dimanche 7 novembre 2021

Cuffed Up – Asymmetry EP

  Cuffed Up – Asymmetry EP

 

NoPo

 

 Royal Mountain Records

CUFFED UP Asymmetry 2021

Le groupe part d'une rencontre entre Ralph et Sapphire Jewell (quel pseudonyme! son nom?) et se forme en 2019 à Los Angeles.
Sont-ils membres de la police judiciaire de L.A ou ont-ils quelques tendances sado-maso (les 2, me susurre ma voisine qui aime les uniformes)?
En tous cas, menottés (Cuffed up) ne les gêne pas pour jouer de leurs instruments... maintenant, à quatre musiciens :
Ralph Torrefranca Guitare, voix
Sapphire Jewell Guitare, voix
Vic Ordonez Basse
Joe Liptock Batterie

Ils sortent un 1er EP 5 titres en 2020 avant leur nouvelle publication asymétrique.
Pour l'anecdote, le visuel de 'Politicians in my eyes' sorti en en single énervé (Octobre 2020), s'inspire de Supertramp 'Crisis what crisis' (l'homme dessiné dans le transat porte ici un costard plutôt qu'un short).

La pochette de 'Asymmetry' semble poser une image plus douce... quoique, ça dépend de quel côté on se place...
Deux fleurs, très colorées, se font face; on peut dire que l'une est une belle plante pendant que l'autre en bave, fondant comme un plastic trop chauffé.
Une crise? Je vais bien tout va bien? Pas sûr quand on s'arrête sur le contenu...

1.Bonnie 03:31
2.Terminal 03:04
3.Canaries 04:01
4.One By One 03:25
Produced and mixed by Brad Wood
Mastered by Hans DeKline

On se posait des questions sur leurs moeurs, voici que dans le clip 'Bonnie' (réalisé par Ralph), homme et femme inversent leurs personnages. N'oublions pas que 'Bonnie' ment.
En filigrane de l'histoire de Bonnie & Clyde, le texte dénonce des relations amoureuses toxiques.
Le truc commence par une batterie épileptique suivi d'un accord de guitare élastique plein de réverb. Elles sont deux à mener la course autant dans les chicanes que dans les lignes droites.
Le gars et la fille en couple dans le refrain, se séparent dans les couplets, Sapphire comptant les coups ('strike 1... strike 2... strike 3'). Les 2 chantent avec harmonie et conviction.
Les refrains éruptifs filent à grande vitesse et l'enchaînement, en dérapage, tirant sur les cordes comme sur des freins dans les virages, force à s'accrocher à sa ceinture.
On se croirait derrière les manettes d'un jeu vidéo, plaqués au fond du baquet.

Après le baquet, 'Terminal' n'annonce pas le bac et n'arrange rien psychologiquement, Ralph exprimant ses crises d'anxiété 'I’m terminal for life'.
Le riff tordu, à la gratte devant la basse ronflante, met d'ailleurs d'emblée un peu mal à l'aise.
A l'arrivée du chant, les 2 notes à la guitare prennent des faux airs de Nirvana.
Le rythme ralentit et s'alourdit. Alors la batterie roule des mécaniques sous les cris de Sapphire puis Ralph prenant le relais, avant que les deux voix se marient merveilleusement.
'Hallelujah’s coming back! All over and over' fait remonter des crachats sanglants (beurk!) dans le clip où les 4 musiciens, portant des chemises d'hôpital, finissent au sol, à l'agonie.
On espère pourtant que 'Terminal' n'est pas leur état ni la fin!

Du coup, un titre comme 'Canaries' me fait un peu peur... Je me souviens d'Ozzy leur arrachant la tête! Va-t-on virer au gore?
Mais non, on reste au sec, c'est du goretex!
La composition me rappelle Sonic Youth avec son riff tendu et son chant, parfois proche de Kim Gordon, essoufflé par une cadence agitée.
La voix de Sapphire, paniquée, court sur un fil, comme poursuivie par un boulet de canon breedersien. Ralph intervient, plus assuré : 'Don’t settle down don’t compromise'.
Le passage instrumental lâche la bride aux guitares larseniques, déstructurées et saturées qui ne s'éco-nomisent pas dans leur résonnement tourmenté.

'One by one' ouvre un peu plus sereinement, on pourrait presque penser à la douceur de Nada Surf mais une délicieuse guitare saturée revient bien vite nous chatouiller les oreilles.
Le chant de Ralph, seul cette fois, va de l'avant. La solidarité des instruments, ensemble, donnent de l'épaisseur à cette belle conclusion 'Send your prayers for luck, best wishes for now'.

Ancrés dans les 90's, les Américains viennent de publier une série de morceaux enthousiasmants.
Plus matures sur ce 2è EP et libérés, ils ont trouvé la clé des menottes et choisi leur direction.
Ralph, cet EP serait-il une analyse, un exutoire? Pas de malaise asymétrique pour moi, tu peux continuer, ça me fait du bien aussi!


vendredi 5 novembre 2021

Pandapendu [Session live Radio Activ'] à Bonjour Minuit, Saint-Brieuc, le 4 novembre 2021

 Pandapendu [Session live Radio Activ'] à Bonjour Minuit, Saint-Brieuc, le 4 novembre 2021

 

Retour à Bonjour Minuit pour la Session Live de la dynamique station de la Baie de Saint-Brieuc, Radio Activ'.

Ce soir, Marcus a invité Pandapendu.

Pas de panique, il ne risque pas de s'attirer les foudres de Brigitte ou d'autres défenseurs de la cause animale, pas d'ursidé martyrisé  dans le club, mais trois spécimens de sexe masculin, qui ont tous été baptisés, qui se sont brossés les dents ce matin et qui font de la musique.

