lundi 14 février 2022

UKAN au Mar'mousse - Kav & Bar, Plérin, le 12 février 2022

 UKAN  au Mar'mousse - Kav & Bar, Plérin, le 12 février 2022

 

NoPo

 

 Le moment vient de porter l'EP Ar-spi ( http://www.concertmonkey.be/albumreviews/ar-spi-ep-ukan ), encore tiède sorti du four en Novembre 2021 (mais bien chaud à l'intérieur).
Tout se passe au Mar' mousse 20H30, port du Légué, côté Plérin où Kevin joue à domicile.
On a déjà eu l'occasion de le voir et l'entendre, à ce même endroit, plusieurs fois, à 5 musiciens, ou à 2 et cette fois à 4, Kevin aime varier les plaisirs.

La quadrette, qui a enregistré le disque, se présente au complet :
Kevin Ruellan, chant, claviers, saxophone ténor
Gaëtan Buzaré, guitare électrique
Eva Montfort, basse
Arnaud Le Breton, batterie

Le troquet propose de bonnes bières à son public, assez jeune, mais il ne pense pas aux anciens en perte d'ouïe, aïe! Si peu de décibels pour des chansons si belles...
Lemmy disait "Si c'est trop fort c'est que t'es trop vieux !", me voilà rassuré ce soir!

A cette occasion d'une revue complète du répertoire, le groupe joue tout et le reste, on a même droit à 2 services... 2 concerts pour le prix d'un, qui plus est, gratuit, pas mal!

Départ dans l'ordre du dernier EP, l'ode au loup et l'espoir ouvrent avec aisance la séance.

'Kanenn ar bleiz' permet à Gaëtan de montrer de quel bois il se chauffe; il riffe dru et ça pourrait péter bien plus avec les potards à 11!
Le morceau alterne ces moments hargneux avec des passages en coulures prog, le tout dans une belle mélodie.

'Ar spi' astique la piste de danse sur la Pauline, chaloupe, sur laquelle le groupe a navigué sous le soleil entre le Légué et Dahouët.
Un plaisir perceptible sur ce morceau joyeux à la basse rebondie et la guitare funky.

Puis l'heure de la révolution approche. 'Hon dispac'h' (sur le 1er EP de 2016) avance sombrement avec des claviers virevoltants, Kevin chantant plutôt en harangue vindicative.
Arnaud surprend avec des cymbales couchées l'une sur l'autre et sa double caisse claire qui claque.

La plage suivante donne l'opportunité à Kevin de faire une petite leçon à Arnaud, le dernier recruté et débutant en breton.
"C'est 'Ma hent din', ma route à moi et pas 'Ma hent dit', ma route à toi, c'est bien moi qui chante!". Le batteur, amusé, avoue toute ignorance de la langue.
Le morceau, extrait du CD précédent, possède une mélancolie émouvante qui nous emporte avec elle sur un rythme chaloupé. L'intro, retravaillée, invite un clavier électro et une guitare vivace.

'In memoriam' interprété uniquement en live, se veut un hommage touchant à un ami disparu.

La cadence très dansante prend le contrepied du titre 'Dansal en ur lenvan' (danser en geignant) écrit au moment des incendies en Amazonie, rappelle Kevin et donc avant d'autres catastrophes.
Le morceau enfonce, avec insistance, ce clou rythmique comme une malédiction jusqu'à la digression philosophique 'We don’t protect nature, We are nature'

'Den ebet all' signifie 'personne d'autre', une chanson d'amour alors? Ce morceau guilleret ouvrait le premier EP.

Après, j'ai noté 'An dle', kesako? J'ai du buggé ou avoir une absence, je ne me souviens pas, t ki toi?

Vous l'attendiez tous, voici 'An alkemiour', l'alchimiste qui change tout! La compo m'a toujours enthousiasmé, plus encore en concert, et ce soir, elle me permet d'apprécier le jeu de basse ondulant de Eva.
Je sens souffler ce même vent de liberté que sur 'Ride like the wind' de Christopher Cross, l'époque où je glissais cheveux au vent et jambes en feu (si si!) sur le dancefloor!

Puis c'est au tour de 'Du man' de me prendre les tripes cette fois avec son piano noir et sa voix solennelle!
Le morceau qui donna naissance à Ukan sur le Net, début 2016, avec un clip filmé dans un manoir à l'ambiance quasi napoléonienne.

Dans les derniers titres, Kevin saisit et secoue son saxo en fricotant avec le free jazz, transformant complètement les arrangements studio. Riche idée!
Deux extraits du 1er enregistrement d'abord.

'Ene ar bed' (l'âme du monde) se reflète bien sombrement comme une dans les yeux des soldats partant, au pas, au combat.
En contrepoint, la superbe mélodie principale entraine les coeurs vaillants.

'Da garantez', la chanson d'amour selon Ukan. Son enchainement, du couplet sur piano languissant au refrain à la mélodie somptueuse, reste un envoûtement.

Conclusion avec le récent 'E lec'h ma fell din mont' (là où je veux aller). Le clavier fricote avec le riff rapide et funkysant de la guitare.
Un OVNI jazz prog, piloté par Kevin et particulièrement propice à l'expression du saxophone.

Mais non, le mot 'FIN' s'estompe, Kevin décide, par surprise, d'une autre' (une autre!) alors que Gaëtan avait déjà joué 'Débranche'.
Arnaud, lui aussi, pris au dépourvu, confesse ne pas en avoir mis une dedans sur celle-là! Moi aussi, j'avais un peu baissé le rideau, je n'en sais plus le titre ...

Il faut dire qu'après plus d'1h30 de musique, en comptant les 2 tours, ils avaient donné, généreux Ukan!
Non, je ne me lasse pas de louer ces gens et je vous encourage à les découvrir à la moindre occasion, vous en garderez un super souvenir!



