mardi 31 mai 2011

Scandale à la Place de Linkebeek, le 29 mai 2011

Le mot du maire ( ! un bourgmestre non nommé ne s'appelle pas bourgmestre, signé Marino je me parfume à l'eau de Cologne Keulen) :'le dimanche 29 mai aura lieu notre brocante biannuelle'.

Du soleil, du houblon, des anciens combattants avec lesquels t'as connu toutes les guerres de tranchée, les victoires épiques ( à l'Abssa, division 6B), les défaites honteuses, les stamcafés à une époque où une tournée générale te coûtait 125 francs... ces résistants sont beaux comme Jean Gabin, Noël Noël ou Bernard Blier et leurs moitiés sexy comme Alice Sapritch ou Simone de Beauvoir, bref la place communale en ce dimanche torride est un endroit aussi dangereux que Basra pendant la charge Saulat al-Fursan..
Tu te dis que va-t-il foutre dans ce guêpier?
Pas acheter un authentique chandelier Louis XIV made in Taïwan, pour 69 cts, non, Louis-Auguste, l'affiche annonce un programme musical!
T'avais pointé Noa Moon à 14h30', heure à laquelle le jovial Alain te flanque une Stella entre les pattes.
Noa Moon?
C'était super, elle a joué à 13h.
Tonnerre de Linkebeek, bande de doryphores de carnaval, que la vérole vous bouffe...
Bois un coup, c'est pas bon de s'énerver comme ça, à 15h tu peux entendre Scandale!
Le scandale c'est les changements d'horaire intempestifs!
Soundcheck, 15h, un schnouf se pointe: Scandale se produira à 16h!
Six Stella, bitte!

Saint-Sébastien sonne les quatre coups: Scandale sur le podium.
Deux gars fringués en redingote:
Chant: Thibaut De Halleux ( Linkebeek)/Claviers: Jean-François Moulin( Saint-Gilles).
Prix du jury de l'émission Pour la gloire au siècle passé, un album 'Des Rires et Des Pleurs'.
La carrière?
Des rires et des pleurs: Francofolies, la Samaritaine, toutes les salles d'Uccle et de Linkebeek, le mariage de Fernand Van Wambeke et de Justine de Ainain, la première communion de Roger Vangheluwe... un split!
Un autre groupe AmAndA: mêmes péripéties.. et pour la petite histoire on ajoutera que Thibaut chanta le blues dans 'Very Old Dinosaures' qui vira rock progressif, sa carte de visite mentionne d'autres formations du Sud de Bruxelles, on me l'a piquée!
Scandale se reforme et vient réjouir Linkebeek avec son romantico-pop post-kitsch!
Une intro pompeuse aux claviers, digne d'un soundtrack relatant la jeunesse du Marquis de Sade et l'ancien petit chanteur à la croix de bois amorce 'Le Château', sorte de Bal des Lazes kafkaïen, mais avec une surprenante voix de castrat à rendre jaloux Farinelli, Francesco Bernardi ou Federico Mercury la reine moustachue.
Théâtral, baroque, grandiloquent!
Le mélodramatique 'Une Femme' suit: ..approchez, mesdames et messieurs venez voir la peste, le monstre...
Résultat: les mioches pleurnichent dans les jupons... maman, j'ai peur, les brocanteurs remballent leur brol et une file d'un kilomètre se forme à la buvette.
On nous propose un nouveau symphonic opera rock: 'Les ailes du désir'.
Comment est le ciel au dessus de Berlin, Wim?
Orageux!
Puis un menuet aux vocalises acrobatiques ' Une autre chanson'.
La setlist annonce un 'Chant Corse', nous ouïmes un psaume pénitentiel profond, idéal pour te conduire vers ta dernière demeure à côté de la tombe de Charles Pierre Baudelaire.
Le décadent ' Demain', légèrement pédant et au message à prendre au degré trente-six:...c'est aujourd'hui que nous construisons demain...
Intermezzo supermarché Carrefour: ' le petit Angelo, casque bleu ( l'ONU engage des moins de six ans...) et T-Shirt blanc ( ce matin), cherche sa maman et son papa'.
Heureusement que Monseigneur de Bruges était sur la plage naturiste à Bredene...
Tout va bien: Agnès et Louison récupèrent le mouflet.
Deux mamans?
No comment, Serge!
Le thème de Barry Lyndon et ensuite un lied interactif: braves gens, c'est pas parce que c'est gratuit et que vous êtes légèrement entamés qu'il faut croire que c'est arrivé, au boulot, mes chers Drinkebeekois: la, la, la, la ... lalalamentable!
Une leçon de musique bas rock chahutée ' Welcome'.
Rimbaud 'Le mort Joyeux', annonce le rigolo en sachant que c'était de Baudelaire et en chantant le poème à la manière de Marie-Paule Belle, ce qui a le don d'effrayer deux roquets n'aimant pas cette histoire de corbeaux.
Une dernière dans l'indifférence générale, pour Pétain: ' Verdun' , un requiem lorrain.