Pandapendu, c'est le nouvel enfant de Yann Ollivier qui durant le concert a confirmé ( triste nouvelle) que Thomas Howard Memorial n'a pas survécu au Covid.

Yann rebondit toujours, il a été Thomas Howard Memorial, mais aussi The Craftmen Club, Stade ou manager pour Dewaere, groupe dans lequel évolue son copain  Maxwell Farrington, les deux fantaisistes ont d'ailleurs signé  un album de chansons de Noël pop sous l'étiquette Maxou & Yannou, si tu le déniches, offre le à ta petite amie, elle te sera reconnaissante jusqu'à la fin de l'année ( même plus deux mois à patienter).

Pandapendu n'a pas encore de dents mais compte déjà de nombreux fans, pendant l'été, ils ont écumé les bars du coin pour peaufiner leurs compositions, dont les lyrics ont été supervisés par le crooner australien.

Binic, Saint-Agathon, Plouha, La Gacilly les ont accueillis et applaudis.

Ah oui, les présentations: Yann Ollivier: chant, guitare, mellotron,  attouchements sensuels / une vieille connaissance,  Thomas Kerbrat (NoPain No Pain/ Thomas Howard Memorial/ Tiger and The Homertons/ et plus ou moins 20 groupes actifs durant les Fest Noz dont JMK ou la bande Braz de Jean-Charles Guichen) à la batterie et  Greg Perrochon à la basse.

Pas encore d'album,  mais il pointe, au mix et à la production, un autre copain de Yann: Elouan Jégat!

Après une intro honteusement pompée sur 'Voyage, Voyage', le trio attaque 'Final', ( c'est ce qui est écrit sur la playlist, et c'est plus que finaud de débuter un concert par un morceau baptisé Final').

Sur-le-champ les habitués de THM se sont rendus compte que Yann a changé son fusil ( pas le même que celui du chasseur qui vise les automobilistes) d'épaule .

Oubliées les compositions planantes à mi-chemin entre Radiohead et le Floyd, ce n'est pas que la clique ait viré variétoche de grand bazar mais l'approche est vachement plus pop, dans le bon sens du terme.

Tout comme ton copain, tu es séduit par le jeu de basse à mi-chemin entre le post-punk  et les basslines  ronflantes de New Order.( écoute Thieves Like Us).

La voix de Yann est toujours aussi lumineuse et fragile, étonnant pour un mec qui ressemble à un panda, quant au jeu de batterie de Thomas, il est tout bonnement hors du commun.

Il a fallu s'adapter aux nouvelles directions choisies par l'ex THM, mais une fois que tu les as acceptées, tu te dis que ça peut cartonner dans les charts.

Bon, ce n'est pas The Voice, mais Taratata est à leur portée.

Thomas lance la suivante,  en manipulant l'échantillonneur posé près de son kit. 'L'Ange' ( non, pas le catcheur Francisco Pino Farina) dévoile des sonorités Beatles loin d'être déplaisantes.

L'usage de la loop station permet de confectionner une toile stellaire brillante, tandis que la  guitare, incisive, entreprend un solo cinglant .

La cohésion  dont fait preuve  le  groupe, son  compteur concerts n'indique pas encore dix,  impressionne un public enthousiaste.

C'est à nouveau le batteur qui amorce la troisième salve, un midtempo chaloupé  qui doit faire plaisir à Gershwin, car sur le papier   tu lis ' Summertime'.

Tu oublies Janis Joplin ou la Disco Queen, Sylvester, car le morceau du mammifère de Plouha  sonne plutôt comme de la pop soyeuse tricotée par Neil Finn pour son Crowded House ou, pour rester de ce côté des mers, comme les rengaines précieuses  de Frànçois & the Atlas Mountains.

Greg engage 'Believe it' d'une intro de basse digne de J J Burnel, des bandes l'accompagnent, Thomas rapplique en frappant ses fûts de manière répétitive, puis le chanteur lance sa tirade au singulier arôme disco/post-punk.

Les amateurs de nouvelle cuisine vont adorer, Mory Sacko, tapi dans un coin de la salle, s'est dit je m'en inspire pour ma prochaine émission sur France 3, j'inviterai Gloria Gaynor ou  Siouxsie Sioux, si la première n'est pas disponible.

Ignorant les considérations du chef, le trio appuie sur le champignon, la plage monte en puissance, les chevaux du manège s'affolent, des gosses pleurnichent, maman, je veux descendre!

Yann passe derrière le mellotron,  bien vu, Marcus, Macca a utilisé l'instrument sur 'Strawberry Fields Foreve, du coup le downtempo  ' Surrender' offre d'étonnantes  intonations célestes.

Les couches de synthé sont plus fiables que certaines couches culottes!

Pause, interview, présentation des musiciens et clin d'oeil au cuistot du Chaland qui Passe.

 

La seconde mi-temps  démarre avec 'Ruskov' qui sera bientôt visible en clip. A Moscou comme à Borodino, on se dit qu'il vaut mieux ne pas le passe rlors d' un mariage à Kaboul.

Décidément Yann a abandonné le côté sombre de la force pour se transformer en  crooner pop.

Ed Sheeran, James Blunt ou Bruno Mars ont trouvé un sérieux concurrent.

Avec 'Thanks' on  poursuit sur un dance track dans le moule synthpop/ electronic dance à la New Order, aargh  les lignes de basse qui tuent, comme celles  de Peter Hook!

Un coup sec sur le drumpad et c'est 'My tragi comic mystery' qui démarre sur fond bourdonnant. Non, n'ôtes pas les dancing shoes, c'est reparti pour un tour sur la piste.

Quoi, 'Falling in love with you' est déjà la dernière, vous rigolez, il est 19:40'!

