis, secouant et sec de leur album 'Slot Logic'.
Une voisine: ils sont féroces , son compagnon,: tu dis, Julie?
Ah, oui, c'est du rentre-dedans, noise, punk et garage, cocktail explosif!
En parlant de liquide, c'est l'heure de l' 'Happy Hour'.
Deux glaçons dans mon Scotch, svp!
Dedju, il est bien tassé!
De son accent kangourou, Maxwell annonce une reprise, tu t'attends aux Melvins ou à  Neurosis, tu parles, ils massacrent 'Everybody's got to learn sometime'  des Korgis. Ni Andy Davis, ni  James Warren ne font des cumulets en chantant, sir Farrington, si!
Ils enchaînent sur le cyclone punk 'Aye Aye'  suivi par 'Violet blue', une nouveauté  pas fleur bleue.
Qui veut un T-shirt?
Un jaune?
Non, merci.
On verra plus tard, voici ' The vase'  toujours sans les fleurs.
Après ce nouvel uppercut en pleine tronche, on a droit à une confession: normalement, je raconte des tas de conneries mais comme on joue chez nous et que maman est peut-être dans la salle, je m'abstiens, voici  'Wot u Lyk', suivi par un morceau prévu pour le prochain album, à la table ils ont reçu un papelard sur lequel tu as déchiffré  'mmmmmopop'.
'St Tropez in the summer' est pour tous ceux qui n'ont jamais entendu de twist punk. Le farfelu agrémente la plage ( aux crustacés) d'une séquence de crooning à faire porter pâle Harry Connick Jr.
Après le bucolique  'Garden', sans les oiseaux, vient l'abrasif 'Get down' , deux morceaux clôturant un set intense  pendant lequel le second degré occupait la place d'honneur.
Dewaere viendra bousculer Niort le 14 novembre .

Le coup d'envoi du set des Psychotic Monks était prévu à 22:30', le combo de la Seine-Saint-Denis, ayant terminé ses préparatifs bien avant l'heure, décide d'en découdre 10 minutes plus tôt, obligeant les piliers de comptoir à rappliquer dare-dare, merci Arte.
Bio allégée, on reprend la fiche de Europavox.... Hailing from Saint-Ouen, in the northern suburbs of Paris, The Psychotic Monks are not afraid of being different and doing things their way. The four members of the band got together in 2015 and since then they have never stopped evolving around the endless possibilities of rock...
On ajoute que les quatre Rick Sanchez , des cousins éloignés des Daltons (  Arthur et Paul Dussaux,
Clément Caillierez et Martin Bejuy , des gens proches de François Staal) , ont sorti deux EP's et deux albums, 'Silence Slowly And Madly Shines' et  'Private meaning first' , qu'ils ont cassé la baraque à Bourges, à Manchester, Laval, Aulnoye-Aymeries ou Marina de Massa et qu'ils comptent bien gagner le combat de ce soir par K O.
Les mousquetaires se sont tous les quatre collés à 35 cm du premier rang, un fond industriel annonce ' It's gone'  un Dies Irae, extrait de Silence Slowly And Madly Shines,  sombre, désespéré, tourmenté et obsédant.
Le tourbillon noise, décoré de pointes psychédéliques et d'un chant ravagé, a tôt fait de nous inviter à une  méditation spartiate.
De toute évidence, les moines de Saint-Ouen sont du genre ascètes illuminés.
Pour 'Isolation' c'est  Clément, le batteur chevelu, qui se colle au chant, il relaye ainsi Arthur Dussaux, un des guitaristes de la confrérie.
A la croisée du Floyd, de Hawkind  et de A Place to Bury Stranger, la plage de dix minutes nous permet de sonder à fond la cage de 2 m3 dans laquelle on se sent cloîtré.
Martin, le blondinet de la bande,  a décidé de  prendre l'air, il vient promener sa guitare dans la fosse, de coup, Arthur reprend le micro pour finir le morceau sur un râle peu mélodique.
Ces gens ont la rage et travaillent dans l'urgence.
Sur les réseaux sociaux, ils citent Francis Bacon comme influence majeure, on leur trouve, toutefois, un côté romantique proche de Lord Byron.  
Tandis que tu cogitais, ils ont amorcé  'The Bad and the City Solution' , pris d'un accès de délire, Arthur refile un coup de tête à son pied de micro avant de faire tournoyer son instrument  à la manière du torero maniant sa cape écarlate pour exciter le taureau.
Sont dangereux, ces jeunes gens!
Paul vient d'abandonner ses claviers pour saisir une basse et entamer le chaotique 'Wanna be damned' ( punk song).
Ce qui est étonnant avec ce groupe est que les quatre membres alternent le chant ou s'y mettent en choeur pour scander un texte belliqueux.
Bref répit après la tempête électrique, puis vient 'A coherent appearance' un nouveau punk brutal au final bruitiste.
Après avoir confectionné des climats éthérés pour ' Emotional Disease', le chant se fait Jim Morrison, la ballade prend des coloris acides, ton cerveau revoit les Beatles, période Lucy in the Sky, une voisine plane, son copain, un malade émotif, en profite pour lui piquer  sa bière.
Les claviers liturgiques introduisant ' Confusions' dérapent rapidement en bruitages moins catholiques, la frénésie les regagne, Arthur frise la crise d'épilepsie, Saint-Brieuc retient son souffle.
Ils enchaînent sur ' Closure' précédé d'un larsen agressif avant de nous présenter le clou du spectacle, la ( longue)  ballade/ épilogue crépusculaire,  ' Every sight' récitée par un  Martin Bejuy proche de l'hystérie.
C'était l'apothéose d'un concert épique et physique qui  nous a  laissés sans voix.