Vous en voulez encore?
Oui, gueulent la soeur du curé et Yvonne, la femme du boucher!
Le symbolique 'Dans la nuit de la terre' et le lyrique 'Les portes de l'oubli' beau comme du Mireille Mathieu ou du Lara Fabian!

Tu t'en vas, tu restes pas pour Blackout?
C'est l'heure de la messe, mes chéris!






lundi 30 mai 2011

The Webb Sisters à l'Ancienne Belgique, Bruxelles, le 28 mai 2011

What do you do when your idol calls?
C'est en 2008 que Leonard Cohen cherche une vocaliste pour accompagner Sharon Robinson avec laquelle il collabore depuis 1979.
Pendant la séance rehearsals, impressionné par la performance des soeurs Webb, il les engage toutes les deux.. la suite: deux ans de tournée!

En ce radieux mois de mai, the Webb Sisters viennent présenter leur dernier né, ' Savages', à Bruxelles, dans une Ancienne Belgique en configuration assise.

Pas de support, c'est à 20:30' que les natives du Kent, Charley, la plus petite ( guitares, percussions, vocals) et Hattie, la plus blonde ( harps, mandolin, vocals) se présentent sur scène.
Plus British que les charmantes siblings Webb, ça n'existe pas!
La musique, c'est héréditaire dans le clan Webb, plus tard nous verrons Brad(ley) au cajon, percussions et backing vocals ( le garçon tourne avec Jamie Cullum e.a.) , le second brother, Rocco-Rands Webb, manie également les sticks, normal après tout, quand on apprend que Dad était session-drummer ( qui se souvient de Peter Skellern 'Youre a lady'?).
Et la maman?
Prof de tennis, mon grand!
Une harpe, une acoustique et deux voix exquises en close harmonies ' Baroque Thoughts'.
Du baroque au romantisme... François Couperin ou Georg Friedrich Haendel à Brahms en pensant à Mary Hopkin ou aux Corrs.
Fragilité, grâce, finesse, une brise fluette te caresse le visage.
L'élément masculin prend place en arrière-plan: Brad aux percussions et un contrebassiste/ bassiste discret et efficace ( who was that guy?), un sweet folk volatile: ' In your father's eyes'. Exemplaire complémentarité des voix aux nuances celtiques/new age à la Enya.
Une remarquable cover de Tracy Chapman 'Baby can I hold you' sera suivie de 'Calling this a life' , un titre pugnace, aux riffs de guitare secs et au jeu rock'n roll de Hattie à la harpe portative, le tout compensé par de riches harmonies vocales.
Amazing!
Une anecdote, Bruxelles?
Cette harpe ( harp 2 indique sa setlist) s'appelle Harry, c'est un client de la guest house de nos parents qui paya son séjour avec ce bel instrument.
' I still hear it' sur 'Daylight Crossing' de 2006, une tendre ballade Fleetwood Mac virant gigue gaélique.
En invité, une section de cordes, les talentueuses locales Yumika Lecluyse au violon et Seraphine Stragier au violoncelle et Charley aux percussions ou battements de mains pour le liturgique et cérémonieux ' Words that mobilize' avec Brad en voix de basson.
Puissant et imagé.
Second titre with strings ' Amelie's Smile' aussi énigmatique que celui de Mona Lisa, country flavored folk agrémenté de vocaux magistraux se répondant en écho ou se superposant.
Exit la Belgique pour le romantique et automnal: 'Dead old leaves', où est le jardinier?
Hattie & Charley en duo:Leonard Cohen: 'If it be your will' , une crowd-seducing prière ayant réduit Bruxelles au silence contemplatif.
Un grand moment!
Séance tuning pour l'ange Charley, Hattie ne connaît pas ces misères, elle change de harpe à chaque titre et le roadie accorde les 22 strings en coulisse.
Tu vas pas leur raconter ta vie, hein frangine, ça y est, petite?
Yes!
' You were always on my mind'.
Oui, Elvis, my dear!
Une merveille!
Nous aimons la Belgique, you know.
Les gaufres, le chocolat, la bière, Manneken-Pis... on sait, tous les artistes nous chantent cette litanie.
We also like Belgian & Dutch wine...
Un alcootest pour Hattie, s v p!
Un country sautillant après l'humour British: ' That old wheel' aux senteurs Linda Ronstadt ou Emmylou Harris.
On va vous jouer 'The goodnight song', une tendre et délicate mélopée prévue pour un disque pour enfants.
Les potins du Kent, bis: brother Brad a pris 3kg depuis qu'on joue sur le continent. Now, this song is called '1000 Stars'. Vous la trouvez sur le EP 'The other side' . Du folk rock stellaire à la mélodie infectieuse, des cordes onctueuses et deadly-precise harmonies pour citer Bernard Perusse.
Le titletrack, le uptempo 'Savages' a handclapping one pour vous préparer à l'ovation finale, car c'est l'ultime titre pour ce soir!