C'est la maladie du siècle précédent, tout le monde tombait amoureux, Elvis, Chris Isaak, Marilyn, Julie London, sauf 10CC.

Lyrics adéquats, à placer en lui offrant des fleurs ( bleues), pas forcément à la Saint-Valentin... I wanna do everything for you... , faut pas nous raconter que les Bretons sont des têtes de mules, ils ont des sentiments.

 Cette belle ballade electro, sentimentale est la dernière cartouche du répertoire,  faudra meubler, les petits gars,  what now, my love?

On ne la fait pas à un vieux loup de mer, c'est simple, je retombe sur le répertoire de Thomas.

Dutronc?

T'es con, Thomas Howard Memorial.

20 secondes de tuning et voici, si je me souviens des lyrics, 'Nobody knows' .

He knew the lyrics,  le public a vibré.

T'es sûr que Thomas Howard Memorial est définitivement enterré?

Allez une seconde salve pour arriver au bout de l'émission.

Contents?

Il reste trois minutes.

Yannick qui fait la file au McDo, avec son smart  acheté en seconde main,  attend encore un morceau.

Pour toi, Yannick, on espère que t'es vegan, on te refait 'Ruskov', et paye-toi une vodka!

  






 

 

 


  


mercredi 3 novembre 2021

Silt - EP - Contact High

 Silt - EP - Contact High 


Independent release

( michel)


Quelle idée bizarre, se choisir "limon" comme nom de groupe..

T'as la mémoire courte, tu oublies Mud ou Scum  et puis Etron, ça ne te dit rien?

 

Silt ( Melbourne)  voit le jour en 2019, la figure centrale étant Jessica Polain, qui avait démarré une carrière de singer-songwriter quelques années plus tôt ( on a retrouvé une vidéo, très DIY, d'un titre baptisé 'The rest is history'). 

En 2020,  Silt pond quatre singles, octobre 2021, leur debut EP "Contact High"  est un fait.

Six titres:

Introduction / Dreamin' / I always need a break / My Ordinary/ You Hate it /  Cassette Tape.

 

Line-up: Jessie Polain - vox/keys/guitar / Josh Barretto - guitars /  Harry Monaghan - drums/pads

The EP features  Danna Yun for the string arrangements and Tearnu Graham ans Saskia Clapton on bass.


Engineering: Jimi Lloyd-Wyatt   


Pochette: cover art by Lana.

Oui, Jessica?


Give this awkward cactus gal the attention she's pretty sure she wants. She brought roses for you!

Merci pour les roses, madame, tu connais Jacques Dutronc? 

Au resto, avant d'attaquer les plats, t'as pour habitude d' opter pour  un apéro, Silt fait de même et propose une vaporeuse  ' Introduction' de 59 secondes, à consommer sans glaçon!

La suivante ' Dreamin' ',  comme tu peux le supposer, évolue dans un univers dream pop d'où le groove n'est pas absent. 

Quand t'es dans une relation stable tout va pour le mieux, ..it feels sweet like hearing your home, warm like atmosphere around us.. t'es toujours là et c'est agréable de s'endormir en portant un de tes chandails.

Pas vraiment comparable au ' Dreamin' ',  le power pop suprême de Blondie, les rêves de Silt sont plus lisses, le bonheur est dans la simplicité, il peut-être candide et exempt d'affectation.

Musicalement aussi, tout coule de source, riffs limpides, jeu de batterie juste un peu plus nerveux, synthé soigné et des vocaux soyeux, avec en toile de fond de jolies harmonies.

Aucun nuage à l'horizon! 

'I always need a break', sorti en single avant la parution de l''EP, explore les mêmes climats délicats , un  solo de  guitare plaintif vient déchirer l'euphonie au bout de 3'30" , le voilà, le bridge  attendu. Très vite, le morceau reprend son cours paisible, les smooth vocals de la madame glissent comme une brise légère  au dessus  des pâquerettes se couchant dans une prairie verdoyante, alors qu'une flopée de cassicans flûteurs ont entamé un concerto mélodieux, en voltigeant à la surface  du ruisseau aux eaux limpides.

Intro bidouillée au synthé, suivie de quelques accords de guitare avenants, ' My ordinary', dont les lyrics introspectifs  sont de la plume du guitariste, baigne dans des climats ouatés évoquant Beach House, Still Corners, Alvvays ou d'autres adeptes de rêveries quasi mystiques.

'You hate it',  le lead single du disque, offre une orchestration plus sophistiquée, avec l'apport de violons (  Danna Yun) . Basse et batterie génèrent un tempo serré sur lequel la guitare, les cordes, le synthé et la voix sensible de Miss Polain  peuvent se déployer en étant assurés de ne pas sombrer.

Jess, can you explain the title?

 "I wrote this in a bit of a state. All the lyrics were written on a train home from work after I had spent the day stewing over a particular argument. Something that always seems to crop up in my songwriting is my need for space, and learning how to ask for it and set boundaries. This song is no exception. I have to say I am very proud of this one, especially the very direct, almost stream-of-consciousness lyrics in the bridge. The strings, arranged by the incredible Danna, really brought the drama of this song to life."

Ah, oui, de là... space is just the temple I need!

Quoi, baby, non, il ne s'agit pas de Stevie Nicks, c'est vrai qu'on peut y songer!

'Cassette Tape'.

 Et donc, la cassette audio revient en force, un brin de nostalgie pointe le bout du nez à l'écoute de la dernière plage de l'EP, dominée par des nappes de synthé s'entrelaçant, avant l'arrivée en force d'une batterie remuante, accompagnée par quelques piques de guitare en arrière-plan. Jess avait conclu son message au bout de 2'20"",  elle laisse le soin aux instruments de mener le morceau à son terme. 


Avec  ' Contact High', Silt livre un EP attachant qui devrait plaire aux amateurs de shoegaze ou de soft  pop atmosphérique.