SET LIST
Kanenn ar bleiz
Ar spi
Hon dispac'h
Ma hent din
In memoriam
Dansal en ur lenvan
Den ebet all
An dle
An alkemiour
Du man
Ene ar bed
Da garantez
E lec'h ma fell din mont

dimanche 13 février 2022

Album- Animal Triste : Night of the Loving Dead

 Album- Animal Triste : Night of the Loving Dead

 m/2L* [PIAS]

NoPo 

ANIMAL TRISTE Night of the loving dead 2022

Un film d'horreur rempli de morts vivants me vient instantanément à l'esprit. Animal Triste passe au gore? Gore au gorille? Ben non, change tes lentilles, c'est loving pas living! Bah... pareil, "Living loving" chantait Led Zep.
Les normands m'avaient bluffé avec leur premier LP lunaire en 2020 (http://www.concertmonkey.be/albumreviews/album-animal-triste-%E2%80%93-animal-triste) et ils confirment leurs capacités nocturnes en ce début d'année.
Cette fois, ils ne dansent plus dans la nuit, ils y errent, sans erreur, avec la prestance de ceux qui savent où ils vont.

L'équipe se maintient à 6 dus (des anciens de la Maison... Tellier, Darko, Radiosofa et ...Dallas):
Cédrick Kerbache: Basse
David Faisques: Guitares / Claviers
Fabien Senay: Guitares
Mathieu Pigné: Batterie
Sébastien Miel: Guitares
Yannick Marais: Chant
+
Peter Hayes (Black Rebel Motorcycle Club, une de leurs références) : Guitares / Invité 
Mathieu interviewé par Amélie de la boite à musiques ( https://la-boite-a-musiques.fr/2021/12/08/animal-triste-2/ ) :
"Le mec il t’envoie un truc où il joue de la guitare d’abord sur une de tes chansons puis sur deux et pas que de la guitare, il a rajouté des claviers.
Et je me souviens lui écrire « je ne sais pas comment te remercier », et il me dit « non c’est le plaisir de la musique ». C’est juste incroyable."

Forcément, échafauder un nouvel album sur de telles bases doit motiver et donner un résultat à la hauteur.
A commencer par la pochette de Léonard Titus (Jean Charles Durand, ami du groupe) qui a eu l'idée de planter le logo en bois, comme un sapin (pas celui du cercueil!), dans son jardin avant de l'enflammer.
Cette flèche, présente dans les deux 'A' de Animal, indique un objectif vers le haut du ciel crépusculaire.

Et la galette me direz-vous? Flambée au trou normand, elle allume un post-punk déchirant, sensible et fier!


Simple Minds me plait toujours autant. Non, je ne me trompe pas de disque, je sais qu'Animal Triste ne visite pas vraiment les mêmes contrées... quoique... (écoutez 'Dolphins' des écossais sur Black and White 2005 par exemple!)
Sur 'Machine Love' (jadis travaillé par Darko), j'ai l'impression d'entendre le meilleur des esprits, le plus organique.
La voix vibrante de Yannick prend des intonations amples et exaltées à la Jim Kerr mais je lui trouve une certaine fragilité gagnant en profondeur.
Et pourtant les premiers mots 'Will you drive in the moonlight' font plutôt immanquablement penser aux Doors.
Le titre, monolithique, joue sur des tons sombres où synthé, basse, batterie enfoncent le clou pour mieux libérer les déflagrations de cymbales sur une fontaine de guitares réverbérantes, au plus fort des derniers instants magnifiques.

'I'm addicted to the night' si c'est pas triste ça... et pourtant! Et pourtant la beauté écrase la tristesse transformée en aspiration 'attracted to the bright lights'.
Sur le clip (Stéphane Maunier), le logo brûle telle la croix du Klu Klux Klan qui finit par se dédoubler en s'inversant.
Les guitares, dont celle de Peter Hayes, pleurent la mélodie ardente de 'Tell me how bad I am'. Le chant de Yannick s'y pose avec délicatesse.
Un son proche de la slide, tout en écho sur un grondement, donne de l'emphase et de l'authenticité.

Derrière un riff ourlé, suivi d'un cri, 'The gift of love and fear' impressionne par son rythme martial et le bourdonnement de la basse.
Dès les premiers mots 'Was this girl made in heaven or was she born in hell?', la guitare se retient, suspendue au bout d'un fil.
Le titre me fait l'effet d'un classique à la Nick Cave même si la voix de Yannick n'atteint pas la noirceur de ses graves.
Les gars raffolent du crescendo, parti de loin et montant ici dans larsen et fougue électrique pour conclure.

Le piano ténébreux bouleverse,  l'intro de 'Animal Years' ferait penser à The National, mais un rayon sort de l'ombre, un visage éclairé...
Une voix chargée d'émotions, pleine de conviction, clame la raison d'être de l'animal 'All of the darkness strangely fades away, we saw the lights inside, we knew we had to stay'... lumineux!
Plus tard, les toms résonnent sous un rebond lourd. A l'inverse les touches du piano s'envolent comme des étoiles scintillant au dessus des toiles de guitares.

'Mary full of grace' livre une autre ambiance particulièrement électrique, tendue, acérée. Les claquements d'éclairs à la batterie recouvrent la basse orageuse.
Les grattes grondent puis les cymbales agonisent et une guitare, perchée, lacère on the edge (early U2). Titanesque!

'E.V.I.L' renvoie au heaven and hell de 'The gift of love and fear'. 'Don't be afraid to die' ne s'accepte pas aussi facilement.
Des murs de guitares sulfureuses, industrielles jaillissent parmi les passages lourds, dominés par les roulements de batterie.
Quelques choeurs fantomatiques expriment leur douleur. La version rouennaise du doom sabbathique?

