dimanche 14 juin 2026

Paul Péchenart à l'Annexe à Guingamp., le 12 juin 2026

Paul Péchenart à l'Annexe à Guingamp., le 12 juin 2026

michel

L'annexe, un café associatif niché dans le vieux Guingamp, inauguré il y a deux ans, se décarcasse et organise concerts, soirées jeux, conférences  soirées contes et autres activités culturelles, ce soir ils ont invité    Paul Péchenart!

Si, si, tu connais, ce monsieur peut exhiber un pédigrée que peu de greyhounds ( 1395€ en solde)  peuvent étaler  , membre fondateur des Dogs , le garage band normand, un des premiers groupes rock made in France à concurrencer les anglo-saxons, sideman aux côtés d'étoiles du blues:  Screamin’ Jay Hawkins,  Sonny Rhodes, Champion Jack Dupree, Hubert Sumlin, e a, il te confiera  encore après le set avoir joué avec Johnny Thunders.

L'après Dogs ce sera:  Larry Martin Factory, les Froggies ou Jay and the Cooks, avant de passer , dans les nineties, à la chanson française sous son nom 

 On te souffle!, il a  sans doute, la grosse tête, tu rétorques, P P est charmant, accessible et affable. 

Discographie: sep à huit t albums ( le dernier 'J'attends l'été'  ).

Paul est également l'auteur  de ' Une grosse boule de feu', un bouquin/témoignage  de ses  années rock.

Le concert a lieu, à 19:30,dans l'arrière-salle cosy de l'Annexe, devant une assistance réduite ( euphémisme): deux pelés, pas de tondu et une dame qui ne désire pas être reprise dans la catégorie pelée ( elle ne joue pas au foot) + deux bénévoles.

Paul enfile une antique veste/redingote, souvenir d'un passage à Carnaby Street, elle est ornée de 359 pins, qui doivent valoir une fortune si il les met en vente sur Ebay.

Il débute son set à l'ukulele  par un titre nostalgique, chanté d'un timbre fatigué, si le papier étalé à ses papiers mentionne 'Mon vieux canapé', tu émets un doute  car on n'a pas retrouvé le morceau  sur la toile et puis il prévient qu'il pioche dans la liste sans ordre chronologique, on te signale, en passant, qu'il a murmuré... aucun rêve prémonitoire n'aurait pu me faire savoir.. 

Faisant fi du manque de public, il ramasse sa guitare pour attaquer  'Ostende',  qui sent la brume,  les embruns, James Ensor, les bars de la Lange Straat, les frites, les crevettes, la Rodenbach  ou le parfum ordinaire des filles mini-jupées ( cuir et maquillage excessif)  ....  les artistes adorent la reine des plages, pense à Marvin Gaye, Arno , Jacques Brel, Alain Bashung , Goudi ou Léo Ferré .

Avec ' Jusqu'à l'infini', Paul nous offre une nouvelle ballade à mi-chemin entre Paul Personne et Jean-Louis Aubert, si tu traverses l'océan tu peux penser à un Johnny Thunders, travaillant dans l'intime.

 Paul  Péchenart fait preuve de sensibilité, de circonspection  et  de décence, tu ne dois pas t'attendre à des éclats,  à un discours  virulent, son propos, comme son jeu de guitare précis et fluide , baigne dans l'  univers serein  d'un rocker assagi.

Anecdote, à Sedan, un type me demande si  je ne joue que mes propres compositions et si je n'envisage pas  d'interpréter du  Louis Bertignac. 

Je chanterai du Bertignac quand Louis chantera du Péchenart, fusa la réponse.

' La vie n'est qu'un rêve', groove avec délicatesse, un gars cite Hervé Cristiani en chroniquant un album de l'ancien cabot, c'est pas con .

Et pourquoi pas penser à Antoine  qui n'a pas fait qu'  élucubrer, faut réécouter 'Juste quelques flocons qui tombent.

Pour les Bretons, ' Regarder la mer' est une évidence, tandis que le volatile ' 'Plus léger que l'air' annonce le printemps.