Il n'y aura, logiquement, pas de rappel malgré les protestations d'un marin égaré.












Girl Band - Fontaines D.C. au Botanique - Bruxelles, le 7 novembre 2019

 Girl Band - Fontaines D.C. au  Botanique - Bruxelles, le 7 novembre 2019

Florian Hexagen était à l'Orangerie

GIRL FUCKING BAND
Quand j’ai vu débarquer Dara Kiely hier soir sur scène, cantonné que j’étais dans les tous premiers rangs, je me suis d’emblée dit « putain, je savais qu’il avait pris cher le pauvre, mais là, ça s’annonce vraiment, vraiment dur… ».
Dépression, prise de poids sévère, yeux dans le vide, un (très) léger rictus dessiné sur un visage bouffi pas rasé, le leader de Girl Band semble bien mal en point par rapport à il y a trois ans, où il nous apparaissait encore, malgré ses troubles déjà, comme un jeune front man élancé sûr de sa force.
La musique en guise de thérapie, à travers la sortie de l’incroyable « The Talkies » cet automne, qui n’en finit pas de nous révéler sa profondeur au fil des écoutes, suivie of course de la tournée pour le promouvoir auprès d’un public qui n’en pouvait plus d’attendre leur retour, est-ce donc par-là que la rédemption peut passer, ou bien est-ce trop en demander au quatrième art ?
La réponse, on ne l’aura pas en ce qui concerne Dara, en tous cas pas tout de suite.
En revanche, pour nous, spectateurs avertis dans la fosse aux premières loges, on s’est ramassé une prestation XXL qui nous a purifié encore plus qu’on ne s’y attendait.
Je ne sais pas si cela a fait une différence, mais la présence en masse d’Irishs et de Brits hier a clairement apporté une dimension « on joue à la maison » qui était juste idéale pour mettre Dara et ses potes dans de bonnes conditions, dans un Botanique chauffé donc à blanc.
Dès les premières mesures et un « Pears For Lunch » ultra sec, on comprend qu’on va s’en prendre PLEIN la tronche. Si Dara ne bouge quasiment plus contrairement aux tournées précédentes, le tic qu’il a de toujours tirer sur sa chemise de bûcheron démontre que la vibe intérieure, elle, est toujours bien présente. Un « Fucking Butter » (toujours aussi weirdo) plus tard, et c’est le tube issu de leur second ep qui résonne déjà dans les murs de l’Orangerie, un « Lawman » qui fait d’emblée exploser les compteurs du plaisir et des mouvements de têtes et de bassins.
La transition vers les morceaux de l’immense « The Talkies » est assurée après un « The Last Riddler » bien fou, et s’enchaînent donc ensuite pour la première fois sous nos yeux ébahis et oreilles attentives les « Laggard », « Salmon Of Knowledge », « Amygdela », « Shoulderblades » ou encore « Prefab Castle », tous exécutés d’une main de maître, tel qu’on se l’imaginait d’un groupe au meilleur de sa forme.
Rendre aussi efficaces sur scène des compos aussi complexes, c’est tout simplement un véritable tour de force auquel Girl Band s'est livré hier soir, pour notre plus grand plaisir.