Dans 'With every bird', guitares et voix plaintive m'évoquent le classieux Certain General. La rythmique marque puissamment alors que Yannick psalmodie.
Les nombreuses guitares (feat. Peter Hayes), égrenées, dégagent des notes cristallines. Les frappes sur les toms font mal et quand ça fait du mal, c'est que ça fait du bien (ah bon?)!

Le riff en boucle de 'Afterlife' accroche d'emblée l'oreille surtout derrière cette grosse basse vrombissante claquée par les baguettes.
Le morceau bouillonne de vigueur. Les vocaux modulent différemment, un peu épileptiques (par moments j'entends le timbre nasillard de Bob Geldof-Boomtown Rats-).

'Play God' retourne un couteau dans la plaie, on sent son frottement dans le riff acide de la guitare et le sang couler sous les frappes appuyées.
Intense, le titre remue tout autant l'estomac, qu'il faut bien accroché. La voix s'allonge, solennelle et belle. On croit entendre un mellotron derrière le fracas qu'il accompagne.
Soudain, ombrageux, il vient gonfler les rugissements jusqu'à l'explosion puis, après un temps de respiration difficile, il abandonne l'effondrement progressif et strident tout au bout. Fascinant!

'Diamond dreams' s'appuie sur une corde serrée et répétitive, ce n'est pas celle du pendu même si le coeur se serre sous cette mélancolie.
Une 2è guitare se manifeste dans le lointain. Un sifflotement, presque guilleret, lui répond, en apaisement. Une conclusion sensible et prenante, un envoûtement!

Bouche bée, je me fige... ou presque car mon coeur bat la chamade.
Il me reste l'écriture pour dire tout le bien que je pense de cette Oeuvre avec la majuscule, 'O' là-haut!



TRACKLISTING
1-MACHINE LOVE
2-TELL ME HOW BAD I AM (Feat Peter Hayes)
3-THE GIFT OF LOVE AND FEAR
4-ANIMAL YEARS
5-MARY FULL OF GRACE
6-E.V.I.L
7-WITH EVERY BIRD (Feat Peter Hayes)
8-AFTERLIFE
9-PALY GOD
10-DIAMOND DREAMS

jeudi 10 février 2022

Album- Vanessa Philippe - Soudain les oiseaux

 Album- Vanessa Philippe - Soudain les oiseaux

 Le Poisson Spatial

( michel)

 

Déjà un cinquième  recueil pour Vanessa Philippe,  qui partage avec Patricia Kaas des origines lorraines (sans sabots dondaine), " Soudain les Oiseaux" paraît près de quatre ans après "A l'abri du vent".

Vanessa, lors de diverses entrevues avec des journalistes, a confié que cet album  constitue  un hommage à sa grande sœur disparue en août 2019.

Si le deuil en est l'inspiration essentielle,  l' auteure, compositrice et interprète, a  voulu doter les chansons d'arrangements pop joyeux pour neutraliser la mélancolie inhérente au thème.

L'album a été enregistré et réalisé par Pascal Parisot ( il se charge de tous les instruments virtuels et des guitares) et mixé par Angy Laperdrix, Vanessa Philippe a signé les 12 compositions.

1. Si ce soir-là
2. Soudain les oiseaux
3. Sister
4. Pantalon de soi
5. Suivre le soleil
6. Les maux
7. Parfois
8. Malgré tout
9. Trop de larmes
10. Une autre Planète
11. Combien d’efforts
12. Paradise

 

Une pochette surréaliste:  alors qu'il est question d'oiseaux, c'est dans  un bocal contenant un poisson rouge que  l'énigmatique jeune dame a glissé son visage, recouvert d'une capuche, la faisant ressembler au petit chaperon rouge, si ce n'est que la combinaison  de cosmonaute enfilée, est argentée.

Le fond bleu, la teinte orangée du carassin doré , le gris de la tenue spatiale,  le ton  crème du visage, rehaussé par le rouge feu des lèvres, produisent un bel effet de surenchère de couleurs.

La photo est signée Elisa Paci.

Comment dompter le deuil sans sombrer dans le pathologique?

 Vanessa propose une mélodie faussement détachée,  ' Si ce soir- là'.

Tu ne reviens pas...je bois de la vodka et je pense à toi.... la tendre rengaine, chantée d'un timbre fragile,  prenant fin sur fond de guitare grinçante, amène l'auditeur à déchiffrer le chagrin  dissimulé derrière l'apparente légèreté du décor sonore.  

' Soudain les oiseaux', Vanessa écrit, compose, chante, on a omis de dire qu'elle dansait et réalisait ses clips. Il faut absolument que tu jettes un oeil sur celui qui illustre la chanson-titre, si tu es fan de Magritte, qui lui aussi avait un faible pour les poissons , les oiseaux, les sirènes ( enfin, les sirènes à tête de poisson mort,  aux jambes et au sexe féminin), tu seras au comble du ravissement.

Note pour le président de Gaia;  aucun animal n'a été maltraité durant le tournage du clip et le fond musical, liquide, forcément,  a été amorti pour ne pas terroriser les bébêtes.

Avec une oeillade en direction de   Jane Birkin, le bilingue  ' Sister'  dresse un portrait sensible de la disparue. La fragilité du fond sonore, accentuée par des cordes éthérées, une guitare finement égrenée et un chant chaste,  transforme la plage en élégie pudique. 

La valse ' Pantalon de soi' ( non, ne cherche pas le e) peut faire songer  à ' They dance alone' de Sting, sans le côté tragique. En rêve, Vanessa revoit sa soeur, enfile certains de ses attributs  vestimentaires et danse avec elle.