 

 



 




Kitty Coen - EP Disco Lemonade

 Kitty Coen - EP Disco Lemonade

 

 Tower Records

 

NoPo

 Kitty Coen Disco Lemonade 2021

Dans un ciel bleu crépusculaire, Kitty, coiffée d'un chapeau à facettes, brille de mille feux. Ses boucles d'oreilles, en forme d'éclair (style ZZ Top Eliminator), et son collier serré, à 3 étages, renvoient la lumière.
Cheveux roux, le visage discrètement maquillé plein de fierté accentuée par sa position, mains sur les hanches, la Texane en impose, sous des faux airs de danseuse de saloon.
Ses gants noirs à longues franges blanches, comme une suite perlée, montent jusqu'au coude et des bagues chevauchent plusieurs doigts.
Sa robe plissée et son bustier noir, bordé de tulle, tranchent avec la peau blanche de ses épaules dénudées. On devine un tatouage sous son aisselle droite.
De son cou, partent des tubes aux couleurs flashy vers le titre en noir 'Disco lemonade' dans une écriture très arrondie. Des étoiles arrosent ce faux arc-en-ciel. Une police à grosses pattes mentionne 'Kitty Coen' dans l'angle bas droit.
L'artwork (photo Hannah Edelman), soigné, laisse affleurer les idées contradictoires de cette personnalité ambigüe : blancheur, noirceur, lumière, obscurité, romantisme, exhibition...

Je calerais le personnage entre JJ Wilde pour le côté aguicheur (http://www.concertmonkey.be/albumreviews/wilde-ep-jj-wilde), et Kandle pour le côté glamour (http://www.concertmonkey.be/albumreviews/album-kandle-set-fire) .
Rien n'empêche non plus de penser à Madonna.
La compositrice situe ses influences entre Kurt Cobain et Fleetwood Mac (entre douleur et douceur?). On cite aussi Tame Impala...
Elle dépeint son oeuvre tel un "paysage désertique psychédélique avec une touche de Far West". Un disco-électro-alternatif, en somme, découpé en 7 morceaux :

1 Holy
2 Dark Soul
3 Lost In California
4 Disco Lemonade (Ft. Tvlormvde)
5 Fade
6 Wave Side
7 That's Alright
produit par Justin Johnson

Le single 'Holy' ouvre l'album d'une manière flamboyante. Les images live studio présentent la chanteuse dans une tenue affriolante.
Les cordes de guitare électrique, juste caressées et ponctuées par un roulement, créent d'emblée une ambiance envoûtante.
Basse et batterie se joignent, en toute discrétion, pendant que KC entame, comme une sainte-nitouche, une prière d'une voix langoureuse.
Le rythme, tout en balancement, invite au mouvement lent et sensuel. Un mid-tempo s'installe et le titre avance tranquillement.
Alors, batterie et le synthé s'emballent et le chant passionné et passionnant bouillonne puis monte crescendo dans des 'Holy' répétés.
Le coeur bat la chamade pendant les gazouillis de Kitty à la dernière minute transpercée d'éclairs psychédéliques avec pistes de guitares en backmasking (à l'envers).

La grosse basse impose un groove chaud dans lequel s'engouffrent la batterie claquée et métronome accompagnée de quelques pointes de guitares éthérées. On pense à certains titres d'Angus et Julia Stone mais, plus trop, lorsque le clavier se met à aboyer.
Kitty laisse traîner sa voix, ses cheveux roux et ses jambes dans le clip (aussi hot qu'un oeuf cuit sur le capot de sa voiture de sport). Même pas peur d'en montrer trop, elle n'a pas froid aux yeux et assume sa musique sexy.
"Je voulais emmener le spectateur dans un voyage psychédélique à travers mon esprit", dit-elle, "une fois que j'entre dans la station-service, bar, en bordure de route, je suis dans un tout nouveau monde, nourrissant les vices de mon âme sombre."
Le clavier provoque ondes et éclairs après 2 minutes et la guitare plus funky rend le rythme dansant, imparable.
L'artiste se désole (mais finalement pas tant que ça) de sa 'Dark soul', à vices, qui s'enfonce dans un trou noir.

Continuant son psyche-road trip, elle rajoute d'ailleurs une couche de dépravation dans 'Lost in California' parti au ralentis en cadence lascive.
Le synthé dans un souffle, bordé d'effets divers gonflés, guide la quête de la luxure.
Des bribes de guitare font croire, un instant, à un 'California dreaming' aérien mais le rythme, ensuite, slappé par une combinaison synthé grosse caisse, fait déchanter rapidement.
Les pads empruntent au 'R&B' moderne en boum profond, basse rebondie et cliquetis rapide. Quelques vocoders viennent dérouter la belle qui se laisse embringuer.

'Disco lemonade' porte bien son nom avec son ambiance en bulles de champagne à la basse mélodieuse et cette voix sensuelle. Une seule envie, glisser le plus gracieusement possible sur le parquet!
La cuica brésilienne marque les temps par ses cris de singe. Le synthé et la guitare jouent en clin d'oeil dont les battements de cils bruissent dans les violons.
Dans l'air du temps, les effets autotune variés (featuring le rappeur Tvlormvde) viennent séduire et ajouter du sucre à la mixture. Sans la voix de Kitty, on croirait au retour de Daft Punk... totale réussite!

'Fade', par son arpège en dentelle, enveloppe pareil à une brume matinale en été, un peu fraîche, mais annonciatrice de soleil. Le clip présente Kitty en femme fatale à la Marilyn.
Après la batterie d'abord au loin, la mélodie, piquée aux notes de lapsteel, fascine totalement. La température monte  le long des cordes aussi chaudes que les rayons de l'astre aveuglant.
Quelques touches de piano, finement effleurées, viennent chatouiller l'oreille. La voix de Kitty, langoureuse, amène des frissons incontrôlables.
La pulsation désarmante, invite aux gestes lents en arabesques qui s'estompent doucement. On en reste ... cois!