Ovation il y eut et les rappels furent grandioses.
Charley & Hattie face à nous, sur quelques marches leur permettant de se trouver nez à nez avec le premier rang: unplugged, une harpe et deux voix magistrales pour une version incroyable de 'I want you to want me' des Cheap Trick.
Non, Guy: c'était pas Slade, ni Humble Pie, ni Peter Maquisard ou Roger Jouret... Cheap Trick on te dit!
Toujours a capella: Kate & Anna McGarrigle 'Heart like a wheel'.
Un pur enchantement!

Que des visages heureux en quittant la rue des Pierres.
Lors de la séance dédicaces tu as l'occasion d'échanger quelques paroles avec Hattie ( merci d'avoir envoyé un mail avec les détails concernant les strings) et avec un Daddy Webb, tout sourire, qui nous confie que Brad revient en été, au Brussels Summer Festival, avec Jamie Cullum.
Nice people these Webbs...

dimanche 29 mai 2011

Brussels Jazz Marathon 2011 (outdoor): Soulamani, Place du Sablon, Bruxelles, le 28 mai 2011

Brussels Jazz Marathon, jour 2, tu pointes un combo tout frais éclos devant s'ébattre au Sablon: Soulamani!
Sur le ring,16:45', un bordel incommensurable, la sortie Industrie est fermée, faut faire le détour par la Chaussée de Mons, les Souks de Cureghem, le pittoresque et odorant canal de Willebroek avant de rejoindre le Midi.
Ce voyage culturel, hautement exotique (chameaux, djellabah, keffieh, barbes noires ou hijab...) te prend le triple du temps normal, faut s'activer pour ne pas rater le début du concert prévu à 17h30'!