Un subtil solo de guitare décore la touchante mélodie.

' Suivre le soleil' , dont le clip a  été nommé Best Pop Music Video at the Munich Music Video Awards, sous des allures désinvoltes,  cache une cicatrice profonde, éclairée par les dernières lignes de la chanson... Le temps est venu Tout s’en va et moi je reste Le temps est venu Tous s’en vont et moi je reste...

Exprimer la douleur par des mots n'a jamais été une opération aisée, Vanessa Philippe s'en tire avec tous les honneurs, ' Les Maux', de façon imagée, décrit son désarroi, la tentation de mettre fin à ses jours pour rejoindre celle qui est partie.

Pudeur et tendresse caractérisent ce grand morceau, construit sur un piano aux accents Frédéric Chopin et une orchestration digne du "Bal des Lazes" de Polnareff, avec comme des effets de theremin en background.

Démarrage en pizzicato pour ' Parfois' , un titre, à l'orchestration superbe,   qui  t'invite à un voyage du côté des pays du soleil couchant ,  si tu crois voir l'image de la soeur volatilisée, c'est probablement  un mirage!

Comme enregistré dans une grotte, ' Malgré tout' ,  ses effets d'écho, son instrumentation minimaliste et les palabres entendus en bruit de fond , amalgame à nouveau songes et réalité.

Qui suis-je, elle?

Moi?

Qui n 'est plus, elle, moi?

C'est ta mort qui me tape sur le système,  qui me tue... et pourtant je vis!

Certains parlent du leitmotiv wagnérien, de grundthema , pour expliquer la récurrence d'un sujet, il en va de même chez Vanessa Philippe,  'Trop de larmes', sous un emballage musical forain, dévoile encore et toujours les mêmes blessures.

Les plaies mettront une éternité à se cicatriser, ...trop de tristesse, trop de souvenirs et pourtant, le passé devient flou...  

J'aimerais tant m'évader sur "Une Autre Planète"...

Bonne nouvelle, Miss Philippe,  la Nasa a découvert une autre planète de la taille de la terre dans une zone habitable, je te refile le numéro de Jeff Bezos, il t'y emmène pour presque rien et là-bas tu pourrais danser le menuet avec les vagues.

Un tour de clé, la boîte à musique se met en marche, les figurines miniatures, jolies ballerines échappées d'un tableau de Degas, pirouettent  gracieusement sur l'éphémère ritournelle qui, sous un aspect charmant, cache un trouble profond, ' Combien d'efforts'  pour t'apporter du réconfort?

Fin logique, in English, she must be in ' Paradise', on se rejoindra là-bas, tiens- moi une place au chaud. On regardera  'La mélodie du bonheur',  version originale ( The Sound of Music) à deux, et à l'entracte on ouvrira la fenêtre pour contempler les paradisiers déployer leurs plumes pour la parade nuptiale.

 

"Soudain les Oiseaux', un album intime à la poésie omniprésente, élaboré sous forme de catharsis, qui fait du bien  et apaise. 


En concert le 23 février aux Trois Baudets ( Paris).

 

 


 




 

 

 






 

lundi 7 février 2022

Les Sea Girls à l' Espace culturel Le Grand Pré, Langueux, le 5 février 2022

 Les Sea Girls à l' Espace culturel Le Grand Pré, Langueux, le 5 février 2022

michel

C'était le 4 février 2017, elles étaient quatre à l'époque, déjà addict aux paillettes, strass,  mascara et pompes scintillantes, les Sea Girls avaient ensorcelé le Grand Pré à Langueux.

Cinq ans plus tard, une des femmes de mer ( matelote, même pour les "iel" n'est pas reconnu, sauf pour une blanquette de poisson)  a quitté le chalutier, il en reste trois, plus deux moussaillons, pas maladroits, c'est bien assez pour galvaniser le bon peuple sevré depuis trop longtemps.

Donc, les Sea Girls après avoir débarqué à Paris et avoir  médusé le Café de la Danse,  ont mis le cap sur la Bretagne pour présenter leur dernière revue ( la cinquième, déjà) , baptisée ' Anthologie ...ou presque', un show qui reprend le meilleur d'un répertoire peaufiné depuis une vingtaine d'années.

Les artistes, au féminin:  Judith Rémy, Prunella Rivière et Delphine Simon ( elles chantent, dansent , illusionnent, polémiquent, miment, se moquent et jasent)  / au masculin: Dani Bouillard ( guitare, mandoline) et Vincent Martin ( batterie, cajon, flûte, melodica...).

Avertissement: tu ne filmes pas, tu oublies les photos, tu ne tousses pas, tu ne ronfles pas, tu ne reluques pas le décolleté plongeant d'une voisine occasionnelle dont le conjoint fait du bringue à une gamine de 17 ans, assise à sa gauche.

Bref, tu ne te comportes pas comme un marin lâché dans la nature après quatre mois passés en mer.

Le décor: très sobre, à l'arrière, punis, les musiciens, à l'avant, les nanas de blanc vêtues, it's Saturday Night Fever, kids, coiffures afro improbables (Angela Davis, assise au premier rang , est fan), eyeliner et rouge à lèvres d'une sobriété exotique.

On peut commencer! 

Une voix off, donnant  la définition d'anthologie précède une première tirade librement inspirée d'Aristophane, 'Les Sea Girls au pouvoir' , mais ce n'est pas à  Athènes que nous emmènent les allumées,   mais bien du côté de Broadway ou, peut-être, Chez Régine, au choix.

Déjà, la salle se tord de rire, l'humour décalé, un brin insolent, fait mouche.

Langueux n'existe pas, ici c'est Las Vegas.