'Wave side' pousse ses vagues scintillantes au crépuscule sur le sable tiède. Les premières gouttes d'écume s'accrochent à une harpe.
Le chant, susurré par des lèvres probablement salées, décrit un chagrin à la fin douloureuse d'une relation.
L'accompagnement orchestral avec frappes sur le cercle et notes jouées du bout des doigts font pleurer mon âme d'une belle émotion.
Chaque note, retenue, sonne délicatement. A mi-morceau, la batterie s'active et provoque une réaction épidermique des autres instruments en jets scintillants
Le résultat fascine, impossible de décrocher... si ce n'est la lune!

'That's alright', final en forme de country, justifie, à lui seul, le chapeau de la pochette.
Décidément, cette galette me surprend jusqu'au bout. Guitare acoustique, harmonica et balais sur les peaux caressent le poil.
La voix se confond avec le cri de la lapsteel comme sortant du gosier d'un oiseau.
Derrière la douleur, la douceur vient conclure sur un ton plus serein.


'Disco lemonade' se boit comme une potion magique. Après la lampée, on se sent à la fois abasourdi et magnifié, un entre-deux qui remplit aussi cette oeuvre unique.
KC, une débutante? Déroutante, en tous cas, par son aura romanesque. Une fille indomptable, un peu à l'Ouest, à écouter absolument, 20 minutes de pur bonheur!


Les artistes :
Chant Kitty Coen
Guitare Ian Salazar
Claviers Keith Galloway
Basse Sam Pankey
Batterie Greg Clifford

lundi 1 novembre 2021

Rover • Bacchantes à Bonjour Minuit, Saint-Brieuc, le 30 octobre 2021

 Rover • Bacchantes à Bonjour Minuit, Saint-Brieuc, le 30 octobre 2021

 ( michel)

Le concert affiche sold-out,  en te pointant plus d'une heure avant le coup d'envoi, tu te vois obliger d'aller au bout du serpentin qui fait déjà 75 mètres.

Le scan/pass  au boulot!

Comme support pour  Timothée Régnier, le globe-trotter ayant parcouru une bonne partie de la planète avant d'avoir fait sa première communion, Bonjour Minuit a invité celles qui rendent un culte à Dionysos, pas le groupe, non, le dieu de la vigne et grand tombeur, bien avant Casanova,  Bacchantes!

Les Bacchantes dont il s'agit ne sont pas grecques, on leur donne des origines nantaises et rennaises, elles sont quatre, jolies et  vêtues de noir, Amélie Grosselin (voix, guitare électrique), Claire Grupallo (voix, harmonium indien, claviers), Astrid Radigue (voix, batterie et éléments de scierie), Faustine Seilman (voix, harmonium indien, claviers).

Ces demoiselles, cultivées, ont sorti leur premier album ( 'Bacchantes') en février.

Il y a un avant Bacchantes: Amélie,  graphiste lorsqu'elle ne joue pas de la guitare, par exemple, était de l'aventure Fordamage, Claire, la frisée, sévissait au sein de Sieur & Dame, Astrid s'amuse chez Mermonte et Faustine, la préférée de Nina Companeez, a sorti des albums sous son nom ou en équipe avec Claire sous l'étiquette " La Cour".

Pour décrire leur musique, elles affirment faire du rock trans chamanique, de là à les répertorier dans la même catégorie que The HU, le groupe mongol, il y n'y a qu'un pas, que certains hésitent à franchir.

Après le salut poli, les nymphes ouvrent le bal par  des vocalises hantées, très vite remplacées par un riff de guitare répétitif, soutenu par un jeu de batterie minimaliste, le sombre 'Aride' est sur les rails.

Ce titre lancinant aurait pu se retrouver au répertoire de Malicorne, si les sonorités noise de la guitare ne nous éloignaient pas à cent mille lieues de l'époque médiévale.

Les voix et l'harmonium, par contre, ont leur place dans l'univers folk traditionnel, un univers dont la Bretagne est friand.

La seconde plage, introduite par les sonorités désuètes de l'harmonium, est tout aussi déstabilisante, elle n'enchantera guère les chasseurs, car comme Harper Lee qui a intitulé son roman'  To Kill a Mockingbird',  devenu "ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", les filles proposent un texte visant à protéger les oiseaux, une énumération ornithologique complète le tableau, les vocalises déconcertantes et   la guitare agressive d'Amélie, pas aussi douce qu'un poulain, nous mettent mal à l'aise et fascinent à la fois.

Le chant choral décorant ' Cavale' éblouit, la guitare cette fois se montre moins torturée, mais ne va pas croire que tu entendras du Manitas de Plata.

Voix perçantes, cris d'hyènes, de Peaux-Rouges sur le sentier de la guerre, introduisent  'Fiers Tyrans' (tiré d’un texte d’Isaac Habert)  , une plage nerveuse,  saccadée, elle est  décorée de battements de mains lui donnant un caractère tribal effrayant.

Si tu voulais boire tranquillement, tu t'es trompé d'endroit, les bacchantes bousculent , il te sera compliqué d'échapper à leurs filets.

A capella, sur une ligne, elles entament  'Terre d'allégresse' , un autre nom pour ' Le Chant des Marais' ou 'Le Chant des Déportés' , que tu connais dans la version flamande ( De Moorsodaaten) chantée par Rum.

Le titre te refile toujours la chair de poule.

Claire et Faustine changent de place et d'instrument pour interpréter 'Choeur d'Amour', un poème de Gérard de Nerval, mis en musique par leur soin.