Soulamani!
Essaye l'orthographe Soulaymani me suggère l'espiègle Google, mais non Gaston, c'est bien Soulamani, un jeune quartet de jazz ayant remporté les palmes au 20km of jazz, un concours organisé par Rits/sovehb (studentenvoorzieningen Erasmushogeschool Brussel)!
Barbro Gullentops (vocal)/Daan Stijnen (keys)/Mattias Geernaert (double bass)/Samy Wallens (drums) sont les membres du projet.
Un passé?
Barbro: Salsa con Fritas, Jazzalicious- Daan: Colorless Green Ideas, Salsa con Fritas- Mattias: the John Scofield Project, Vino 4, Bear Run- Samy: on note son nom dans le soundtrack d'un film dirigé par Didac Cervera..
Compartiment?
Les standards ( essentially vocal jazz) à leur sauce.
Con fritas?
Conne toi-même!
Le bossu de Notre-Dame indique que c'est l'heure: l'élément mâle s'installe derrière l' instrument respectif et un joli brin de fille s'empare du micro:
You're talkin' so sweet well you needn't
You say you won't cheat well you needn't
You're tappin' your feet well you needn't
It's over now, it's over now
'Well, you needn't' du jazz-pop troubadour Jamie Cullum.
Déjà un bridge musclé mettant en évidence le piano musclé.
Quelques vocalises en scat et un petit solo de batterie nerveux après les lignes de basse groovy.
Soulamani: c'est pas du salami sans ail de chez Aldi!
Bert Joris ' For the time being', une cool ballad d'un de nos meilleurs trompettistes.
Au répertoire de quelques divas ( Dianne Reeves, Liz Wright...) le standard de Mongo Santamaria 'Afro Blue' , une jazz waltz afro-cubaine sensuelle!
Extrait du great American songbook: ' That's all' , a mellow tune reprise par les plus grands crooners, Nat King Cole en tête.
Un peu académique, raide, appliqué mais vachement beau, le Sablon, venu en masse, apprécie!
Exit la nana, je vais avaler un Perrier au sirop de groseille, le jus de concombre n'est plus in de nos jours, jouez leur ' Makin Whoopie'!
Youpie, on va s'amuser, du be-bop bondissant, une friandise énergétique, supplément glucidique recommandé par le toubib de Contador!
Retour de Miss Gullentrops, c'est Samy qui se tire pour ingurgiter une Vedette.
Le douloureux 'Alfonsina y el Mar'.
Alfonsina Stoni a la cote auprès de nos jazz ladies, dirait-on!
Qui n'a pas chanté ' You'd be so nice to come home to' 1943 Cole Porter?
Lange Jojo? Clouseau? Rika Zaraï?...
C'est celle de Ol' Blue Eyes ta préférée!
Le registre de Barbro navigue dans les eaux blanches: Diana Krall, Helen Merrill, Julie London.
Techniquement irréprochable!
Allo, oui.
La boucherie Sanzot?
Quoi, ça manque de tripes...
Mange du hareng, espèce de Haddock!
Présentation du band et touche finale: ' You and the night' encore un classique au répertoire de Frank Sinatra.
Une sombre contrebasse léchée par un archet, un piano saccadé, un break nocturne de Chopin et reprise du thème, du bon boulot!

Le public réclame un bis, refusé par l'organisation, faut respecter le timing!

samedi 28 mai 2011

Brussels Jazz Marathon 2011 (indoor): A3 à la Fleur en Papier Doré ( Goudblommeke in Papier), Bruxelles, le 27 mai 2011

Deuxième étape jazz en ce dernier vendredi de mai.
Tu prévoyais les revenants Neven au Café Novo, place de la Vieille Halle aux Blés, gig prévu à 21h.
Sur place toutes les tables occupées par de braves gens se restaurant, au fond de la salle, dans un endroit peu stratégique, un coin scène.
Renseignements pris auprès de Damien, tablier blanc: le concert, à quelle heure?
On est dans le jus, Monsieur: 21h30'/22h/22h30'....

D'accord, mon brave, cap sur la Fleur en Papier Doré, l'antre du surréalisme ayant compté Magritte, sa pipe, son chien et ses potes Marcel Mariën ou Michaux comme illustres clients!

Au menu: A3
la moitié d’une feuille A2, soit 297 × 420 mm.
On obtient le format A3 en plaçant côte à côte deux A4 avec un grand côté en commun.
Tu déconnes là, A3 c'est la troisième chaîne à Alger, me souffle Djamel, carburant au thé à la menthe.
Mon A3 est noire me glisse François-Honoré, toubib du côté de Lasnes!

Faut savoir, hein!
Que dit le fascicule:
Fanny Demoustier (guitar)
Vincent Cuper (electric bass)
Yann Dumont (drums)
Du jazz contemporain, tendance post-bop.
Sont jeunes, à peine 22 printemps pour Fanny, ils se sont rencontrés au Conservatoire et ont décidé de faire un bout de chemin en trio.
Yann s'ébat également chez Blue Wild Sound ou The Green Dolphins, quant à Vincent tu peux l'entendre chez Unexpected 4 ou Why not Samba.
Fanny exerce ses talents auprès du Fatik Trio, Why not Samba ou encore auprès du Mathieu Robert Quartet.

