La Mante au Chaland Qui Passe à Binic, le 6 mars 2026
michel
C'est où ce soir?
Au Chaland, à Binic!
Au menu?
La Mante.
Tu bois du thé, t'es malade!
Non, et ce n'est pas du Eddy Mitchell, ni du Marguerite Duras, ni une série avec Carole Bouquet, et ne va pas le confondre avec un mantoptère qui fréquente l'église.
Il s'agit du nom choisi par Etienne Froidure, un jeune homme de Caen, qui n'a pas froid aux yeux et qui vient de sortir un second ouvrage, baptisé 'La Maison des Voisins', album qui succède à 'Musique pour les oreilles' ( ce qui est moins aberrant que Music for Elevators ou Music for Airports) sorti en 2023.
Etienne, qui le tient bien, fait aussi partie de Beach Youth, dont le son est, pour certains, associé à de la musique de vacances à écouter toute l'année, pas forcément nu et bronzé.
Ce soir, il est accompagné par: le batteur Gautier Caignaert ( Beach Youth, too), Harmony Suard alias Harmo Draüs, une artiste électro-pop féministe à laquelle on doit l'EP ' Misfits, elle joue du mellotron, du clavier, tripote un laptop et assure des choeurs, et, enfin, par le chef Mitchey ( Michaël Roth) qui a quitté les fourneaux pour tenir la basse et manier un synthé monodique.
Détail vestimentaire: deux casquettes à l'horizon!
Rayon?
Chanson pop surréaliste, a -t-on lu, mais aussi, fausses comptines pour les sourds, le tout baignant dans un univers psychédélique, voire prog rock, quintessencié.
T'es arrivé pendant les balances, t'as vite compris que ces jeunes gens ne pratiquent pas ce que certains nomment la musique sans âme, la muzak, quoi!
A 20:25, ils décident d' ouvrir la cuisine, 'Fer chaud' est entamé par Gautier qui par de molles frappes sur un tom ouvre la voie à un synthé flottant.
Guitare et basse rejoignent les éclaireurs, Etienne entame son chant.
Au bar, une dame, respectable, avait signalé, il sonne comme William Sheller, cette remarque est perspicace.
Le downtempo, atmosphérique, berce complaisamment nos pavillons, le mellotron de Harmo évoque la recherche harmonique de ' Nights in White Satin', il nous enveloppe en promettant une nuit paisible.
Ta voisine: c'est beau!
Pas question de la contredire.
Amorce incendiaire pour ' Le calendrier des pompiers', une plage plus nerveuse, qui doit plaire à Roy Wood qui avait composé ' Fire Brigade' pour The Move.
La prochaine doit aider à accepter la calvitie, ' Le crâne est rond' , une analyse morphologique précise qu'on a envie de rapprocher de certains titres de Renaissance, le British progressive band des seventies.
Les arrangements sont subtils, la guitare est discrète mais juste, la batterie plus soft qu'une machine, la basse souple et les synthés aussi stratosphériques que ceux de Tangerine Dream.
C'est chill, avance Achille, ce qui ne veut pas forcément dire mou.
'Que diable' date de 2023, les nappes de mellotron, les arpèges ciselés, et le choeur harmonieux à trois voix, n'ont rien de machiavélique, même les anges ont chantonné!
'Coma' annonce le printemps et la floraison, en mode dream pop pastorale.
Allongé dans l'herbe tendre, un peu comme Serge Gainsbourg et Michel Simon, tu contemples, en soupirant d'aise, les bulles éphémères conçues par un mellotron radieux.
Petite pause pour permettre à un communiant, désireux d'aller se soulager à l'étage , de se faufiler entre les musiciens et les jeux de pédales gisant sur le sol.
Une scène qui n'existe qu'au Chaland.
Une annonce: la suivante, ' De nouveau la guerre', est triste.
Si on y entend à nouveau du William Sheller, la plage évoque aussi un Nino Ferrer désabusé ( cf ' Le Sud').
Le cuisinier s'amuse avec un oscillateur, créant des ondes de flux et reflux sinueux.
La plage se fond dans ' La pire des graines' qui repose sur un synthé caoutchouteux, un drumming métronomique et une basse bulbeuse.
Cette fois-ci, Etienne se lâche pour décocher une envolée prog digne de Steven Wilson de Porcupine Tree.
Bizarrement alors que le groupe entame ' Charmeur de serpent' c'est un des chiens d'Arnaud, subjugué, qui se vautre aux pieds du psylle.
La plage, somptueuse, est bourrée d'effets électro et de vocalises célestes, il y du Christophe dans le raffinement des arrangements conçu par La Mante.
Après avoir présenté l'équipe, place au nocturne éthéré ' L'aiguille' , à ses riffs de guitare méticuleux, à son coulis de cordes produites par les synthés et à ses harmonies vocales plus veloutées que piquantes.
Un quizz avant la dernière plage, car comme toujours les Bretons taquinent les Normands, qui se sont accaparés du Mont Saint-Michel.
Le 41?
Non, ce n'est pas un nouveau Pastis, c'est le Loir-et-Cher.
Et le 82?
Le Tarn-et-Garonne!
C'est aussi le titre de la dernière pièce!
Quel plaisantin, quel affabulateur, la playlist mentionne ' Le sens de la fable', ce qu'a confirmé Esope!
Cette ultime plage, onirique, est ponctuée par une salve d'applaudissements, amplement méritée.
Une fois de plus Arnaud a eu le nez fin!
La Mante se produit à Tours le 13 mars, va y faire un tour, ça vaut le détour!