Vont se succéder: ' Petits fours et Boudins' sur accompagnement jazzy qui  évoque Les Frères Jacques , 'Tout le monde pleurait'  une composition de Jean-Max Rivière, le paternel de la grande Prunella, dont les textes ont été chantés par Juliette Gréco, Serge Reggiani ou Brigitte Bardot, e a . , et l'ineffable ' Little Bobby' , interprété par Judith, transformée en lilliputienne irascible.

Le plus petit cowboy des Etats- Unis possède un cheval,  non, pas Jolly Jumper, mais Mimie Mathy. Tu vois le style, humour professeur Choron au féminin, sur fond musical country et western à la sauce  Joe Dassin ou Annie Cordy.

La suite de chansons est interrompue par des interludes rock'n'roll ou des sketches, pendant lesquels le public, aussi ébahi que les spectateurs visser devant  le petit écran aux côtés  d' Henri Salvador, qui zappe de chaîne en chaîne et  tombe à chaque coup sur Zorro, apprend que le titre 'Anthologie' ne faisait pas l'unanimité.

Delphine, légèrement dyslexique, voulait opter pour ' florilège' et Prunella, intellectuelle, préférait  'chrestomathie' .

Après un tour de magie barré, le trio enchaîne sur "Oups j'ai encore oublié le gaz en sortant", une image de la vieillesse, vaudevillesque,  n'épargnant personne, ni Sardou, ni Drucker, tout ça en mode Jacques Demy/Michel Legrand.

Hilarant, acerbe et subtil à la fois.

On se méfie, elles avancent ' J'ai un plan', puis entament un pas de danse avec mouvements pelviens à faire rougir Elvis.

Plus glamour que  Marine, plus pécheresses que Pécresse et plus vertes que Jadot, elles nous en font voir de toutes les couleurs.

Judith   s'empare d'un ukulele pour massacrer ' Jeux Interdits' , une copine se transforme en baleine sénile, ça délire  ferme,   ' Gourmande' ,  ' Rater l''amour', ' Partons en chasse' défilent, on a droit à une séquence British avant une parodie savoureuse des Andrews Sisters.

Prunella nous la joue diva, pas celle de Beineix, plutôt en mode Céline Dion, aïe, ...un de ces jours je vais crever comme tout le monde... la voilà transformée en Edith Piaf, heureusement le second degré refait surface.

Direction la Sologne, ' Partons en chasse' , carré blanc, un coït est simulé, une fois les carabines remisées , elles attaquent  le charmant ' Bisous'  puis décident de nous emmener du côté de Cuba pour un cha-cha-cha tendance nymphomane ' Avec mon chat', le minou qui doit les consoler de tous ces mâles bourrés de défauts.

Elles sont imprévisibles, après une séquence tribale où elles endossent le rôle de King Kong  vient le caustique cantique de 'Noël', politiquement incorrect et truffé de vérités qu'il vaut mieux dissimuler.

L'horreur suit avec " Le petit lapin' transformé en terrine, pour digérer le pâté en croûte, elles entament une danse celtique à rendre jaloux la troupe de Riverdance.

Il manquait du Patricia Kaas, voici ' J'aime les Hommes' interprété a capella puis vient le titre qui fait passer Kenji Girac pour un plouc , ' L'Andalouse'.

Imagine Dalida  détriplée  entamant un flamenco délirant sur fond de remake de La Cage Aux Folles, trop drôle!

' La fin du monde' ,  à Rio c'est moins triste et si tu penses à Sacha Distel pour le fond sonore, c'est normal.

Faux outro, avant un final Liza Minnelli: ' Pipi sur le gazon'.

Une voix derrière toi: chéri, c'est pas sur la pelouse que je me suis soulagée, c'est dans ma culotte, de rire!




 






 


Album - ARCHI DEEP – Lightning Concept

 album - ARCHI DEEPLightning Concept

 

NoPo 

ARCHI DEEP Lightning Concept 2022

Depuis 2013, 3 musiciens constituaient Archi Deep & The Monkeyshakers... mais c'était avant...
Ils écoutent Bashung, Higelin, Thiefaine et travaillent avec son fils Lucas.
En 2018, ils décident de se limiter au duo et d'oublier les singes confirmé sur l'album de 2019 'I ain't no monkey'.
Lightning Concept sort en en 2022 avec Arthur Di Piazza (un nom fait pour le rock nous confie Little Bob), guitariste-chanteur à l'origine du projet, et cette fois, Richard Bertin à la batterie (après quelques roulements mais pour un batteur, c'est normal).
Ce dernier collabore avec Nagui pour ses émissions 'Taratata' et 'N'oubliez pas les paroles'.
Quant à Arthur, le couteau suisse d'Oléron, il écrit, compose, enregistre et mixe. Il a aussi décidé de la signature : Archi, pour Archibald (son deuxième prénom), Deep, diminutif de son patronyme (DIP.iazza).


Le disque, d'abord dévoilé sous forme de 4 EPs, explique la présentation en 4 parties distribuées à l'unité sur chaque carton précédent.
En effet, 4 éclairs de couleur flashy, en mode 3D, accueillent 'Archi' au sommet et 'Deep' sur la tranche. Ecriture psychédélique pour un design signé S'moon signs et Marguerite.
L'idée? Lighting Concept, c'est marqué dessus!

4 EP's, ça fait combien de titres? Ah 15 à la douzaine... archi beaucoup, faut bien ça!
Archi Profond? Voyons ...


'Mr Government' construit son blues rock sans frime. J'ai senti cette naturelle attitude chez Roman (Gaume) Electric Band ou Inspector Cluzo, des artistes aux racines profondes.
Les choeurs angéliques en 'ouh ouh ouh' et les sifflements rendent le morceau faussement pop.

