Josh & the Dirty Rags au Barbe à Plouha, le 3 avril 2026
michel
"Rag doll, little, rag doll", ça c'était Frankie Valli and the Four Seasons, la fille était jolie mais fringuée de chiffons, pas forcément dirty, mais une cendrillon tout de même.
Les guenilles ont inspiré pas mal de groupes, The Band ( rag mama rag) , Elvis avait rêvé de devenir Crésus ( rags to riches), my grandma used worn out holey underwear as cleaning rags, ah oui, The Dillards ont repris l'idée ( "Tearin' Up Your Old Clothes for Rags").
OK, mais Josh de Montréal s'appelle vraiment Rags , aussi quand il décide de monter un groupe il le baptise tout naturellement Josh & the Dirty Rags, ce qui n'enlève rien à l' hygiène de ses comparses.
La tournée européenne des nomades québécois a débuté le 19 mars en Suisse, est passée par les Alpes françaises, le sud de l'hexagone, le Cessonnais, la Belgique, Paris, pour revenir en Bretagne, avant le pays basque espagnol.
On l'avait lu, la formation est flexible, selon l'agenda de chacun, ce soir, ils étaient trois, plus un homme à tout faire, ramassé sur la route.
Au banjo, bass drum, qui sert de siège bancal , et vocaux puissants: Josh Rags, sa compagne, Sophie Rags, tatouée de la tête au pied ( on n'a pas vérifié à fond) à l'accordéon, au washboard bricolé ( sonnette de trottinette pas électrique et cymbalette) et backings, et Sébastien Fournier à la basse .
Le roadie, musicien occasionnel, marchand ambulant, approvisionneur de boissons alcoolisées, danseur presque sobre, se nomme Kove.
20:30', deux barbus et lady rose tattoo se pointent, la lady ( pas la copine de Vivien Savage) prend soin de ses compagnons, fait frisquet en Bretagne, m'en vais nouer un foulard rouge autour de votre cou fragile et je fais de même.
Un, deux, trois, quatre ( in French pour ne pas confondre avec les Ramones), le banjo et la basse à l'unisson entament ' Grow old' , Sophie ratisse large sur sa planche, Josh ( qui a emprunté un galurin à Charlie Chaplin) d'un timbre rugueux et caverneux ( il ne doit pas boire que de la limonade, te souffle Jade) , nous narre l'histoire d'un gars qui a vieilli, sur un mix d' outlaw country/ bluegrass/ folk alternatif et un brin de gothic americana.
T'as senti comme des effluves de Tom Waits, des Pine Box Boys et aussi des relents de Reverend Peyton's Big Damn Band ( 'Washboard' Breezy Peyton et Sophie Rags fréquentent le même salon de coiffure et la même blanchisserie).
Une fameuse galopade succède à une fausse fin, puis ils enchaînent sur 'The Vault' , la sinistre histoire d'un flambeur, quitté par femme et enfants, qui se trouve dans la merde.
'Rag & bone' sous forme de singalong jazzy présente un fond klezmer, le banjo caracole à l'aise, la basse tient le cap, Sophie assure les backings tout en essorant le petit linge.
La Bretagne est une terre de corsaires, pirates et flibustiers, on a pensé à vous et on propose deux chansons de pirates: ' Billy be bold' ( non, Billy n'est pas chauve), un morceau qui peut évoquer certains titres de Simon Scardanelli, puis on quitte Billy le trousseur de jupons, pour visiter 'The Smuggler' s cavern' , en profitant de l'absence d'Ali Baba.
Un swing sauvage pour foutre le bordel dans la grotte, ça remue ferme à tes côtés, Ginette ( 59 printemps) , notamment, a retrouvé ses guibolles de gamine et se démène comme une gitane sans filtre.
Le propos de 'Farewell Honey' est moins drôle, les violences conjugales existent de l'autre côté de l'Atlantique aussi et même si des ricanements gras accompagnent le chant en harmonie, le titre interpelle.
Après ce remue-ménage, il nous faut du rhum.
Shot, shot, shot, trois shots arrivés par bateau aboutissent sur scène ils sont vite engloutis, cul sec!
Le Barbe, êtes-vous ready pour une line-dance?
Faut jamais demander ça à un Breton, la danse il l'a dans les veines.
Voici ' Caroline', une frangine à MC Solaar, Kove, la meneuse de revue, donne le signal, Ginette embraye et entraîne Bénédicte dans son sillage, piquée au vif, Régine, coincée sur un tabouret, en voyant Sophie se joindre aux ballerines, se dit, je peux danser la gigue même avec une béquille.
Lève-toi et danse, a dit Jésus!
En rejoignant ses copains, Sophie renverse le demi qui dormait près du micro, marde ( = caca) a -t-elle proféré.
Yeehah, au galop, Messala, voici 'Rambling man', pas celui des Allman Brothers, car Josh compose tout lui-même.
Kove, rejoins-nous, je te refile la machine à laver, vais jouer de l'accordéon!
Si vous êtes sages il vous interprétera un rigodon, plus tard.
Là on vous joue ' Sing along' au refrain joyeux...Oh, no, I don't want to die alone... plus Tom Waits que nature!
Une suite magique succède à l'enterrement, ' Hell's gate 1 & 2', une valse tzigane, chantée d'un timbre trafiqué.
La sonnette d'alarme est tirée par Sophie, car Kove n'a que deux mains.
Après un ultime virage kazatchok, la dernière tirade est annoncée ' Top of the world', un petit rhum avant de s'y atteler.
Du haut de l'Everest, le monde est beau.
Ambiance carnaval à Pâques au Barbe, un bis s'impose!
'Old man' , ce n'est pas le vieillard de Neil Young, mais l'atmosphère est la même, une belle chanson!
Et comme point d'orgue , un mash-up improbable, ' Seven Nation Army' / Pump up the jam' ( Technotronic).
Make my day, il a dit, la formule est parfaite!
Quoi?
Le rigodon, ah, oui, attaque, Kove!
...S ′il s'en revient d'l′étable c ′est pour manger d'la marde...
Quoi, tu ne connais pas Ti-Jo Monfarlo, quelle lacune dans ta culture!