20:45': les premières notes, déjà tu es frappé par les lignes limpides émanant de l'Ibanez de la souriante Fanny.
C'est pas courant une nana à la guitare, mais de plus, une jeune fille ayant un jeu aussi fluide que celui de John Scofield, ça mérite toute ton attention.
Tu salues les touristes d'Outre-Quiévrain s'étant installés à ta table pour te coller face au trio.
Leur version lyrique de 'Song for Bilbao' de Pat Metheny est tout bonnement époustouflante.
'I should care' 1944, un instrumental crédité Alex Stordahl, Paul Weston & Sammy Cahn, au répertoire des plus grands: Julie London, Nat King Cole, le pianiste Bill Evans, Thelonious Monk, Stan Kenton ou... Amy Winehouse.
La version poétique proposée par A3 est proche du travail de Joe Pass.
Le groupe combine application, sobriété et talent!
Bill Frisell enregistra 'Strange Meeting' en trio avec Melvin Gibbs on bass & Ronald Shannon Jackson on drums .
A3 entame la ballade par une intro de basse tendue, audacieuse.
La batterie et la guitare entrent dans la danse, tu n'as qu'à clore les paupières pour te laisser flotter au rythme des envolées éthérées.
Le groupe enchaîne sur une de leurs compositions: ' The First One' , caisses et cymbales frappées mains nues, une soft Ibanez, une basse mélodique en lead.
Du jazz ligne claire de conception Hergé/ Bob De Moor/E P Jacobs!
' Bernie's tune' (Bernie Miller), un cheval de bataille de Gerry Mulligan.
Une assise rythmique toute en rondeur, une guitare pareille à un ruisseau dévalant la montagne. Quelques cascades et soubresauts agités pour reprendre un parcours moins accidenté.
Un jeu vivace et maîtrisé!
On achève le set par le standard 'Invitation', composé par le Polonais Bronislaw Kaper, ayant récolté bon nombre de lauriers avec ses musical scores ( 'Lili' -'Green Mansions'...).
Une version funky aux lignes de basse sensuelles pour ce nightclub tune, apprécié des grandes dames du jazz: Dinah Washington ou Patricia Barber pour n'en citer que deux.

45' élégantes et techniquement brillantes.
De jeunes pousses talentueuses promises à un bel avenir.
C'est à regret que tu quittes l'estaminet pour rejoindre ta légitime et sa réflexion usuelle: t'es déjà là...

Brussels Jazz Marathon 2011 (outdoor): Verginiya Project, Place du Sablon, Bruxelles, le 27 mai 2011

Du 27 au 29 mai, annuelle foire du jazz à Bruxelles, le jazz marathon 16è du nom!
Ce vendredi 27 mai ne restera pas dans les annales comme le jour le plus torride du siècle: averses, éclaircies, vent, 17°C...à 18h25', cinq minutes avant le début des hostilités, les pavés du Sablon se voient foulés par, à peine, une vingtaine de curieux, amateurs de notes bleues.
Heureusement au cours du set du Verginiya Project, la fontaine de Minerve, Wittamer, Galler, Pierre Marcolini, Dandoy, La Tour d'Y Voir, Au Vieux St-Martin et les copains de Louis la Brocante inventorient des centaines de badauds au pied des marches de la gothique Notre-Dame.

Verginiya Project!
Vocaux et compositions: Verginiya Popova, une Bulgare au registre vocal riche et étendu, adoptée, en 2004, par Manneken-Pis.
Pour la soutenir, des squales ayant écumé toutes les mers de notre petite planète: au piano et backings, mère Marie-Sophie Talbot ( Tangram, pour n'en citer qu'un)- percussions, flûte et backings: l'Amstellodamoise, Jessica Tamsma ( Patshiva, Son Fritas, Rhytmiss...)- Francois Cronenberg aux drums ( Samir Barris, le Box Story de Laetitia Solimando..) et Gaetano Vullo à la basse ( SenzaFine, The Belgian Queen...).
Un répertoire varié, mixant le folklore balkanique, les standards, le samba jazz, le mainstream, la pop, le blues ou la variété...