Romantisme, tu dis, ouais, écoute l'accompagnement sonore ( Amélie martyrise son instrument en lui refilant des coups de baguette pas tendres)  et les râles inhumains, tu risques de passer une nuit agitée.

Chant lyrique élégant pour amorcer la litanie  ' Sécheresse' , tant de beauté ne peut s'éterniser, elles se mettent à haleter, le ton monte, la guitare grince, s'enflamme, tout tourbillonne,  ... 
....Je suis sans vous, Je suis la sécheresse... répété à l'infini, vite, un verre d'eau, tu suffoques!

Astrid est passée chez Bricomarché pour se procurer une scie circulaire, la lame se couche sur une caisse du kit, Faustine annonce une chanson d'espoir portant le nom d'une fleur, il y a un hic, elle se décompose, 'Hellébore fétide' ne va pas t'aider à retrouver le sommeil, ce texte prophétique fait passer Nostradamus pour un comique.

Un doigt frotté sur un verre rempli d'eau, c'est presque pire que le crissement d'une craie sur le tableau, c'est ainsi que débute 'Politique' , chimes caressées délicatement, chant atone,  l'ambiance est au recueillement et à l'introspection, Sainte -Pélagie, bénissez-nous, car nous ne pourrons pas nous évader de cette sinistre prison.

'Marine', sur un texte de Paul Verlaine, termine un voyage pas banal qui a tenu l'assistance en haleine.

 

22:25' un signal lumineux pour indiquer qu'il est temps d'interrompre la musique de fond et de plonger la salle dans l'obscurité car Rover et son unique musicien, l'épatant batteur Antoine Boistelle, que tu as vu à Bruxelles accompagner Owlle (Vitalic ou Maestro utilisent également ses services)  sont prêts à faire leur entrée.

Rover et la Bretagne, c'est une histoire d'amour, sans épines, à chacune de ses apparitions en terre celtique, il fait un tabac.

Saint-Brieuc l'attendait et était curieux d'entendre les nouvelles compositions du  chanteur, désormais  entré dans l'âge de raison, pour autant que la locution ait du sens, on va questionner Sartre!

C'est à Bruxelles ( Saint-Gilles, 1060)  qu'a été enregistré le troisième album (  Eiskeller) du copain de Julian Casablancas ou d'Albert Hammond jr.

Comme il a de la suite dans les idées, l'album a été intitulé Eiskeller car il a été conçu dans les Anciennes Glacières de la commune bruxelloise, dont le club de football, la fière Union Saint-Gilloise parade au sommet du championnat belge.

Voilà pour les préliminaires, passons au concert !

Le costaud, oui, son look s'approche de celui de Marvin Lee Aday, monsieur Paradise by the Dashboard Light, aux guitares  raccordées à un impressionnant jeu de pédales, et Antoine Boistelle aux drums, drumpad et échantillonneur, entament le gig avec ' Rising High', un pop rock d'un  romantisme palpable, Lord Byron a failli pleurer.   La plage,  chantée d'une voix caressante,  n'est pas gonflée au botox, aucun effet grandiloquent, c'est juste une bonne chanson!

Le poignant 'Queen of the fools'  est extrait de son premier album .

Ici,  la mélancolie dégouline à grands flots.

La fille, se tenant à tes côtés, murmure: c'est beau!

T'as pas réagi, par timidité, mais tu sais que t'es beau!

Après une séquence je caresse le public dans le sens du poil,  Rover  lui adresse la ballade ' Wasted Love' . Reverb sur la guitare, petites touches Beatles, du travail d'orfèvre.

Fondu enchaîné sur ' From the start' , à classer dans le rayon Crowded House, Alan Parsons Project, voire Moody Blues.

De la pop léchée portée par une voix inimitable et une orchestration limpide.

'For Ages' toujours dans la veine The Beatles,  présente des aspects prog rock attachants,  ici encore la mélancolie, brumeuse,  domine et   tu te dis que Timothée Régnier n'est pas né à la bonne époque, tu le verrais plutôt dans un salon littéraire échanger des propos avec Alfred de Musset ou Prosper Mérimée.

Pendant 'Late Night Love', Rover se libère et lâche un solo sombre avant de marmonner sa complainte d'une voix bourrée d'effets.

Un grand morceau, crépusculaire,   suivi  par deux ballades, la première bucolique  ' To this tree' , la seconde introspective, ' Some Needs'.

Qu'un duo, guitare+voix/batterie, réussisse à donner tant de majesté à ces pièces musicales  tient du miracle.

Il faut d'ailleurs mettre en exergue l'apport considérable d' Antoine Boistelle dans l'accomplissement du rendu scénique.

C'est lui qui lance 'Burning Flag', un morceau aux accents rock plus prononcés.

 'Silent Fate' , une plage héroïque,  voit  le jeu du  batteur et la guitare se greffer  sur des bandes pré-enregistrées .

Avec 'Tonight' , Rover revient vers son premier album?

Ce titre rock, dramatique, est à rapprocher des premiers Muse.

L'effervescence gagne  un public  qui a reconnu un des hits des débuts, des chants s'élèvent du fond de la salle, les oooh, oooh, oooh sont repris par le chanteur, tout sourire.

Un second tube ' HCYD' maintient l'enthousiasme général et puis, surprise, un petit salut, direction les loges.....

Quoi, à peine 50'?

Saint-Brieuc piaffe, ils vont revenir, ta voisine le pressent.

Sondage, y-a-t-il des gens de plus de 40 ans dans la salle?

Au moins, dix, Timothée!

Les rappels débutent par le midtempo 'Woys' , suivi par 'Roger Moore' qui fut Simon Templar, Ivanhoe avant de devenir 007, chante-t-il les exploits de l'acteur, mais non, il s'agit d'une chanson d'amour aux teintes David Bowie, c'était avant son passage à Berlin.

