Brieg Guerveno à La Grande Ourse, Saint-Agathon, le 21 mars 2026
michel
C'est devant une assemblée cheveux gris ou crânes dégarnis que Brieg Guerveno doit assurer le support des Godfathers du prog rock made in Gallia ( pays de l'andouillette et du jambon d'Aoste fabriqué dans le Bugey): Ange, un groupe né pendant le premier décan du signe des Scorpions en l'an de grâce mâtiné, 1969. ( oui, ça fait un bail, Nathalie!).
Ils ne venaient pas tous du même Ehpad, mais ils ressemblaient presque tous à des premiers communiants, venus célébrer une messe tridentine, ce qui ne signifie pas que le curé n'a plus que trois dents!
21:00 - Brieg paraît, on m'a accordé 30 minutes pour stimuler le public avant le concert des messagers de dieu.
Ce soir, je la joue solo, vous ne verrez pas Stéphane Kerihuel à la guitare, Faustine Audebert à la basse, ni Nicolas Hild ou Camille Goellaen.
Pascal, qui manie mieux le breton que nous, a déjà eu l'occasion de croiser le gars de Saint-Brieuc plus d'une fois, sur une étagère de son frigo, il a rangé tous les albums du barde folk rock, qui chante en breton.
( cf tous les papiers sur C M)
Après un salut ethnique, il plaque une série d'accords secs sur une guitare électrique et entame le downtempo, sentant bon l'americana made in Breizh, ' Kalon Flamm' .
Le ton est à la mélancolie, la voix et les ambiances sombres se rapprochent des compositions de Madrugada, t'as toujours été fan de Sivert Høyem et même si le sens du propos t'échappe, tu frémis face à la profondeur du rendu.
Les vocalises hantées et la mise en boucles de certains accords donnent un caractère majestueux à la plage.
Il annonce la seconde, 'Hebiou din' , un extrait de son cinquième album ' Un Noz A Vo'.
La mélopée, brumeuse, d'une beauté surnaturelle invite les auditeurs à clore les paupières pour vibrer intérieurement.
Comme il est question d'Islande avec le lent ' Piv'Vin', une chanson inspirée par les écrits du poète Jón Kalman Stefánsson, c'est tout naturellement l'univers de Sigur Rós qui s'impose à l'esprit.
Il est toujours question de poésie avec la suivante, ' Em Digenvez' , le texte, mystique, d'Anjela Duval a été publié en 1964, Brieg l'a mis en musique et le joue ce soir à la guitare semi-acoustique.
Des effets chambre d'écho lui donnent un caractère gothique.
Les soeurs Brontë ont apprécié.
Toujours à l'acoustique il entame ' Ar Barr Avel' ( le coup de vent), les arpèges précieux joués en fingerpicking ont ému les fans de Martin Carthy, Nic Jones ou Barry Dransfield.
Je termine par un titre plus rock, 'Pell War An Hent' , pendant lequel le public bat des mains.
Bizarrement ce morceau, moins intense, t'as fait penser à quelques rockeurs mainstream, made in Italy, Jovanotti ou Adriano Celentano, évidemment les intonations rugueuses du breton n'ont rien de commun avec la musicalité de la langue italienne.
Contrat rempli, prestation convaincante, appréciée par les groupies vétustes d'Ange, Brieg Guerveno peut compter sur de nouveaux fans!