Et ce n’est pas tout.
La fin du set est tout simplement dantesque, avec un « Why They Hide Their Bodies Under My Garage » méga frénétique et explosif, un « Going Norway » malaisant et intense (vrai faux tube), et, en guise de conclusion, un « Paul » tout simplement sensationnel, acclamé par un public retourné par l’amour de la transe offerte, qui a achevé de transformer les premiers rangs de l’Orangerie en dancefloor atomique type fin du monde (coucou mon tendon d’Achille gauche, je t’ai perdu en cours de route, j’espère te retrouver bientôt, genre ce soir pour Thank au Brass, ce serait cooool, merci pour ta compréhension  )
En conclusion, malgré l’appréhension légitime que l’on pouvait avoir pour qui suit un tant soit peu l’actualité du groupe, on est ressorti de leur prestation rincés mais ravis d’avoir pu assister à un vrai grand et beau retour aux affaires.
Cerise sur le gâteau : voir Dara terminer le concert par un grand et sincère sourire à la foule.
J'ai hâte de voir la suite qu’ils nous réservent. Girl Band occupait d’ores et déjà une place importante dans notre panthéon musical personnel, et « The Talkies » et la tournée qui en découle ne change pas la donne, bien au contraire.
Alors ne les ratez pas s'ils passent près de chez vous, s’ils gardent le même état d’esprit, vous allez forcément vous prendre une claque monumentale.
PS: Ah oui sinon c’est vrai, il y avait aussi Fontaines DC en première partie. Quelqu’un se souvient encore de leur concert après la tornade Girl Band…?

Oiseaux-Tempête and Friends // Jessica Moss au Magasin 4- Bruxelles - le 6 novembre 2019

 Oiseaux-Tempête and Friends // Jessica Moss au Magasin 4- Bruxelles - le 6 novembre 2019

Florian Hexagen a largué les amarres le long de la Rue du Port et a vu...

Et encore une sacrée mandale assénée hier soir au Magasin 4 par Oiseaux-Tempête, en formation élargie, avec notamment l'apport super intéressant du violon de Jessica Moss, qui nous a rappelé automatiquement les amis canadiens de Thee Silver Mont. Zion Memorial Orchestra et Tra-La-La Band. Ce groupe sort quand même quasiment tous les ans un album remarquable, et ne cesse de développer son univers à chaque fois, incorporant de nouveaux éléments musicaux (et humains) dans leur son déjà bien dense. On ne voit même pas passer les 75 minutes de leur set, et on en reprendrait facilement une louche de 30 minutes honnêtement. Quelques highlights du concert: le morceau où G.W. Sok répète comme un mantra "3 jours, 3 nuits sans manger" (ce n'est pas le titre, qui l'a bordel?!), les dérapages noisy du saxo alto de Frédéric D. Oberland (un petit coucou aux copains de Mombu / Zu) et le rappel dantesque sur "Through The Speech Of Stars", un pavé intense de 15 minutes où l'on tutoie les sommets. 
Bref, allez les voir, claque assurée!
PS: leur dernier album, "From Somewhere Invisible", est également top!

