lundi 13 janvier 2020

Jeanne Cherhal, Nach et Sarah McCoy - Art Rock Hors Saison, Auditorium Hermione, Saint-Brieuc, le 11 janvier 2020

Jeanne Cherhal, Nach et Sarah McCoy - Art Rock Hors Saison, Auditorium Hermione, Saint-Brieuc, le 11 janvier 2020

L'an dernier, le festival briochin avait programmé La Fura dels Baus comme hors-d'oeuvre hivernal avant les festivités de mai, cette année pour le Hors Saison 2, Art Rock propose une soirée 100 % féminine, axée sur le piano.
Devant une salle archi-comble ( au parc des expositions de Brézillet) , Sarah McCoy, Nach et Jeanne Cherhal se sont succédé sur scène pour le plus grand plaisir d'un public enthousiaste qui, probablement, découvrait pour la première fois certaines des artistes programmées.
20:00, l'auditorium  baigne dans une  obscurité totale, Sarah McCoy émerge des coulisses pour prendre place sur un tabouret face au piano, un faible halo auréole la madame, native de Pine Plains, qui a abandonné New-Orleans pour aller s'établir à Paris.
Tu dis, Francis?
Non, l'exubérante Sarah, que tu aperçois de loin, n'a rien aucun lien de parenté avec  l'auteur du même nom qui a écoulé des tonnes d'exemplaires de son 'The Baker's Daughter'.
La bio de la singer- songwriter évoque une vie déréglée, des cabarets louches, des années de busking, la formation d'un groupen ' The Oopsie Daisies', avant de faire l'objet d'un documentaire réalisé par Bruno Moynie qui organise pour elle une tournée en France.
La suite, c'est un premier album officiel, 'Blood Siren' produit par Chilly Gonzales.
Sa carrière est lancée!
Elle entame le show par ' Boogieman', d'une soulful voice pouvant évoquer Amy Winehouse ou Billie Holiday.
Le morceau, faussement indolent, aux allures cabaret évoque l'univers de Tom Waits ou de Kurt Weill et quand elle effleure le terme, la madame nous gratifie d'un rire sardonique digne de Méphistophélès.
En français, suave, : le boogieman c'est moi, je fais peur aux enfants, je me cache sous leur lit!
Le ton est donné, le côté sombre des titres est contrebalancé par une bonne dose d'humour et de sarcasmes.
'Between the lines' est amorcé au piano par une attaque agressive, l'extravagant personnage aux  yeux pailletés  part en blues/gospel, sa voix  ample te cloue sur le fauteuil, tu te mets à transpirer et ton cerveau revoit Bessie Smith  ou Nina Simone mais aussi des arbres auxquels pendent de strange fruit peu comestibles.
Ah, les fantômes!
Je bois un petit coup de pinard, c'est pas de la piquette, avant de vous proposer la ballade bluesy ' Red hot' .
Nouvelle confidence, ma vie est un petit bordel et j'ai signé un pacte avec le diable.
 'Devil's prospect' dégage des accents voodoo, elle n'a pas vécu à New-Orleans pour rien... Dr. John eut aimé.
Sans pause, Sarah embraye sur le désespéré et théâtral  'Pistol whipped'.
Qui sont les démons qui la hantent, va savoir, elle se soigne en avalant une autre gorgé de vin rouge et soudain c'est à une autre hallucinée que tu penses, Amanda Fucking Palmer.
Freak un jour, freak toujours!
J'ai écrit 'Someday' quand j'avais 23 ans, l'année dernière, elle éclate de rire avant de nous balancer another sad song dont elle a le secret.
Elle nous invite à un moment intime, amer, avec la lettre à sa mère, ' Mamma's song' .
...I don’t like who I am
I am a monster, I am a beast...
Il y a de quoi cauchemarder!
Tu croyais qu'elle avait touché le fond, erreur monumentale, la suivante est encore plus désespérée , elle expulse le texte, implore...is there anyboduy out there... on est là, elle ne nous voit pas, faut la sortir de ce mauvais pas.
Morceau achevé, la diva signale aux techniciens qu'elle compte jouer le blues autobiographique, légèrement corrosif, 'Beauty Queen' et après nous avoir souhaité une banana ( tu traduis bonne année) , c'est avec 'Fearless' que s'achève un set magistral .