'All was left of me' flotte sur une gratte sèche, arrosé ensuite par les frappes sur les peaux. Pas sado, une deuxième caresse de guitare vient épaissir le son tout en le laissant respirer.
Du coup, quelques notes de piano maso se disent qu'on est pas si mal sous les cou... rants d'air.

'Paranoïd', ne correspond ni à Black Sabbath ni à l'androïd de Radiohead. Il s'agit plutôt d'un rock un peu rêche où la guitare se fait, par instants, passer pour une basse et convoquant les mêmes 'ouhouh' que sur le premier titre.

Belle entrée en matière à la gratte électro-amplifiée, secouée ensuite par une batterie bien décidée à dynamiser ce rock. Un souffle puissant nous entraine dans un balancement irrésistible.
'Speak' serpente, tout en ruptures et changements de directions déboussolantes, pour toujours retomber sur ses pattes de félin... pour l'autre c'est ce qu'on ressent de la complicité guitare/batterie. La guitare saturée en bave d'énergie.

Richard démarre au roulement fracassant. 'All the time', en rock basique, convainc sans fioritures... tout juste une guitare parfois saturée, parfois doublée, souvent fouettée par les toms et cymbales éloquents.
Arthur en termine dans un gargouillis.

Le bref 'At Least You Liked It Like That' bégaie quelques mots surfant sur une guitare libre et funky de temps en temps. La batterie s'occupe du groove et tout glisse comme une rivière attirée par la mer.

'Hey you' préfère Led Zep au Floyd. La guitare mélange sons vintage et modernes. La voix module dans son expression bavarde et sûre d'elle.
Un passage hands clapping l'incite à des intonations entre funk et rap sur une rythmique en clin d'oeil à 'We will rock you' (boom-boom clac).

'Don't hold back' invite un clavier aussi doux que la neige en hiver. Arthur, très à l'aise avec sa voix aérienne, se balade sous les étoiles. Une flânerie en forme de berceuse.

'Look around', à l'acoustique, dégage des effluves du double-blanc, bandes à l'envers comprises; un blanc sec bien sûr et épuré (juste quelques hautes harmoniques), entre Blackbird et Rocky Raccoon.

Cette fois sur ' Baby Can't You See', on pense au blues brut début des Black Keys voire de George Thorogood. Le travail sur le son de guitare se montre bigarré alors que la batterie reste rudimentaire mais agrémentée de percussions discrètes.
Lors d'un passage, une voix accrochée au kazoo essaie de suivre le riff. Plus loin, les choeurs à 2 répètent le titre. Bien frappé, ça se boit sans soif!

Le piano sur 'The Unknown Fever' développe une saveur délicieuse. Cette plage, poppy, aime la recette façon Beatles ou Queen.
La mélodie trace, bien soutenue par la batterie radieuse tout comme la voix s'aidant du vocoder puis montant à la limite du décroché. Une sucrerie!

'It's Harder When It's Slow' alterne une certaine lenteur expliquée par le titre avec quelques accélérations bien senties.
On passe allégrement du blues rock électrique à la Britpop toujours guidée par la guitare boussole aussi variée que brillante. Final pachydermique, un éléphant en apesanteur!

Le riff rauque de 'Since I'm Gone' dérape direct dans le conduit auditif, un pur bonheur. Les choeurs se gavent du miel bluesy. Le son de gratte déchirant et moderne rappelle le Billy Gibbons des années 90.
L'esprit se situe entre la teinte rouille de 'My mind is gone' des ZZ Top et le radio friendly 'Since you've been gone' de Rainbow.

'Isolation breakdown' ne prend pas la direction d'une rupture de communication à la Led Zep.
Le morceau bascule d'un spoken word trainant et jazzy genre Lou Reed à un phrasé rap au rythme marqué (qui se retient d'avancer jusqu'à Rage against the machine).

'Let Me Hold Your Hand' invite un mellotron beatlesien faisant monter merveilleusement la mélodie et la petite larme. Bien sûr, la guitare, amoureuse, fait les yeux doux au mellotron (un ptit air de Stairway to heaven aussi), se pliant en 2 (voir en 4) par instants.
La voix se marie parfaitement avec cette douceur et pour finir, la guitare à la Georges Harry sonne dans une belle enflammade saillante.


Ce disque possède l'avantage de ses inconvénients et inversement. Il varie les couleurs, certains diront il se disperse, mais toujours intéresse par un mélange personnel.
Passion et humilité transpirent dans le concept architecte. Enchainez-le plusieurs fois, les titres sont courts et vous ne serez pas déçus.

jeudi 3 février 2022

Rebecca McCartney - EP “How you feel”.

 Rebecca McCartney - EP “How you feel”.

 Loonar Records

 

( michel)  

Heather McCartney, Mary McCartney, Stella McCartney, James McCartney et Beatrice McCartney ont   un Beatle comme papa, pas Rebecca McCartney, même si la demoiselle, from New-York,  affirme avoir grandi in a really musical family.

Toute jeune, elle prend des leçons de piano et tâte de divers instruments, plus tard on la croise dans une chorale, elle s'implique aussi dans le musical theatre et tout naturellement commence à composer et à interpréter des chansons .

Le jazz, le R& B et la pop ont ses faveurs, comme sources d'inspiration, elle cite  D’Angelo, Lauren Hill, Erykah Badu, The Roots, Lianne La Havas, Norah Jones, Ella Fitzgerald ou  Peggy Lee.

2020, elle fait équipe avec Jakob Leventhal pour former le duo folk Garden Party, ( un album en mars de la même année) .

Jakob a de qui tenir: petit-fils de Johnny Cash et  le bristol de Rosanne Cash, his mum, n'est pas nul, non plus. 