vendredi 8 novembre 2019

Album - Girl Band – The Talkies

 Album - Girl BandThe Talkies

Florian Hexagen

Girl Band - "The Talkies" - 2019 (noise dépressif / rédempteur? from Dublin)
Il fallait vraiment laisser le temps à ce "The Talkies" d'infuser avant de pouvoir s'en faire une véritable bonne première idée. Plus barré que le précédent, le déjà pourtant bien fou "Holding Hands With Jamie", il ne contient pas véritablement de "tubes" tels que pouvaient l'être les "Paul" et autres "Pears For Lunch". Celui-ci nous plonge directement et sans concession dans la dépression de son leader Dara Kiely, qui se livre ici à une performance juste renversante (et flippante). Cet album devrait d'ailleurs être un suicide commercial dans un monde aseptisé tel que le nôtre (et le sera probablement d'ailleurs), à la hauteur du niveau d'investissement que l'auditeur doit effectuer pour en approcher et savourer les pourtant maintes émotions qui s'y trouvent. Ca fait plusieurs fois en quelques semaines que je m'y plonge, à différentes heures de la journée et dans des moods variées, et à chaque fois, la même sensation d'étouffement, de malaise, de mal-être ressenti, et puis en même temps une sorte de bulle bizarrement protectrice qui t'enveloppe à la fin, comme si Girl Band nous avait pris par la main dans sa tempête intérieure pour nous en faire ressortir collectivement certes harassés mais purifiés, comme s'il y avait une lueur au bout du tunnel. A vérifier sur scène ce jeudi au Botanique, en tous cas, ce "The Talkies" ressemble de plus en plus à un véritable petit chef d'oeuvre dans son genre.


Track listing

  • 1 Prolix 1:49
  • 2 Going Norway 4:13
  • 3 Shoulderblades 6:06
  • 4 Couch Combover 3:34
  • 5 Aibophobia 2:41
  • 6 Salmon of Knowledge 6:20
  • 7 Akineton 1:46
  • 8 Amygdela 1:43
  • 9 Caveat 1:47
  • 10 Laggard 5:56
  • 11 Prefab Castle 7:38
  • 12 Ereignis 1:06
  • Total length: 44:39

mercredi 6 novembre 2019

Album - Yann Malau - d'Est en Ouest

Album - Yann Malau d'Est en Ouest

Si sur le tableau de la jaquette illustrant son dernier ouvrage  "d'Est en Ouest", Yann Malau brandit fièrement le Gwenn ha Du breton tout en ramant sur une mer grise où flottent quelques bouteilles abandonnées par l'un ou l'autre corsaire, originaire de Roscoff ou de Saint-Malo, le hardi pirate/bourlingueur de Guérande n'est pas né breton, son enfance il la passe dans le Sud-Ouest.
Après un détour par les Alpes de Hautes-Provence, le baroudeur a largué les amarres en Loire-Atlantique, dans la Carcassonne de l'Ouest.
On ne peut pas parler d'une discographie pléthorique, puisque ' d'Est en Ouest' n'est précédé que de 'L'amour araignée', datant de 1995, qui a été ré-édité en 2016.
Yann apparaît également sur le CD « Le chant des pierres », un projet imaginé par son ami Olivier Rech pour la promotion du site la Vallée des Saints à Carnoët.

' d'Est en Ouest' -  Titres
1 Les soldats 05:48
2 Tourne farandole 03:29
3 Il n'y a pas d'amour heureux 02:29
4 Je suis 02:42
5 Le droit d'exister 03:13
6 Le blues du crédit 03:41
7 Petite fille 04:39
8 Onze hommes et une femme 04:00
9 Poète de 20 ans 05:09
10 Putain de garce 03:04
11 De souche 04:02
12 Gwen Ha Du 02:43
13 Brise lames 04:16
14 Complainte de Saint Lunaire 03:26
15 Sur ton nuage 04:14