'Zazorjavane' est introduit par un piano académique avant de bifurquer vers des baies plus exotiques du côté de Barra da Tijuca.
Carioca Bulgarian jazz!
L'immortel 'Chega de Saudade' d'Antonio Carlos Jobim/ Vinicius de Moraes: tristeza e melancolia, le blues brésilien!
Pour les passagers de la STIB, habitués au confort et à la ponctualité, en Bulgare, malgré le titre, 'Voyage', une ballade virant uptempo chahuté ( un conducteur bourré?) avec une Talbot quatre cylindres au grand galop!
Un petit jazz festival de San Remo?
Una canzone italiana ' Senza Fine', toute en délicatesse et émotions.
Que m'importe la lune ou les étoiles...
Tu per me sei luna e stelle
Tu per me sei sole
e cielo...
Vais la ressortir à ma conjugale quand elle me dira tu ne m'aimes plus!
L'amour, toujours l'amour: 'Solitude', les femmes bulgares et le romantisme!
C'est la première chanson que j'ai interprétée dans le vocable d'oïl: ' La vie en rose' .
Moins kitsch que Dalida, moins disco que Donna Summer, moins opéra que Placido Domingo, moins dramatique que Piaf...mais une version Broadway jazz à la Shirley Bassey ou Madeleine Peyroux.
Beau, tout simplement!
Le groovy ' Why' écrit à la suite d'une déception amoureuse.
Elle a une bonne voix..., Françoise ne se trompe jamais et Simon Narcotic Daffodils ( je joue le 28 au Churchill's), acquiesce: c'est du tout bon!
Une longue intro au piano avant de reconnaître le fabuleux 'Libertango' de Piazzolla, version Grace Jones 'I've seen that face before' .
La chair de poule!
Une ballade en hommage au 7ème art 'Cinema', décorée d' une flûte altière d'un classicisme raffiné.
'Tursene' = je cherche mais je ne trouve pas, un instrumental tête de linotte!
Le syncopé, passionné, fringant et langoureux 'Estate'.
Voir Marie-Sophie Talbot en sosie de Soeur Thérèse/ Dominique Lavanant faire vibrer son Hanlet, ça valait le coup!
Blaise Pascal:'Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point', Miss Popova, une variante Mer Noire: 'Heart'!
Quincy Jones, The Color Purple ( merveilleuse Whoopi Goldberg) : ' Miss Celie's blues' (Sister) , du blues/swing fougueux et expressif.
'Ima Pesen' chanté en français, ma copine Gladys m'a filé un coup de pouce pour les lyrics.
Retour au latin jazz avec 'Umopomrachenie' permettant au band de se laisser aller pour un bridge nerveux.
Le traditionnel au répertoire du Mystère des Voix Bulgares ' Devojko Mari Hubava' en version swing et pour clôturer cet excellent récital: un rondo démoniaque ' Zazorjavane', où il est question de magie blanche et d"envoûtement.

Verginiya Project: une grande voix, de l'énergie, de l'enthousiasme, du jazz vigoureux...

vendredi 27 mai 2011

honeybird & the birdies au Piola Libri, Bruxelles, le 26 mai 2011

Rue Franklin, à 250 mètres du Rond-Point Schuman!
Spaghetti à la sicilienne, aubergines et oignons (10.50€): La Pineta
Tagliatelles maison (crème, jambon et tomates fraîches) (9.00 €): La Brace
Carpaccio de lotte au citron vert:Pappa e Citti
Foie à la Vénitienne (18.50€): Il Cavallino...
Tu peux ajouter une dizaine d'autres établissements dont les serveurs se prénomment Beppo, Ambrogio, Dario ou Gabriele... dans cette artère où la présence transalpine est, disons, assez forte, non è vero, Signor De Angelis, barbiere local?