Un pied écrase une pédale à effets, ça sent la mise en boucle, effectivement, la valse bluesy ' En stéréo et en couleurs', décorées de lignes de guitare limpides peut évoquer Chris Rea  ou Gary Moore,a dans ses moments  parisiens.

Un guitariste passe la moitié du temps à accorder son instrument et l seconde moitié à jouer des fausses notes.

Autodérision, tu dis!

'Un arc-en- ciel dans la nuit'  sous forme de roman noir à l'américaine ( Raymond Chandler, Dashiell Hammett ...) dépeint la vie nocturne dans une ville où brillent les néons dans le néant.

Puis vient le  blues 'Là-haut' , au paradis, il se voit entourer d'anges , tu ne confonds pas avec le groupe de death metal  Deicide qui   chante les ' Angels of Hell'.

Avec 'Intacts'   il pose un regard nostalgique sur ses jeunes et folles années avec un clin d'oeil vers Marlon Brando ( The Wild One)  ou James Dean  (  Rebel with a cause).

Intacts, c à d , des rescapés. 

'Un enfant de la rue'  évoque Christophe qui dessinait sur le sable, lui  il dessine des mots doux,  des murmures,  sur les murs.

Poésie urbaine  et rêves d'enfant.

Un marchand de yaourt de Sheffield a écrit un traité visant à créer la chanson parfaite, celle qui plaît à tous, les critères: un refrain facile, des la la la's ou pa pa pa's, du soleil, du ciel bleu... ' In the summertime' de Mungo Jerry correspond au profil, du coup Paul a écrit 'J'attends l'été.

C'est la  plage aux effluves Bourvil du premier set .

Détail, tu viens d'hériter d'une nouvelle voisine,  agitée et sonore qui soliloque à voix haute et à mauvais escient 

 Un repli vers le canapé  s'impose!

Pause 

Mais non, il redémarre avec ... allongé sur mon vieux canapé, j'ai dormi  , par quel titre a -t-il débuté le set 1? 

Le blues 'Il neigeait sur la mer' narre la dure vie des marins, quand Paul joue à Michel Tonnerre, la Bretagne ovationne.

Et toujours en mode chant de marin, il embraye sur ' Mon bateau de tempête', un chanson d'amour iodée. 

Sur l'album ' J'attends l'été', tu as  'Des chansons, des rêves et des illusions'  , une nouvelle plage douce-amère ornée d'un jeu de guitare subtil et lumineux,.

Au bar,  il observe les gars accoudés au comptoir, une bière à portée de main,  des types qui n'ont plus aucune illusion, qui ne rêvent plus, qui quitteront le bar  à l'heure de la fermeture pour rentrer chez eux où le lit froid les attend en vue d'une nouvelle nuit blanche.

' L'été à Paris' où quand Paul Péchemart se prend pour Alberto Moravia  , car Paris en été est synonyme d'ennui.

Il ramasse  l'ukulele  et propose 'J' ai marché sur la terre' avec une citation de Simone de Beauvoir en guise d'introduction.

Quand Paul se prend pour E T, tu souris! 

Naïf, tu disais, ' 'Elle joue au yoyo' est du même acabit, et des flashes  de Henri Salvador viennent égratigner tes neurones.

Ecrire des chansons simples n'est pas chose aisée, comme tous les grands poètes Paul Pécchenart excelle dans cet art et, ce qui ne gâte rien,  enjolive son propos d'un jeu de guitare magique. 

'Il y a des jours' ...  où rien ne presse, ni les soucis, ni les promesses..

De toute façon, le bleu vient après le gris.

Douce mélancolie et  sagesse de celui qui a vécu .

Deux riffs, une fausse queue, , non, pas celle -là!

On passe à ' Nuit blanche et café noir'., un hymne composé pour tous les  glandeurs,  avant de logiquement proposé 'Naturellement flemmard' pour clôturer le set.

Ne fais pas aujourd'hui ce que tu ne feras pas demain, le travail: un cauchemar! 

 

Nous étions quatre, nous avons demandé une dernière  tirade, Paul a  acquiescé et nous sert une nouveauté, la comptine ' Un, deux, trois'!

Un gentleman, comme Jean Gabin!