Avant le projet Garden Party, le garçon avait déjà sorti un album et un EP sous son nom et produit un EP pour Nick Sherry.

C'était couru, Rebecca; qui chante et manie la guitare,  fait appel à lui pour produire son premier effort discographique, Jakob  joue de tous les  instruments, except drums performed by Jason Burger.

A première vue, ce Jason n'est pas n'importe qui, il a fait partie de Big Thief et a opéré comme session musician pour quelques gens pas idiots, tels Alela Diane, Kate Copeland, Cory Chisel ou My Brightest Diamond.

 Tracks

1
Remember Less
04:14
2
Just Air
03:22
3
Undone
E
02:50
4
For Avery, in June
03:27
5
Behind Closed Doors
03.06 

Pochette sans surprise, une photo, en contre-plongée, de la demoiselle, cheveux blonds, bouclés, elle exhibe une tenue printanière,  top  fuchsia et jupe noire. 
Pour ne pas fixer l'objectif, ce sont ses pieds qui attirent son attention.
Le background quasi uni laisse deviner la tête d'un arbuste dans le coin gauche.
C'est  à Carole King que tu penses à la vue  du cliché, le contenu musical n'en est pas éloigné non plus.
 
' Remember less' , ce n'est probablement pas un début d'  Alzheimer, mais l'image d'un être autrefois aimé qui s'estompe.
L'habillage sonore mixe habilement soft rock, soul jazz  et chant soyeux.
L'arôme délicat du miel se lézarde légèrement  après 2'30, quand le guitariste place un solo aussi habile que radieux, la voix monte, monte, du coup tu scrutes les cieux et tu parviens à voir le pinson qui pépie dans une des plus hautes branches du mimosa déjà en fleur.
C'est beau, te murmure madame qui venait de te proposer un café, on dirait du Boz Scaggs au féminin.
T'as réagi: c'est McCartney.
T'es con, a- t-elle répondu!
Les mêmes ambiances feutrées émaillent la ballade aérienne ' Just Air'. 
Il y a du Minnie Riperton, voire du Sade Adu, dans les modulations prises par  le frémissement  délivré par la douce jeune personne.
Un piano moiré, un jeu de  guitare décontracté, et une rythmique tout en retenue modèlent un climat vaporeux,  propice à toutes les rêveries romantiques.
Ce morceau se montre  volatile comme l'air que tu peux  respirer dans les coins les moins pollués de la planète.
La valse 'Undone', tout en langueur, traite des hésitations accompagnant une rupture fraîche.
Une orchestration ample et un choeur sombre  confèrent  un caractère dramatique à la plage  la plus mélancolique  de l'EP.
Rebecca a une amie, Avery, une demoiselle qui en amour n'est pas souvent tombée sur l'âme soeur , elle a été larguée plus d'une fois,la ballade 'For Avery, in June' a été composé pour elle .
... Too many men
Too many to count but still none to count on...
Triste constat!
 Mon bébé, viens, repose-toi sur mon épaule,  prends ce kleenex et écoute la guitare, le piano et la basse aux teintes pastels, qui doivent agir comme un baume pour soigner tes peines de coeur.
' Behind close doors' :  de toute évidence Rebecca a des petits amis  pas très clairs, celui-ci, par exemple.... You only love me when the doors are closed...You only take me out far from your house
Where there's no one around that you know...
T'es pas conseillé conjugal, tu ne lui diras pas "laisse tomber", mais c'est ce que tu penses!
Comme elle est légèrement agacée, la plage, qui démarre en douceur, avec de jolies voix féminines en backing, finit par prendre un virage plus remuant quand une guitare grinçante entre en action.
Oh, ce n'est qu'un feu de paille, très vite on retrouve  les ambiances éthérées qui caractérisent les autres compositions de ce premier EP d'une excellente facture.

Moins pop que Katie Melua ou Dido mais aussi talentueuse que Rumer  ou Anna Ternheim, Rebecca McCartney est, sans conteste, à l'aube d'une brillante carrière.
 
 

 

 

 

Album - Blues Attack ‘Bringing Down The House’

Album - Blues Attack ‘Bringing Down The House’

independent release 

NoPo

 Blues Attack! Bringing down the house

A l'origine, sans le point d'exclamation, il s'agit d'un album de Sonny Landreth sorti en 81.
On se souvient du délirant Mars Attack! Blues Attack! Suivrait-il la même direction?
Pas tout à fait, la Turquie se situe encore sur terre...

Istanbul, leur fief, Sezen Köroğlu, Tarkan Mumkule et Batur Yurtsever, musiciens de session, y jouent depuis 25 ans accompagnant les meilleurs du cru. Güray Oskay et Hasan Ali Polat, des piqués de blues, les rejoignent dans la soucoupe volante en 2017.
Un peu martien, le groupe fait ses débuts internationaux au North City Jazz & Blues Festival à Mitrovica, au Kosovo en 2019 (une autre planète pour moi le ptit breton).

Et une pochette kitsch une!
Dans une pièce à la tapisserie bleue désuète, une jolie jeune femme look pincé, en robe légère tout aussi vintage, installée dans un divan de cuir marron, se retourne, à peine effarouchée par un boulet noir qui défonce le mur de briques derrière elle.
Miley Cyrus ne trône pas sur la 'Wrecking ball'. C'est signé 'Blues Attack!' et l'intérieur n'a rien à voir avec le design.