Au fond, parfois Rover te rappelle James Morrison, un autre crooner, chéri par les dames.

L'imparable 'Venise Hat', au style narratif,  précède celle que pas mal de gens espéraient 'Aqualast' qui achève le job du batteur.

Rover, bon prince, octroie un dessert au bon peuple, c'est solo qu'il interprète 'Lou' pour le plus grand plaisir des fans  qui quittent la salle, un large sourire aux lèvres.


La tournée se poursuit, le 5 novembre à Lorient.

 




  



 

 

 


Album - Nightwatchers - Common Crusades

 Album - Nightwatchers  - Common Crusades

 

 MOWNO

 

NoPo

 NIGHTWATCHERS Common Crusades 2021

Le groupe commence fort sa carrière avec 2 EPs sur le thème des dérives policières en 2016.
Trop fort, il faut attendre 3 ans pour choisir 'La paix ou le sable'.
Cette année, 'Common crusades', toujours aussi engagé, traite du colonialisme et des dérives de nos politiciens contemporains (avec de nombreux extraits de discours ou écrits divers).
Pareil à Zebda (rappelons 'Le bruit et l'odeur' de Chirac), mais différemment(!), les toulousains dénoncent racisme et anti-islamisme catégorique, les N W avec une froideur frontale, contraire à la chaleur festive de l'accent du Sud (vu que c'est en anglais).
Musicalement, je les rapprocherais du début des Clash, des Dead Kennedys, avec une pointe de Buzzcocks ou des Undertones. Les gars citent plus volontiers, les Ramones et Misfits.
Tout se dit dans l'urgence, en moins de 30 minutes pour 10 titres, avec un style hargneux de punk mélodique.

Les frondeurs :
David Mareau - Basse, voix
Freddy Coste -  Batterie
Julien Virgos -  Guitare, voix
Kevin Keisovsky -  Guitare, voix

La pochette, gérée par Freddy, fait dans la sobriété monochrome.
La statue du cardinal Lavigerie, brandissant une croix à deux branches (prise en photo à Bayonne), symbolise bien le contenu de l'album.
Le texte, figurant à droite, s'extrait de 'L'armée et la mission de la France en Afrique' (discours prononcé dans la cathédrale d'Alger, le 25 avril 1875, pour l'inauguration du service religieux dans l'armée d'Afrique, par Mgr l'archevêque d'Alger Charles Lavigerie).
On évoque l'homme, en particulier, pour ses positions anti-esclavagistes.

La face A concerne la période coloniale et la Face B, la période contemporaine :
1.For the Sake of the People and the Nation 03:01
2.The White Fathers 03:02
3.No Matter Who "Osei Kofi Tutu I" Is 02:04
4.1905 & The Muslim Exception 02:14
5.A Not-so-Secular State Culturalism 03:34

6.The Phantom Menace 03:32
7.G. Kepel President Whisperer 02:27
8.Dismissed 03:28
9.Their Turn Trying to Rule the World 02:29
10.Just a Matter of Time 02:26
Enregistré par Matthieu Zuzek


FACE A : La période coloniale

'For the Sake of the People and the Nation'
Démarrage sec, pied au plancher. Des roulements sur les toms bousculent le riff droit et saccadé. Finalement, sous les guitares, la basse trace, simple puis attractive sur le refrain.
Les voix scandent les paroles avec la vigueur de la conviction, n'hésitant pas à pousser les choeurs à battre le fer.

'The White Fathers' ralentit le riff d'entrée et découvre une mélodie poppunk qui rappelle les années 80's des Porte-Mentaux ou Shériffs.
Sur le rythme marqué et répétitif, la basse entraînante, la guitare intensément brossée, la voix de tête et les choeurs s'en donnent à coeur joie grimpant en ouou-whaha et autres whouhou. 
C'est même une pointe de synthé sucré qui clôt l'affaire.

'No Matter Who "Osei Kofi Tutu I"' s'élance sur un rythme tribal et binaire typé keupon. Evidemment, l'énergie déborde et les textes, harangués, fouettent.
Les accords froids à la guitare rendent le morceau encore plus dur.

'1905 & The Muslim Exception' à l'inverse, fait dans le tube punk. Le rythme rectiligne laisse la guitare tracer la mélodie par un riff mémorable.
Le clip, en noir et blanc, filme les musiciens en action brute et sobre. Le refrain, chanté à plusieurs, donne envie de participer en criant et sautant sur place.

L'encha$inement sur le titre suivant se veut autant musical que thématique.

'A Not-so-Secular State Culturalism' ouvre par une guitare saturée qui claque ensuite un riff simple et efficace devant les métronomes batterie sèche et basse bulbée.
Le mouvement passe du vif et mélodieux au sombre et lent avec une guitare sauce piquante. Le final, en drame glaçant, favorise même le headbanging (influence Ulver avouée).

FACE B : La période contemporaine

'The Phantom Menace', avance inexorablement. Le déroulement musical, tendu, fait crisser tous les instruments en marcher commun. Si certains faiblissent, la batterie se charge de les invectiver.
Un petit passage, cold wave, surprend, par une guitare et une voix réverbérante (presque Marquis de Sade). Puis guitare rapide, voix principale et choeurs se rebellent.

'G. Kepel President Whisperer' C'est ici que la fureur punk atteint son paroxysme : dénoncer, hurler, jouer vite et fort et foncer (sur la trace des Dead Kennedys).
Juste une pause à la basse tremblante, pour reprendre son souffle, et la relance, toutes guitares dehors, emmène les voix jusqu'au bout.