Le CD comporte quinze titres dont il signe  la plupart des paroles et musiques, la première plage, anti-militariste, a été baptisée 'Les Soldats', cette ballade folk est de la trempe de 'The Partisan' de Leonard Cohen , du fameux 'Déserteur' de Boris Vian ou de 'A cosa serve la guerra' d' Edoardo Bennato.
Comme le titre l'indique ' Tourne farandole' invite à la valse, les danseurs risquent toutefois un accès de dysphagie si ils prêtent attention au texte dénonçant la bêtise humaine et la rapacité de ceux qui nous dirigent.
Engagé, Yann Malau?
Le qualificatif lui convient mieux en tout cas que blasé, indifférent ou insensible.
Tout comme Georges Brassens, le poète breton soutient que ' Il n’y a pas d’amour heureux' avant de proposer un blues existentiel,  ' Je suis' , décoré de lignes d'harmonica sentant les States.
C'est une flûte aérienne qui enjolive ' Le droit d'exister' , chantant le quotidien d'un salarié heureux de vivre avec sa Sylvie.
Place à un blues chanté d'une voix lancinante, ' Le blues du crédit', avec le fidèle Eric Hauchard à la guitare .
Consommer, consommer, braves gens...
T'as vu la nouvelle caisse du voisin?
T'en fais pas, Clothilde, je passe à la banque et demain on aura une plus grosse, 48 mensualités de 379,89 € et une avance de 1200€, c'est pas la mer à boire!
Le tendre 'Petite fille' est chanté par Iris, la fille de Yann, dont le timbre évoque la regrettée Pascale Audret.
Le titre ' Onze hommes et une femme' se trouvait déjà sur le CD « Le chant des pierres » enregistré en soutien de La Vallée des Saints.
Là-haut, l'homme et le granit dialoguent, et bientôt, sur la motte féodale dominant la Haute-Cornouaille, une nouvelle statue viendra côtoyer  Arzhel, Diboan, Eodez, Judwal ou Peran.
Juin 2012:  le marin, poète et écrivain Jean-Claude Lamatabois vient de décéder à l'âge de 68 ans.
A 23 ans le jeune homme fait son service militaire en Polynésie française où il  participe aux essais nucléaires, il était chargé de récupérer les fusées de mesures lancées dans chaque nuage de radiations Irradié, Jean-Claude se tape une série de  cancers, déclaré inapte au travail il se réfugie dans l'écriture.
L'Etat français a été condamné et a indemnisé ( une somme insignifiante) la famille cinq ans après le décès du soldat.
Certaines sources estiment à 150 000 le nombre de civils ou militaires touchés par les radiations.
Yann Malau rend hommage au courage du poète dans le morceau poignant ' Poète de 20 ans d'avance assassiné', un texte co-écrit avec Jean-Marc Bourdet.
C'est avec Jean Humenry que Yann a composé ' Putain de garce' , un chant de marin présentant des relents  Jacques Brel...
Ils boivent aux dames
Qui leur donnent leurs jolis corps
Qui leur donnent leurs vertus...
Le banjo qui introduit 'De souche'  est tenu par le country finger picker Yves de Gaillande, il donne une teinte Derroll Adams à cette chanson humaniste.
Brandissez haut l'étendard des neuf provinces de Breizh, le  ' Gwen Ha Du' fièrement flotte aux vents que ce soit  le suroît, le noroît ou le zef.
C'est aidé par Dominique Guillaume que Yann a écrit la ballade chantant Saint-Malo, ' Brises lames' .
La  'Complainte de Saint Lunaire' est chantée à deux voix, l'accordéoniste Pascala Balagosse répond à celui qu'elle accompagne régulièrement sur scène.
Sur sa page facebook, Pascala,  décrit leur aventure:
"C'est l'histoire d'une t'ite Fée et d'un gentil Korrigan qui se rencontrèrent et eurent ... la bonne idée de partager sur scène leurs univers".
C'est avec une note nostalgique, ' Sur ton nuage',  qu'on arrive au terme du périple.

Tu aimes Félix Leclerc,  Mouloudji, Georges Chelon, Francis Lemarque, Leny Escudero... la bonne chanson française, quoi, tu risques d'apprécier le dernier recueil de Yann Malau.