samedi 17 janvier 2026

Lila Ehjä à Bonjour Minuit • musiques actuelles à Saint-Brieuc, le 16 janvier 2026

Lila Ehjä , à Bonjour Minuit • musiques actuelles à Saint-Brieuc, le 16 janvier 2026

michel 

Soirée noirceur à atmosphère glaciale/ hardcore punk à Bonjour Minuit.

Deux artistes/ groupes à l'univers distinct: crépuscule des ténèbres chez  Lila Ehjä et violence anxiogène  chez Split, un groupe qui ne connaît pas le blues rock des Groundhogs, qui a sorti le formidable album ' Split' en 1971.

Après avoir, en 2024, imprégné tes pavillons de froide wave urbaine à l'écoute de 'Clivota'  l'album qui suivait l'EP ' yö', tu t'étais promis d'aller voir ce que ça donnait sur scène si un jour Lila Ehjä  s'aventurait en terre bretonne.

Chose faite en ce vendredi de janvier où  Donald Trump s'est mis à trembler car la France  a envoyé une quinzaine de chasseurs alpins  au Groenland, ce qui a beaucoup amusé les phoques barbus,  les pingouins Torda et les renards arctiques.

 21h et  des poussières de lune, après une mise en condition indus/bruitiste  stridente, faisant passer la discographie complète de Throbbing Gristle pour de la pâtée pour toutous mélomanes, Lila apparaît, short, top et boots, noirs. La scène est plongée dans une obscurité totale,  idéale  pour un  sommeil réparateur, mais piètre pour capter en images les faits et gestes de l'artiste.

Instrumentarium: une guitare, un looper impressionnant, un micro.

Une bande est lancée, Lila a choisi de nous faire voyager dans un cosmos  truffé de stridences , cette intro drone music  se nomme logiquement  'Oudrone' .

On vient de quitter le monde matérialiste pour pénétrer dans l'imaginaire angoissant de Miss Ehjä.

Après avoir ramassé sa guitare et balancé quelques riffs rugissants, c'est ' Vague' qui déferle .

Le chant de la mer est lugubre, la marée reposant sur une basse profonde vient expirer sur une plage déserte.

C'est l'énigmatique Jarboe que ton esprit avance à l'écoute de ce début de set, le post metal oppressant de Neurosis ( groupe ayant composé un titre baptisé ' The Tide')  rôde également dans des coins retranchés de ton cortex.

Lila nous salue puis attaque la suivante 'The Book'.

L'éclairagiste pris d'une inspiration divine envoie un faisceau lumineux vers son visage, réaction immédiate: No lights, please! 

Pas sûr que Nitzer Ebb reconnaisse son enfant .

Pick up the pieces, qu'elle dit, c'est sûr, le recueil a souffert.

Comme sur l'album, elle enchaîne sur ' Clivota'. et ses sonorités indus à faire pâlir Alan Vega et Martin Rev.

Oto ( Farid Dahlab et Pascal Hubert, tous deux admirateurs  de chauves-souris  )  un groupe cold wave de Nancy , enregistre le titre  'Bats' en 1984, Lila se l'approprie, murmure le texte à genoux avant de faire pleurer sa guitare, ce qui n'a guère effrayé les  bestioles nocturnes  et   a ravi les fans de films d'horreur.

Le spectral et speedé  ' Ghost love' invite à la danse, Lila, en diva goth,  montre l'exemple, imitée par quelques   ex- clients de The Batcave, qui a vu défiler des légendes: Alien Sex Friend, The Lords of the New Church ou Danielle Dax.

Tout rouille, même la musique concrète, sur une rythmique binaire  obsédante, ' Rust'  s'attaque insidieusement aux quelques neurones encore intacts nichant dans ton cerveau.

Lila vient prendre le pouls du public avant de rejoindre sa machinerie et finir la longue plage sur un râle pas sympathique et un effet larsen  assourdissant.

Pour clôturer le set, la dame en noir propose  'Worship'  , la plage la plus hallucinée d'un show intense et sans concessions.

Vocalises macabres, stridences rugueuses infernales,  opacité insondable...  cette  noise music  aux senteurs new world order   vient laminer nos méninges pour nous laisser sérieusement ébranlés, tandis que Lila à genoux  laisse les machines agoniser.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dans l'imaginaire