C'est au 66-68 de la via, que la libreria/ enoteca, Piola Libri, propose, à 18h57', un apero/showcase avec le groupe de Roma: honeybird & the birdies.
Parole est donnée à un des oisillons: 'forte presenza italiana stasera in quel di Bruxelles...', tu ajoutes un ou deux British, trois ou quatre compatriotes de Tintin.
Perdus dans la masse et armés d'un excellent Nero di Troia (Puglia) ou d'un tout aussi gouleyant Colline Lucchesi ( Toscana), pour la signora, nous sommes prêts à assister au concert, avec en bruit de fond de colorés palabres en ligure, romagnol, piémontais ou calabrais.

honeybird & the birdies
ou d'après la bio: honeybird (Los Angeles, charango/guitar, un squelette!/vocals), p-birdie (Catania, drums/percussion/triangle + le même squelette/vocals) and ginobird (Anzio, bass), mais l'oiseau miel nous l'a présenté comme étant Federico ( Torino)!
En novembre 2010 sortait le premier CD du trio: ' Mixing Berries', nous entendrons quelques unes de ces baies post folk/world/ indie jam little perruches rock.
Présentation trilingue et 'Shaka Zulu' , de la world minimaliste, ludique, plus proche de Malcolm McLaren ou Bow Wow Wow que de Johnny Clegg!
' Quemby the queen bee' a été composé à L A, chez Zia Maya, une apicultrice adepte d'aerobics face au petit écran.
Un kazoo piquant, un rythme ruche en folie... buzz, buzz, buzz.... aussi enfantin que les Modern Lovers de Jonathan Richman.
Une exotique bossa nova piccolo pollo: ' Pequenino Frango' sera suivie de 'Sexy tour guide/ tutto al limone', suivez le guide, avanti pour un trip Mama's & Papa's croisant la route de Frank Zappa.
Traduction: c'est dada et légèrement bordélique, a killer jam with funky bass lines pour citer Jeremy un blogger yankee.
'Tommy', tu peux oublier le pinball wizard, Pete Townsend et sa clique: p-birdie se colle au chant pour une tranche de dream pop décorée d'un Charango des Andes.
honeybird ( elle veut le h minuscule, hash) connaît Jean Yanne et Claude Chabrol et nous avertit 'Don't trust the butcher' sur fond mélodieux puéril et artisanal.
Una canzone in lingua francese: ' La bête mouffette' , du festif à consommer avec modération, sauf si ton truc c'est les Têtes Raides, la rue Kétanou, Marcel et son Orchestre ou Bart Peeters avec ou sans les Radios.
'Dolores inside' direction le Mexique: les Aztèques, Emil Zatopek, les tamales, le huasteco et le guacamole... cherchez l'erreur!
'Shrinking Minds' proche de la folie et de l'enthousiasme de tUnE-yArDs.
On achève le set de 50' avec une Oryantal dansı, aux effluves traditionnelles 'Hava Nagila': 'Naïman'. L'arabo-andalouse est malheureusement absente, nous n'aurons pas droit à une démonstration souple et aphrodisiaque, style Suheir Zaki se déhanchant langoureusement devant un parterre de fumeurs de nargile.
Adepte du bricolage/collage, l'espiègle honeybird introduit
People keep on learning
Soldiers keep on warring
World keep on turning
Because it won't be too long...
piqué au 'Higher Ground' de l'immense Stevie Wonder dans sa danse égyptienne.

Concert plaisant, souriant et rafraîchissant!


jeudi 26 mai 2011

Bob Dylan 70 Tribute featuring Bruno Deneckere, Derek & Nils De Caster, au Candelaershuys, Uccle, le 25 mai 2011

Robert Allen Zimmerman est né le 24 mai 1941 à Duluth dans le Minnesota, le 24 mai 2011, le Bob souffla donc 70 chandelles.
A Gand( Gent), capitale du Comté de Flandre, un joyeux trio de bardes dylanologues décide de fêter l'événement à sa manière: Bruno Deneckere( un copain à Brendan Crocker) dont le dernier CD 'Walking on Water' traîne depuis peu dans les bacs, Derek ( ex Derek & the Dirt, actuel Derek & Vis) et Nils De Caster ( Pink Flowers avec Bruno dans les 90's- Johan Verminnen, Perry Rose, Citron Bleu, HT Roberts, Elliott Murphy, Marjan Debaene... des talents de multi-instrumentiste appréciés de tous, quoi) tournent dans les centres culturels du Nord avec le projet 'Bob Dylan 70 New Morning' ( l'album que le Zim sortit en 1970).
Ce n'est pas un coup d'essai, mais bien le quatrième hommage au plus grand singer/songwriter s'ébattant sur notre planète souillée.

