lundi 26 janvier 2026

Heads Up - Au P’tit Bonheur - Guingamp - le 24 janvier 2026

 Heads Up - Au P’tit Bonheur - Guingamp - le 24 janvier 2026

michel  

La veille, la D9 de Lanvollon à Guingamp était inondée sur 200 mètres, le samedi, tu passes sans rames! 

Le P'tit Bonheur, c'est une ambiance relax, des bières, des planches et  des concerts.

Au bar, tu tombes sur  Jérôme, batteur, vidéaste , ex- Sunny Inside et  toujours  souriant, il est venu applaudir des potes, venus de Trégastel, pratiquant un blues, tendance swing, qui ne donne pas le cafard. 

Heads Up  ne fait pas référence à un titre de Jain, ce n'est pas un combo punk de Vendée, (Trégastel est dans le 22),   tu oublies aussi le poker, ce trio acoustique , constitué de jeunes gens poivre et sel, se compose de  Manu Guillou chant, guitare ,  dobro | Gaby Nogues, guitare, choeur et  Grégoire Dubruel contrebasse,  choeurs et parfois lead vocals.

Depuis deux ans,  ils sillonnent les routes de Bretagne pour distiller leur blues emprunté à des gens convenables et parsemé de compositions de Manu.

Ils ont un passé: The Late Bloomers, Tiger Rag, Mama's Biscuits , Tip on In, Benoit Blue Boy etc... pour Manu, Enchanted Swing, The Late Bloomers ( too) pour Gabriel et, Grégoire (1er prix de contrebasse au Conservatoire de Paris en 1997) a accompagné Philippe Berthe , il fait partie de l' Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine et de l'Orchestre des Contrebasses.

Placés dans un coin du bistrot, à deux pas du comptoir, le trio entame le concert par deux instrumentaux blues/swing juteux, dont ' Hold it' ( on ignore s'il s'agit d'une composition de Billy Butler , mais ce morceau sent bon le West Coast Swing).

Manu se charge du jeu en lead, Gaby de la rythmique, ce qui ne l'empêche pas de placer quelques lignes racées, accolé au mur, Grégoire fait vibrer les cordes de sa contrebasse avec adresse.

Dans la salle quatre ou cinq mélomanes, séduits, se sont avancés vers les musiciens.

Si ' Key to the highway' a été enregistré pour la première fois en 1940 par un certain  Charlie Segar, la version la plus connue s'entend probablement sur ' Layla and Other Assorted Love Songs' de Derek and the Dominos, un supergroupe monté par Eric Clapton.

Manu se colle au chant, la troupe fait aussi bien que  Clapton et Radle ( même si Grégoire a opté pour une contrebasse), pas de batterie, ni d'orgue, mais une seconde guitare, pour les fans d'AC/Dc on signale que cette autoroute ne mène pas aux enfers!

Eric Clapton a aussi inclus 'Nobody Knows You When You're Down and Out' de Jimmie Cox à son répertoire, les choeurs sur le MTV unplugged étaient assurés par Katie Kissoon et Tessa Niles, ce sont Grégoire et Gaby qui s'y collent ce soir.

Une triste histoire de bluesman abandonné par madame pour suivre, un Memphis blues typique, ' Mother-in-law blues' de  Little Junior Parker. 

Changement de registre avec ' Night Life' de Willie Nelson, un slow country blues, propice au crooning.

Une blues song sur deux débute par .... I woke up this morning...  ce qui suit n'est jamais très rigolo, évidemment c'est mieux que de ne pas s'éveiller du tout , mais bon, le 'Blues this bad' de Johnny Winter, joué au dobro, n'est pas du genre à attaquer la journée du bon pied.

Toujours à la resonator, voici  'The things that matter' un gospel entamé à trois voix, la plage, plaintive, est soulignée par un archet pieux.

Une ballade en open D pour suivre ( ? My good friend' ?) , elle précède  'Hesitation Blues' un traditionnel du début du siècle dernier que le trio nous joue à la manière de Jorma Kaukonen ( époque Hot Tuna plutôt que Jefferson Airplane). Après un finish en Western swing, vient ' Sitting by the river', un morceau nonchalant composé par Manu Guillou.

Place au standard ( pas de Liège), ' Route 66', une version US de  'Route Nationale 7' , elle est chantée  sans traîner par la contrebasse.

A une époque, pas si lointaine, il  te fallait une attestation pour aller faire tes courses dans le village voisin,  cette aberration a inspiré le chef qui a composé une chanson sur le sujet, Grégoire en profite pour nous faire un numéro de slapping bass remuant.

Muddy Waters, 'I can't be satisfied'  est suivi, après un faux départ,  par  la folksong ' San Francisco Bay Blues' décoré de quelques lignes d'harmonica fringantes.

' I see the light' évoque le jeu de Peter Green et pour rire, on est en Bretagne, merde,  on y introduit quelques formules made in Breizh, histoire de satisfaire les Celtes du coin.

Retour de l'harmonica pour ' I can't complain' un titre que Maggie Parker, devenue Maggie Mayall,  a composé pour celui qui a fondé les Bluesbreakers.

Le dobro revient pour  un blues démarrant par ...early in the morning, about the break of day... il existe tellement de variantes de cette rengaine que tu hésites à citer un auteur.

Le trio embraye sur un nouvel instrumental écrit par Manu, un  morceau aux senteurs Dire Straits  ( Private Investigations),, sans prévenir, un illuminé plus que légèrement imbibé se fraye un passage jusqu'à 50 cm du combo.

Le mec  pousse quelques vocalises plus ou moins  harmonieuses  en  imitant  le chant d'une hyène grippée, tout en  gesticulant dangereusement ( un repli s'impose, il a failli te crever un oeil).  A la fin de la tirade, aussi baroque qu'un instrumental de Leo Kottke ou d' Allan Taylor, le quidam propose au trio d'interpréter du Donovan, ce qui n'était pas  prévu au programme, bon prince, il fouille ses poches pour balancer de la menue monnaie aux pieds de Gaby, puis se tire vers d'autres cieux.   

Après l'interlude  bouffon vient ' Pony Boy' popularisé dans la version du Allman Brothers Band.

On approche du terme, il en reste deux:  un shuffle non répertorié, et un instrumental folky,  toujours imaginé par le leader.

 

Contrat rempli,  les amateurs de blues acoustique, de western swing  et d'authenticité étaient à la fête ce soir! 

C'est la tête haute que le trio a regagné Trégastel!