'Dismissed' combine superbement 2 riffs différents, en introduction à une incantation posée et convaincante. Le morceau file, droit et juste, porté par une mélodie évidente sous les coups de boutoir de la batterie imperturbable. 

'Their Turn Trying to Rule the World' enchaîne, sans reprendre son souffle, dans un rythme chevauché et un ton identiques au titre précédent.
La basse tourne en boucle, comme une machine à laver en mode essorage, et ne s'arrête jamais. Après un démarrage très rectiligne et un stop, les voix multipliées et toniques invitent un peu plus de mélodie, à laquelle répond la guitare qui varie ses airs.

'Just a Matter of Time', temps qu'ils n'ont pas ces jeunes gens pressés! On se croirait assis sur la selle d'un cheval.
Tel un marteau, la batterie donne le ton sur un rythme plutôt élevé. Le couplet enfonce le clou. Le refrain, au chant exalté, apporte force et détermination.


L'album respire la spontanéité. La tonalité, pêchue et assez accrocheuse, pourrait presque être joyeuse si on ne savait pas ce qui se cache derrière les paroles.
Les veilleurs de nuit, jusqu'au-boutistes, partent en croisade et règlent leurs comptes.
Le côté direct, parfois post-punk, ne laisse pas le temps de s'ennuyer. Avec des morceaux urgents allant de 2'30 à 3'30, le compte est bon.

The Pineapple Thief + Alex Henry Foster & The Long Shadows @ L'Ancienne Belgique, Bruxelles – 27 Octobre 2021.

 The Pineapple Thief + Alex Henry Foster & The Long Shadows @ L'Ancienne Belgique, Bruxelles – 27 Octobre 2021.

 

Mitch Zoso Duterck.

 

 

ALEX HENRY FOSTER & THE LONG SHADOWS / THE PINEAPPLE THIEF – L’Ancienne Belgique, Brussels (BEL) – 2021.10.27
 
J’ai peine à y croire, c’est le retour à l’AB, enfin ! La dernière fois c’était il y a près de 19 mois, le 2 mars 2020 pour le concert du Marcus King Band. C’était quelques jours avant que s’abatte le couperet de l’embargo décrété par nos politiciens pour cause de Covid. Ça fait tout drôle comme impression, un sentiment mitigé, je dirais. J’imagine que c’est un peu ce que doit ressentir un gars qui sort de prison. Un mélange de soulagement mais aussi de crainte. La crainte que les choses aient trop changé, la peur d’affronter cette nouvelle réalité et celle d’être resté accroché à un passé qui n’existe plus, ne laissant comme perspective première qu’un présent sans repères.
Ça se confirme à l’entrée, Johnny, Serge, Geert et les autres, mes potes d’antan qui étaient en charge des contrôles et de la sécurité ne sont plus là, obligés d’abandonner la place et de retrouver du boulot ailleurs pour continuer à vivre pendant l’embargo. Bon, on fera avec. En tout cas, ça ne se bouscule pas à l’ouverture des portes, à peine une dizaine d’amateurs se présentent timidement, l’air hésitant, comme si c’était la première fois. Reste à espérer que l’affiche proposée ce soir en attirera quelques uns en plus.
La première partie est assurée par Alex Henry Foster, le groupe de post-rock progressif canadien venu de Montréal et qui nous rend visite dans le cadre de la tournée promotionnelle de son album « Not all wonders have been lost ». Spectacle de qualité avec en plus ce petit côté expérimental et aventureux propre au genre. Maître Foster s’essaiera même à saluer le public dans les deux langues nationales les plus parlées chez nous. Il va sans dire que si le français a cet accent tellement savoureux de « caribou-land », il en va autrement avec la langue de Vondel. Tout le monde s’en amuse gentiment d’ailleurs. Une belle découverte assurément.
La tête d’affiche me permettra d’approfondir les quelques connaissances timides (où les grosses lacunes, c’est selon) dont je fais preuve en ce qui concerne « The Pineapple Thief ». Groupe anglais originaire de Somerset, formé en 1999 par son leader Bruce Soord, leur musique est étiquettée « New Progressif » et croyez moi, c’est du très haut niveau.Quinze albums studio et deux live plus tard, le « Voleur d’Ananas » compte parmi les meilleurs de sa catégorie. Le band en fera la preuve sans aucun problèmes tout au long de la soirée, tenant le public au creux de sa main. A lui seul, le batteur Gavin Harrison, vaut le déplacement, il est de la lignée des Neil Peart ou Mike Portnoy pour ne citer que ces deux monstres sacrés là.
N’allez pas croire que les autres musiciens sont des faire-valoir, que bien du contraire. Tout simplement, chacun est bien à sa place et joue dans l’intérêt collectif du groupe et non pour son plaisir individuel. Le tout forme un mélange léché, mélodique, et d’une précision à faire peur. Le public présent ce soir là, environ une demi-salle, ne s’y trompe pas, c’est la première fois que j’entends une minorité ovationner plus fort qu’une salle comble. Mariant subtilement l’électrique et l’acoustique, de « Versions of the Truth » à « Nothing at Best » en passant par « Uncovering Your Tracks » et « Break it All », le quintette fruitier nous fera voyager dans son monde sans jamais avoir envie de regarder l’heure. Un must à revoir, ne les ratez surtout pas. Et ce n’est pas mon ami Guy qui me contredira.
 
Mitch « ZoSo » Duterck.
 
PS setlist voleur d'ananas...
 
  1. Versions of the Truth
  2. In Exile
  3. Warm Seas
  4. Demons
  5. Our Mire
  6. That Shore
  7. Threatening War
  8. Far Below
  9. Driving Like Maniacs
  10. White Mist
  11. Uncovering Your Tracks
  12. Break It All
  13. 13 Wretched Soul

rappel:  Part Zero - The Final Thing on My Mind - Nothing at Best