NACH
Ta première rencontre avec Anna Chedid date de 2015, au Brussels Summer Festival,.
Un concert récréatif, sans plus, la soeur jumelle de Joseph, fille de Louis, et soeur cadette du flamboyant  M, se mouvait dans un univers variété française, pré-rap mou prédominant.
Près de cinq plus tard, Nach a étoffé son catalogue qui se chiffre dorénavant à 4 EP's et deux albums, le dernier 'L'Aventure' est sorti en 2019.
Le piano a changé de place, désormais tu entrevois l'artiste, très élégante dans un tailleur- pantalon blanc, de face.
Elle démarre par la plage donnant son titre à l'album ' L'Aventure', la longue intro nous donne l'occasion d'admirer son toucher, la voix s'élève claire, précise, Saint-Brieuc s'apprête à la suivre pour  un périple de 65 minutes.
C'est flippant d'être obsédé par quelqu'un, voilà le thème de 'Moi tout à toi', Saint-Brieuc assure les choeurs, Anna a lancé de gros beats en actionnant une boîte à rythmes invisible.
Après deux titres, une bonne partie de l'audience a saisi que Nach n'évolue pas dans la sphère, torturée, de Sarah McCoy, il est plutôt question de frivolité et d'un brin de candeur.
Après le plus ancien et accrocheur  'Coeur de pierre' vient 'Le bon moment', il est victime d'un faux départ.
Pas de panique, l'accouchement ne se déroulera pas dans la douleur.
Non, il ne s'agit pas d'une reprise d'Arno, 'Dans les yeux de ma mère' joue la carte de la tendresse à la manière d'une Barbara ou d'une Anne Sylvestre, par contre, les effets caoutchouteux habillant le chant  nous semblent superflus.
Une voix off amorce ' A l'autre bout du monde', des images sont projetées sur un écran installé à l'arrière de la scène.
La boîte à rythme, envahissante, réapparaît.
"Oh oui je t’aime” est  extrait de l’album NACH, il est suivi par 'Allo' , un  titre  émouvant, composé sur la rade de Brest.
J'ai la joie  d'accueillir Jeanne Cherhal pour vous interpréter un duo à quatre mains et deux voix, et dans la nuit jaillit une lumière.
Les inflexions Véronique Sanson présentes sur  'Mon meilleur et mon pire' n'ont pas convaincu ton alter ego qui ne jure que par la simplicité, le naturel et le sans-maquillage.
Bleu, rouge, vert, gris, rose, jaune,  une seule couleur  vraiment compte ' La couleur de l’amour'.
Le peintre a rangé sa palette et entame 'Joe' , dédié à son frère Joseph, avec lequel elle a composé son dernier album.
Il y a du Michel Berger dans le mélodique 'Ce qu'ils deviennent',  par contre l'adaptation de  ' La nuit je mens' de Bashung  n'est pas véritablement une bonne idée.
L'exposé s'achève par 'Poids plume'.
Verdict, mon ange?
Anecdotique, je ne suis pas emballée.
T'es sévère, une bonne partie du public n'est pas de ton avis et réclame un bis.
C'est a capella, en se promenant dans les travées, que Nach propose une version alternative de 'Allo' .

Changement de décor pour Jeanne Cherhal.
Sur fond 'Tubular Bells' les roadies installent un drumkit, un jeu de basses, un orgue et un second piano sur scène, celui de Jeanne est resté au même endroit, le couvercle a été rabaissé.
En 2018, l'enfant de Nantes a fêté 40 ans d'existence, du coup un  septième album studio a reçu 'L'an 40' comme  appellation, contrôlée.
 Le vieillissement  peut potentiellement améliorer la qualité du vin, c'est le cas pour la gracieuse jeune dame, elle a enregistré une bonne partie de l'album à L A, en s'entourant de pointures telles que
Jim Keltner ou  Matt Chamberlain.
Ce soir,   les excellents Christopher Board , piano et claviers/  Juan de Guillebon, basses et  Toma Milleteau, batterie, la secondent.
Le trio lance la première salve, Jeanne, gracile et souple, surgit au pas de course, vient tapoter les touches et chanter 'Le feu aux joues'.
Arpèges fluides, voix assurée et limpide, c'est bien parti!
Après la  séquence d'auto dérision 'Fausse Parisienne' vient 'L'an 40' , épanouissement, sagesse ou lente descente vers l'abîme?
Elle est lucide, Jeanne tout en s'exprimant de manière poétique , mais le groove n'est jamais loin comme dans 'Fleur de peau'.
Jeanne avait écrit ' Un dimanche de janvier',  en souvenir des marches du 11 janvier 2015 après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, pour Johnny, elle n'avait jusqu'ici jamais interprété cette chanson pudique sur scène.
C'était une primeur pour Saint-Brieuc, dans la salle, ils étaient nombreux à avoir versé une larme.
Et que dire de 'César' , une confession intime dévoilant la naissance par césarienne de son fils, pas question de détails glauques ou de propos cliniques, tous est dans le non-dit, dans l'évocation.
Un tour de force, applaudi à tout rompre, d'autant plus que Jeanne se paye une danse tribale tandis que le batteur prend sa place derrière le piano et que Jean troque la quatre cordes pour le drumkit.
Exit les garçons, Miss 40 piges solo, pour 'Quand c'est non, c'est non', ou comment aborder toute l'horreur du viol sur un air délicat en utilisant un vocabulaire imagé.
Très fort!
Référendum, je joue une seule reprise, à vous de choisir, Michel Jonasz ou Dalida?
A l'audiocrimètre,  Dalida l'emporte!
' Parle plus bas' car on pourrait bien nous entendre. Quand Dalida chante Nino Rota, tu pleures, pareil pour la Cherhal!
Elle disparaît tandis que les musiciens reprennent place.
Ooh, ooh, fait la salle,  la chanteuse a enfilé une mini-robe scintillante, elle vient s'accouder sur l'orgue de Christopher et amorce l'émoustillant et métaphorique  'Cheval de feu'.
Sensualité ne rime pas forcément avec gaudriole, du grand art, à nouveau!
Après le romantique ' Racines d’or' , elle lâche... une dernière et on s'en va...  il est minuit 20', le plus ancien ' Certains animaux' clôture une prestation exemplaire.
Public debout et double rappel amorcé par le rondo ' J'ai faim ' avant l'hommage vibrant à Jacques Higelin, ' Un Adieu',  décoré d'une intervention Procol Harum à l'orgue.

 Jeanne Cherhal sera en concert à Caluire-et-Cuire ( Rhône ) le 17 janvier!