En pénétrant dans la coquette salle du Candelaershuys, ton regard est immédiatement accroché par l'incroyable panoplie d'instruments gisant, pêle-mêle, sur le podium: quatre ou cinq acoustiques, une basse, une mandoline, un violon, deux ou trois harmonicas, une lapsteel + un jouet ressemblant à une keytar avec touches d'accordéon, Nils en maniera au moins cinq!

20:40' Bruno, le pince sans rire, grommelle un incompréhensible salut, Uccle se prépare pour un audacieux plongeon te ramenant à l'époque de la réforme institutionnelle créant trois communautés culturelles et politiques dans notre beau royaume à la si vaste superficie.

1970: si dans ta cave traîne un Château Petrus de ce millésime, sache que cette bouteille est cotée à 1990€ à l'argus des vins.
1970: 'New Morning' onzième plaque de Bob Dylan , un excellent cru d'après les critiques: 'We've got Dylan back again' titre Rolling Stone!
Derek aux vocals pour le titletrack 'New Morning'.
Un petit séjour à la campagne: a rooster crowing, a rabbit running down across the road... le ciel est bleu ..so happy just to be alive...
Tout va bien, la vie est belle!
La voix nasale de Deneckere, une lapsteel country pour le relax ' The man in me'.
Nils à la mandoline et au chant , étonnamment proche de celui de Shabtai Zisel ben Avraham converti au christianisme, pour le gospel sérieux 'Gotta serve somebody' ( sur 'Slow Train Coming').
Derek: Je dédie la suivante à notre mascotte, le Pinocchio ( ou Kabouter Plop?) accroché au pied de micro, le midtempo ironique 'Joker Man' ( sur 'Infidels').
Une sombre histoire d'abus de pouvoir et de sévices sexuels ' Seven Curses' ( sur The Bootleg Series) sera suivie de 'Jolene' ( sur 'Together through life'), pas la Jolene de Dolly Parton mais un country/blues pour lequel les spécialistes imaginent une théorie de vengeance vis-à-vis de la plantureuse icône country.
Dolly ayant repris 'Blowin in the wind' sur son album de duets 'Those were the days' et, comme le grognon Bob ne voulait pas pousser la chansonnette avec Miss Big Tits, elle le fit avec le groupe Nigel Creek.
Jolene, Jolene
Baby I am the king and you is the queen...
Le roi des râleurs?
' Slow train coming' ( même album) , Dylan et la SNCB!
Un violon flegmatique pour 'Time passes slowly' et ensuite la ballade qui tue 'To make you feel my love' ('Time out of mind'), reprise par quelques crooners notables ( Billy Joel, Adele, Garth Brooks, Trisha Yearwood, Bryan Ferry, Neil Diamond ou Emily Loiseau...).
L'épique 'Desolation Row'( 1965) 11'21", sur' Highway 61 revisited' n'a pas pris une ride et restera à jamais un des titres les plus forts jamais écrit par un musicien rock: le rêve américain désacralisé ..
They’re selling postcards of the hanging
They’re painting the passports brown
The beauty parlor is filled with sailors
The circus is in town...
L'Enfer de Dante Alighieri, James Ensor' Squelettes se disputant un pendu', l'Enfer de Hieronymus Bosch en chanson!
On revient à New Morning avec 'If dogs run free' un ragtime dansant.
Pour Blanche- Neige: 'Rainy Day Women #12 & 35 ( Blonde on Blonde).
« Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre ! »
Everybody must get stoned, repris par tous les pieux apôtres et les convertis du Candelaers.
Un titre estival sentant le gazon bleu fraîchement tondu: ' In the Summertime' ( Shot of Love), du Dylan dévot et optimiste, avant de traverser la frontière mexicaine avec le superbe ' Angelina' (The Bootleg Series).
Il est 22h, vite une dernière, une version secouante, à trois voix, de la monstrueuse protest song de 1962 ' Blowin in the wind' ( The Freewheelin' Bob Dylan).

Public debout, évidemment et un double bis:
Le biblique 'Father of Night' et la perle 'If not for you'.

Rien à ajouter, un tribute parfait!