Ah les boulets! Ils sont au nombre de dix, rouges et tournent à 4 minutes. Je n'ai pas le nombre de tours mais ça doit monter vu la chaleur dégagée!
1.Once and for All 04:04
2.In for the Kill 04:04
3.I Need Time 03:47
4.Long Gone 05:05
5.Bringing Down the House 03:53
6.Down a Winding Road 04:05
7.Little Isle 04:31
8.Country Joan 04:22
9.Reaper on Wheels 04:08
10.Trucker's Blues 04:14

Les instrumentistes? Au total avec les invités, ça fait une équipe de foot et eux, ce ne sont pas des boulets!
Güray Oskay vocals, guitars, harmonica
Tarkan Mumkule guitars
Sezen Köroğlu keys
Batur Yurtsever bass
Hasan Ali Polat Drums

​Guest musicians
​Serkan Emre Çiftçi trumpet
Özgür Şengül saxophone
Göksenin Tuncalı backing vocals
Bengisu Önal backing vocals
Pelin Özülkü backing vocals
Burak Ocakçı harmonica on Trucker's blue

Pour les influences, on pense à Snowy White, Robin Trower (celui des années 2000), musicalement, mais aussi pour la voix douce et fluide de Güray Oskay.
On pourrait aller, sans trop déconner, jusqu'à Joe Bonamassa, Bernard Allison,  Robert Cray ...

Vérifions tout ça!

Nous sommes accueillis par une guitare wah wah déchainée. 'Once and for All' choisit ensuite une direction soul chaude avec une basse discrète et une frappe sautillante.
Güray chante, plein de chaleur et de conviction, au sujet d'une déception. Les cuivres et choeurs tournent à plein régime et font, merveilleusement, monter une mayonnaise onctueuse.
Tarkan triture sa guitare avec beaucoup de finesse et son solo, escorté à l'orgue par Sezen, reste un régal.

Next track please! Un son clair frappe d'entrée, laissant entrer une grande bouffée d'oxygène, où le blues s'exprime librement. Un roulement de tambour annonce le riff tueur qui ouvre les voix du bonheur.
A un wah vintage répond un wah excité comme un chien. La gratte, loquace, frétille, l'orgue, plus discret, bouillonne, les cuivres lustrés se réservent pour le refrain.
On connait un Tarkan fredonnant 'Kiss kiss', Mumkule lui, obsédé, embrasse, malaxe et triture sa guitare.
'In for the kill' qui parle d'une femme à charmes, séduit et nous achève au solo de trompette bouchée.

Quel groove! Les complices Batur et Hasan à la basse et batterie nous enterrent, comme avec une masse, profond dans le sol, et nous écrasent sans pouvoir respirer, la sueur coule.
Même enterrés, on bouge encore le pied (c'est le pied?)! Cordes et touches sentent juste un effleurement langoureux.
Les cuivres, au son noir, rutilent, friment, balancent.  Un solo de sax chaud sonne (courtesy by Özgür Şengül).
'I need time' '... to get you out of my mind', la vérité si je mens, ce funk moite s'enfonce direct dans le crâne sans besoin de vaseline et il faut du temps pour s'en sortir.

'Long gone' agit tel un classic funk blues voluptueux. Il donne une furieuse envie de sauter sur les rebonds de la baguette et la basse charnue. La voix se rapproche de celle d'Andy Powell (Wishbone Ash).
Les cuivres graciles soufflent la braise sur laquelle la 6 cordes n'hésite pas à se frotter. Sans bavardage, elle possède une réplique foudroyante. La classe!

La gratte, très funky, tricote une maille à l'envers une maille à l'endroit. La batterie distribue les tchic tchac et ponctue par des claquements secs, la basse dodue se dandine.
Les cuivres, percutants, éructent et soulignent le solo humide du clavier que les choeurs féminins texturent. Polyphoniques, ils ont un caractère indépendant et bien trempé.
Chez les Talking Heads, on entend 'Burning down the house', ici 'Bringing Down the House', peu importe, le résultat est le même, ça déménage grave en syncope.

'Down a Winding Road' plutôt que 'Long and winding road', un leitmotiv qui va revenir plus loin. L'atmosphère sent l'exotisme paresseux.
La baguette reste sur ses rebonds mais le reste de l'instrumentation s'allonge tranquillement au soleil. La guitare prend son courage à plusieurs cordes et se fend d'un solo débridé.
Au final, les choeurs dégoulinent, il fait trop chaud!

'Little isle' se prélasse carrément sous un soleil au plus haut. La basse, imposante, borde la composition diaphane.
Les cuivres partis à la plage, l'orgue et une guitare hawaïenne essaient de donner un peu de profondeur.

'Country Joan' (of Arc ou of Arkansas?) commence par un coup de fil, ça sent vraiment les vacances. Le morceau passe d'un groove décontracté à un rockabilly relâché et retour.
La guitare se fait un ptit come back 50's dans un rock country sans prise de tête.

Changement de cap! La slide vicieuse empêche le camionneur de s'endormir au volant. Tarkan conduit sur la longue et sinueuse route du 'Trucker's Blues et creuse son sillon.
On ressent la fatigue dans le souffle de l'harmonica interrompu par des mèches allumées à la six cordes, toute en vibrations.
Toujours sur la ligne blanche,'I keep on drivin'... un travail de pros, viril et qui va se poursuivre juste après.

Weekend! Le routier change son bahut contre une bécane. 'Reaper On Wheels' répond à Easy Rider.
La distorsion du riff incite au mouvement déhanché. Dans un bruit de moteur, on voit la piste serpenter.
Un blues-rock qui dégage un bonheur sauvage!

Ce voyage varie les paysages, un blues chaud et classieux sur les 5 premières plages, puis un prélassement exotique sur les 3 suivantes pour finir avec 2 blues-rock farouches.
L'attaque du blues demeure maitrisée, très agréable, et même addictive par instants. Les boules! Inutile de détruire la maison! Les fondations très solides peuvent accueillir une suite confortable.